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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 06:43

 

Le ministre de l’Agriculture a annoncé vouloir planter 50 millions d’arbres. Deux cents millions d’euros sont consacrés à ce plan. Un bel effort. Mais à qui profite-t-il, alors que les petites scieries disparaissent et que la forêt publique manque d’agents ?

« Mon beau sapin, roi des forêts »… va-t-il débarquer dans toutes les plaines de France ? Le ministère de l’Agriculture s’apprête à lancer « le plus grand volet de repeuplement depuis l’après-guerre », époque à laquelle épicéas et sapins avaient été massivement introduits. « Cinquante millions d’arbres vont être plantés en France en deux ans », a assuré Julien Denormandie, le 16 décembre, lors d’une émission sur la chaîne spécialisée Cultivonsnous.tv.

Sécheresse ou parasites

Cette annonce fait en réalité partie du plan de relance dévoilé en septembre, dont un chapitre prévoit d’« adapter les forêts françaises au réchauffement climatique ». Au fur et à mesure, les détails se précisent.

Près de « 200 millions » d’euros seront dévoués à la filière forêt-bois. « C’est un bel effort, cela fait longtemps qu’autant d’argent n’avait pas été investi sur la forêt française », tient à rappeler Philippe Canal, agent de l’Office national des forêts (ONF) et secrétaire général du Snupfen Solidaires, qui s’exprime à ce titre.

Il faut dire qu’elle va mal. Les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir. « Sécheresse ou parasites : la forêt publique française a perdu près de 60 000 hectares en 2018-2019 », explique le représentant syndical. À titre de comparaison, les 50 millions d’arbres mis en avant par le ministre équivalent à une surface de l’ordre de… 45 0000 hectares.

Diversification des espèces

Les variétés choisies posent aussi question. Julien Denormandie évoque « des espèces adaptées ». « Les frênes ont besoin d’humidité, et il y a plein d’endroits où on se dit que si on (en) replante, dans trente ou quarante ans, ils n’arriveront pas à résister », rappelle-t-il.

Le problème, c’est « qu’aucune espèce, même exotique, n’est adaptée a priori au changement climatique, reprend Philippe Canal. Il faut trente ans pour savoir si l’une peut survivre. Encore sera-t-elle adaptée aux trente années passées, pas forcément aux suivantes, alors que l’on s’achemine vers une hausse des températures de 3 °C d’ici la fin du siècle ».

En outre, ces 200 millions d’euros ne s’accompagnent d’« aucune conditionnalité, entre autres en termes de diversification des espèces », précise pour sa part Sylvain Angerand, ingénieur forestier et coordinateur des campagnes de l’association Canopée-Forêts vivantes. « Ce plan a été discuté en catimini avec les grosses coopératives de la filière bois, sans concertation, estime-t-il, inquiet. Il encourage à raser les “peuplements pauvres” pour y mettre de la monoculture. » Le terme figure tel quel dans l’appel à projet publié le 4 décembre.

Mégascieries de résineux

En clair, dans une forêt du Morvan ou de Dordogne, « le bois n’est pas forcément de bonne qualité, les chênes sont tordus ». Les scieries de feuillus fermant les unes après les autres, « il devient plus difficile de le valoriser », continue l’ingénieur forestier. « Les mégascieries de résineux, elles, veulent des monocultures. Là, les pouvoirs publics les y aident. Le climat sert tout simplement d’alibi pour pousser à l’industrialisation de la forêt », conclut-il. La plantation de 50 millions d’arbres va donc s’accompagner… de coupes rases, dont l’interdiction, hors raisons sanitaires, est pourtant demandée, tant par la Convention citoyenne sur le climat que par la députée Anne-Laure Cattelot (LaREM), autrice d’un rapport parlementaire rendu mi-septembre.

À l’ONF, le représentant syndical s’inquiète lui aussi. « Il faut surtout des moyens humains, du monde en forêt pour observer, faire des suivis, expérimenter. Replanter, c’est marginal comme solution. » Mais le gouvernement, lui, veut supprimer encore 90 postes en 2021. Pour l’instant, il « n’y a aucune trace des 200 millions d’euros du plan de relance dans le prochain budget de l’Office. »

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