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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 05:59

 

Dans le climat délétère actuel, les amalgames et les attaques qui visent les progressistes et les militants de gauche minent la République.

Un peu plus d’un mois après l’assassinat de Samuel Paty, notre pays est toujours sous le coup de l’émotion. Un hussard de la République a été décapité froidement pour avoir simplement fait son métier. Trop peu l’ont dit, c’est l’école, berceau de notre République, qui façonne les citoyens de demain qui a été attaquée.

Les appels à l’unité nationale n’ont pas survécu à la journée de deuil, tant les envies d’en découdre de Manuel Valls, Bernard Cazeneuve ou de Jean-Michel Blanquer étaient fortes. Les mêmes qui défilent avec l’extrême droite en Espagne passent des contrats avec des pays comme le Qatar ou priorisant les financements des écoles privées, hors du cadre de la République. De véritables tartuffes de la laïcité.

« Ce qui alimente le fanatisme, c’est la simplification, la généralisation et l’inculture », écrivait l’Église protestante unie, le dimanche 25 octobre. Ce qui alimente l’extrême droite est la même simplification, la même généralisation et la même inculture car, comme le fanatisme, elle se repaît du déficit démocratique, fait son lit sur la régression sociale et la peur de l’altérité.

Le mot « collabos » peint un week-end d’octobre sur la coupole de la place du Colonel-Fabien nous remplit d’effroi et nous glace. Il en va plus que d’un simple acte de vandalisme. Quand des fascistes se mettent à accuser de collaboration les communistes et s’attribuent les apparats de la résistance tandis qu’ils renvoient au « parti des fusillés » ceux du bourreau, on peut légitimement s’interroger sur l’état du débat public et démocratique.

Des appels à retirer le voile en mémoire de Samuel Paty au désir de vengeance exprimé sur les plateaux de télévision, en passant par la réouverture du bagne et l’interdiction des rayons halal, cette inscription est le point culminant de quinze jours de climat nauséabond où l’extrême droite et la droite, appuyée des ministres en service commandé, ont réussi le tour de force d’accuser les mouvements progressistes d’être responsables de la mort de Samuel Paty. Comme si le camp des progressistes était complice des crimes commis au nom de l’islam !

Le mot « islamo-gauchisme » n’est rien d’autre qu’un étendard utilisé par l’extrême droite pour cacher ses propres turpitudes. On a beaucoup parlé de la manifestation contre l’islamophobie, mais très peu des liens entre le Rassemblement national et les milieux terroristes islamistes. Combien d’éditorialistes ont fait leur une sur le rôle joué par un cadre du FN au sein de la cimenterie Lafarge pour négocier avec Daech afin de permettre à l’activité économique de continuer ? Qui a parlé de Claude Hermet, ­ex-membre du service d’ordre du FN, qui a fourni les armes au terroriste de l’Hyper Cacher ? L’extrême droite tue en France, comme en Europe, et dans le monde. Selon une note publiée par la direction exécutive du Comité contre le terrorisme des Nations unies, les recherches montrent qu’il y a eu une augmentation de 320 % des attaques menées par des individus affiliés à des mouvements et idéologies d’extrême droite au cours des cinq dernières années. Nous n’avons pas souvenir d’un seul article de presse à ce sujet.

Le brouillage des repères et la perte de sens sont aussi au cœur du débat qui grandit sur la laïcité et nous refusons la manière dont il est instruit sous forme de procès à charge et criminalisations de personnalités de gauche et militants des droits de l’homme. L’assassinat odieux de Samuel Paty est le fait d’un terroriste djihadiste dont l’objectif était de faire taire une voix de l’émancipation, tomber un homme amoureux de la connaissance, héritier des Lumières comme de tous ceux qui ont œuvré à faire grandir la conscience humaine.

Être à la hauteur de la situation après une telle barbarie implique de se donner pour objectif de faire reculer le fascisme sous toutes ses formes, mais également le terreau de son idéologie. Il implique de regarder en face notre société et ses maux, s’attaquer à leurs racines, changer de priorités quand celles choisies depuis des décennies ont fait la preuve de leur impuissance à refonder le vivre-ensemble.

Plutôt que traquer des « islamo-gauchistes » dans les universités, nous préférerions que Jean-Michel Blanquer s’attaque aux discriminations et aux ruptures d’égalité qui minent les quartiers et l’école laïque. Il devrait relire les mots écrits par Jean Jaurès dans la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur où le fondateur de l’Humanité appelle à « créer autour de l’école et de ses maîtres une atmosphère républicaine, une sorte de grande amitié nationale, et il faut doter l’enseignement laïque d’un outillage si perfectionné que la concurrence des écoles cléricales ne puisse se soutenir ». Des mots d’une étonnante justesse et toujours d’actualité.

De même, plutôt que jouer les censeurs et les bien-pensants de la gauche, nous préférerions voir Bernard Cazeneuve et Manuel Valls s’inquiéter de l’omniprésence de la fachosphère dans les médias et de la manière dont elle contamine le débat public, à commencer par imposer ses thèmes.

L’inquiétude est grande, et nous devons collectivement prendre la mesure de la situation. Le danger de l’extrême droite dans ce pays, véritable vecteur de séparatisme pour reprendre leurs mots, est plus que jamais présent. Idéologiquement, électoralement, socialement, l’extrême droite impose son agenda politique et ses thèmes.

Depuis un mois, les attaques contre les mosquées se multiplient et les pompiers pyromanes, fauteurs de haine, continuent de souffler sur des braises incandescentes. Cela peut très mal finir. La République est aujourd’hui sur un fil, et, chaque jour, notre État de droit recule un peu plus sous les coups de boutoir d’un pouvoir toujours plus liberticide. Encore récemment, nous avons appris avec horreur que le maire de L’Île-Saint-Denis a vu la porte de sa maison couverte de croix gammées…

Face à ce récit de haine qu’on tente de nous imposer, nous tenons à réaffirmer que nous ne pouvons rester spectateurs, au risque de voir les derniers idéaux de la révolution des Lumières partir en lambeaux. N’ayons pas honte d’être de gauche, d’être des progressistes, des internationalistes. Combattre l’extrême droite, c’est assumer ses valeurs dans un combat frontal pour décons­truire ses thèses réactionnaires et les mensonges qui truffent ses discours. Combattre ne suffit pas, il faut aussi offrir un horizon émancipateur. C’est par la perspective de nouveaux jours heureux que nous ferons reculer le fascisme sous toutes ses formes.

En créant l’Observatoire national contre l’extrême droite, le 12 octobre, nous avons souligné l’urgence à développer un outil permettant de mener une bataille d’idées d’ampleur pour sortir des slogans et aller vers une déconstruction idéologique et argumentée de son discours. Nous lançons un appel à toutes celles et tous ceux qui veulent mener, à nos côtés, ce travail. Rejoignez-nous ! Il y a urgence.

 

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