Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 05:58

 

La banque néerlandaise Rabobank vient de publier le classement des 20 plus grandes entreprises de collecte et de transformation du lait dans le monde. Selon le tableau reproduit par La France Agricole du 6 novembre dernier, trois de ces firmes dépassent le chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars. Cette mondialisation productiviste fait croître le bilan carbone des produits laitiers qui voyagent beaucoup à travers le monde, tout comme les aliments du bétail.

Dans le classement de la Rabobank, la firme suisse Nestlé arrive en tête avec 22,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur un an. On imagine que la collecte laitière dans les vallées de ce petit pays, frontalier avec la France, compte peu dans ce bilan. Le groupe familial français Lactalis arrive en seconde position avec 21 milliards de dollars. Mais on ignore quelle part de ce chiffre est réalisée en France. En revanche, on sait que Lactalis fait souvent l’objet d’accusations pour des pollutions des cours d’eau par des rejets de détergents et autres substances lâchées par ses usines, tuant les poissons et provoquant la colère des pêcheurs, comme celle des militants d’associations environnementales. Dans le classement de la Rabobank, la firme états-unienne Dairy Farmers of America occupe la troisième place du podium avec 20,1 milliards de dollars.

Le second peloton compte 6 groupes industriels dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 10 milliards de dollars. On trouve à sa tête le français Danone avec 18,2 milliards, suivit du groupe chinois Yli avec 13,4 milliards devant la coopérative néozélandaise Fonterra, puis le groupe néerlandais FrieslandCampana, le chinois Mengniu, la firme suédo-danoise Arla Foods. La firme canadienne Saputo ferme la marche avec 11,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Dix entreprises figurent dans la suite du classement avec un chiffre d’affaires annuel compris entre 6,5 milliards de dollars pour le groupe allemand DMK tandis que Müller, un autre groupe d’outre Rhin, ferme la marche avec 4,9 milliards de dollars. Au milieu de ce tableau on trouve deux groupes coopératifs français qui sont SODIAAL avec 5,7 milliards et Savencia avec 5,6 milliards de dollars. Sur les vingt groupes, dix sont européens dont quatre Français. On en compte trois aux États Unis, deux en Chine, deux au Canada, le Japon, l’Inde et la Nouvelle Zélande venant compléter le tableau avec une firme chacun.

La Chine mondialise sa souveraineté alimentaire

Selon Jean-Marc Chauvet, un expert de l’Institut de l’élevage en France cité par La France Agricole, « la publication de la Rabobank a été abondamment commentée par la presse chinoise, qui y voit le résultat de nombreuses années d’effort du secteur laitier national, qui ferait maintenant partie intégrante de la puissance de la Chine ». Selon cet expert, les firmes chinoises Yili et Menguini « dépendent uniquement du marché chinois et ne sont pas encore devenues des Globals Players ». On sait que la Chine cherche d’abord à assurer sa souveraineté alimentaire, y compris en promouvant des accords de coopération impliquant des capitaux chinois dans des firmes de l’industrie laitière d’autres pays. Ce fut le cas avec le groupe coopératif SODIAAL pour la construction d’une tour de séchage pour produire du lait infantile en poudre à Carhaix dans le Finistère. Mais quand l’usine fut enfin en bon état de fonctionnement après de longs tâtonnements, l’investisseur chinois Synutra se retira de Carhaix. Entre-temps, la Chine avait vu que la poudre produite en Nouvelle Zélande avait un prix de revient plus intéressant que celle produite en Bretagne.

Concurrence mondiale et baisse des marges

L’étude de la Rabobank évoque déjà le palmarès qu’elle produira l’an prochain dans le classement des grandes firmes laitières. De son côté, Jean-Marc Chauvet écrit que « les industriels risquent de voir leurs marges baisser, à moins qu’ils misent sur le marché intérieur en s’adaptant aux nouveaux modes de consommation ». Mais on ne parle jamais de la rémunération des producteurs de matière première que sont les hommes et les femmes qui doivent nourrir les vaches tous les jours de l’année et les traire deux fois par jour. Et pour cause, les éleveurs dont certains, en France, se qualifient eux-mêmes de producteurs de « minerai », ne perçoivent souvent que 320 à 330 € pour 1 000 litres de lait en 2020 contre une moyenne de 370 € en 2013-2014, avant la sortie des quotas laitiers en Europe.

En France toujours, les grandes entreprises de collecte que sont Lactalis et SODIAAL figurent parmi ces mauvais payeurs. Avant comme après la sortie des quotas laitiers, les producteurs les plus correctement rémunérés demeurent ceux de la filière du comté qui livrent de nombreuses petites coopératives, lesquelles rayonnent souvent sur un seul canton. Le prix des 1 000 litres de lait a été supérieur à 550 € en 2019 et il devrait en être de même en 2020 malgré la crise sanitaire. Il faut 10 000 litres de lait pour produire une tonne de comté et la filière en produit 60 000 tonnes par an, dont 90 % sont vendues en France. Les « fruitières » du Jura et du Doubs limitent délibérément les volumes de production à la demande des responsables de la filière. Les durées d’affinage peuvent s’étaler sur 6 à 36 mois. Cela permet d’adapter l’offre à la demande, sans avoir à subir le chantage des grandes surfaces qui font toujours baisser les cours dès que l’offre devient excédentaire. De même, produire un peu de crème et de lait écrémé peut contribuer à cette régulation certains moments de l’année.

Une production fromagère à faible bilan carbone

Dans la filière du comté, les vaches de race Montbéliarde et Pie rouge de l’Est ont été choisies en raison de la qualité de leur lait, riche en protéines. Le maïs ensilé et les autres aliments fermentés sont interdits par le cahier des charges au profit de l’herbe et du foin tandis que les apports de concentrés comme les tourteaux de soja sont limités dans la ration quotidienne des vaches. Tout cela débouche sur un fromage savoureux et de qualité constante, dont chaque consommateur peu choisir la durée d’affinage en fonction de ses goûts au moment de faire ses courses.

Comme les prairies stockent du carbone et que les associations de graminées et de légumineuses permettent de réduire les apports d’engrais azotés, la production de lait à comté est, de loin, la plus écologique de France. À la belle saison, les vaches sont au pré et ne rentrent que pour la traite le matin et le soir. On garde ainsi des fermes familiales à taille humaine, loin des grandes structures de type industriel où les bêtes ne sortent plus de la stabulation. Voilà ce que permet le respect du cahier des charges de la filière du comté.

On ne trouve pas cette préoccupation chez Lactalis. On se souvient que cette firme, en plein accord avec les enseignes de grande distribution, tenta voilà quelques années d’interdire en Normandie les camemberts et autres fromages au lait cru au profit de ceux issus du lait pasteurisé. Les produits traditionnels ne durent leur sauvetage qu’à la résistance des petits fromagers soucieux de préserver le savoir-faire des terroirs.

La coopérative bretonne Triskalia épinglée par France 5

On ne trouve pas non plus cette préoccupation chez Triskalia, un groupe coopératif né en 2010 de la fusion de trois coopératives dont Coopagri Bretagne. Triskalia vend des engrais, du matériel agricole et des aliments du bétail. La coopérative collecte aussi du lait et d’autres produits agricoles. Hier soir, dans un documentaire diffusé par France 5 sur la prolifération des algues vertes sur le littoral breton, un producteur de lait a expliqué comment ses vaches laitières avaient été rendues malades par des aliments composés vendus par Triskalia, lesquels ont aussi provoqué des avortements. Ces aliments, contenaient six antibiotiques destinés aux lapins d’élevage mais inadaptés pour les ruminants. Il a fallu que Christophe Thomas, producteur de lait à Moustéru près de Guingamp, fasse analyser les aliments pour découvrir la cause du mal. Sollicités par les enquêteurs de France 5, les dirigeants de Triskalia n’ont pas donné suite. Mais ils ont indiqué dans un bref communiqué que la maladie des vaches de Christophe Thomas était imputable à « une dysfonctionnement ponctuel lors de la livraison à l’agriculteur ».

En Bretagne, on élève 57 % des porcs français, on produit 40 % des œufs de poule et 30 % des poulets de chair à quoi s’ajoute environ 20 % de la production du lait de vache sans oublier les troupeaux de bovins allaitants sur 7 % du territoire national. Du coup, l’alimentation granivore des porcs et des volailles vient d’ailleurs, de même que les tourteaux de soja pour les vaches laitières. Parallèlement, les gros volumes de lisier et autres effluents d’élevage ne peuvent pas être recyclés sans polluer les cours d’eau chargés de nitrates. D’où la prolifération des algues vertes.

Ainsi, même sans figurer dans le top 20 de la Rabobank, les entreprises laitières bretonnes ne portent pas les mêmes valeurs que les « fruitières » de Franche-Comté.

Gérard Le Puill

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011

Articles Récents