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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 06:21

 

Le président toujours en exercice a déployé, derrière ses travers fantasques et caractériels, une véritable géostratégie destinée à renforcer ou à rétablir l’hégémonie de Washington et de ses multinationales. Un lourd bilan.

Que restera-t-il des années Trump ? L’œuvre du perdant du scrutin du 3 novembre va-t-elle être rapidement acheminée vers les poubelles de l’histoire ? Il y a une dizaine de jours encore, la réponse à ces questions semblait aller de soi dans le tintamarre des médias dominants. Après le départ de l’imposteur entré inopinément, il y a quatre ans, à la Maison-Blanche, tout allait pouvoir rentrer dans l’ordre. Le résultat d’un vote bien plus serré qu’anticipé est venu infirmer à lui seul ces analyses aussi faussement illusionnées que superficielles. On ne fera pas table rase du trumpisme. Pour trouver un compromis « unificateur » dans un pays coupé en deux, le président élu, Joe Biden, pourrait être tenté par une certaine continuité. De quoi accorder la plus grande attention à ce que furent ces quatre années Trump.

1. Période bénie pour Wall Street

La Maison-Blanche et son équipe ont engagé au pas de charge des mesures destinées à renforcer ou rétablir l’hégémonie de Wall Street et de la puissance américaine sur le monde.Le vote de la réforme fiscale, dans les derniers jours de 2017, a constitué « un véritable big bang », selon les mots du New York Times, en faveur des plus fortunés et des multinationales. Le taux de l’impôt sur les sociétés a été ramené de 35 % à 21 %, « au service de la compétitivité » des firmes américaines sur les marchés.

Au même moment, Trump s’est fait le champion d’un retour à la dérégulation financière. « Nous devons, pouvons et serons en position dominante dès que nous cesserons de nous encombrer avec la régulation. » Gary Cohn, un des ex-conseillers spéciaux du président, puisé dans le vivier des cadres dirigeants de la banque Goldman Sachs, avait clairement nommé les objectifs. Fini les timides précautions réglementaires prises après le désastre du krach de 2008 et l’effondrement de la valeur des crédits immobiliers dits subprimes. Gonflé d’aise, le Dow Jones a battu record sur record, restant à un niveau très élevé, proche des 30 000 points. Jusqu’à aujourd’hui, en pleine pandémie. Conséquence directe de l’orchestration de cette nouvelle hypertrophie financière, les secousses économiques et sociales seront redoutables, tant pour les États-Unis que pour le reste du monde.

2. Fuite en avant raciste, populisme clivant

Sur le plan intérieur, l’impact du « big bang » en faveur des plus riches et du business s’est traduit par une nouvelle explosion des inégalités. Problème : cette évolution constitue un vrai talon d’Achille pour Trump, qui a réussi à séduire une partie de l’électorat populaire blanc, malmené, pour se faire élire en 2016. Il va tenter d’y répondre par une fuite en avant dans le racisme et un discours populiste délibérément clivant, afin de continuer à sublimer en sa faveur le ressentiment populaire. Les habitants des quartiers pauvres ou des ghettos communautaires sont pointés du doigt comme étant responsables de leur sort. Le locataire de la Maison-Blanche vilipendera jusqu’au bout « les élites de Washington », accusées d’être les défenseurs des « minorités » ou les complices de l’immigration. Trump met en scène sa proximité avec « un peuple squeezé par Washington » alors que, milliardaire de l’immobilier, il est lui-même un pilier de l’oligarchie.

Le président national-libéral fera montre d’une obsession constante à construire un mur avec le Mexique, pour « protéger le peuple » d’un « grand remplacement », usant d’une rhétorique reprise par les extrêmes droites du monde entier. Il n’hésitera pas à dévoiler, à plusieurs reprises, sa sympathie pour les milieux suprémacistes blancs. Il manifestera de très dangereuses complaisances avec des milices armées fascistes, comme celle des Proud Boys (Fiers Garçons), qu’il ira jusqu’à citer en plein débat électoral télévisé en leur demandant de « se tenir prêts ».

Lesdits Proud Boys ont fait couler le sang de sympathisants du mouvement Black Lives Matter (Les vies des Noirs comptent), quand ils sont venus « soutenir les flics » après les manifestations de Minneapolis (ville du Minnesota où George Floyd a été assassiné le 25 mai, étouffé par un policier - NDLR) et Kenosha (Wisconsin) dénonçant les crimes racistes de la police Pour Trump, la recette est simple : plus il parvient à cliver la société, plus il a de chances de mobiliser ses troupes. D’où aussi son soutien indéfectible aux lobbies du marché libre des armes à feu, ou encore son engagement aux côtés des mouvements anti-avortement, en flirtant de plus en plus ouvertement avec les influents milieux évangélistes.

3. Doigt d’honneur à la planète sur le climat

Le trumpisme pousse plus loin une logique cultivée déjà de longue date par l’Empire américain pour assurer son hégémonie : il s’agit, en substance, de rapprocher les lois du monde pour qu’elles se confondent avec celles des États-Unis. Avec Trump, quand aucun terrain d’entente ne paraît possible, il convient de quitter carrément le navire multilatéral. C’est ainsi que le président des États-Unis brandira un doigt d’honneur à l’adresse de la planète en sortant de l’accord de Paris sur le climat. Sa priorité est l’intérêt des majors. Ces gros producteurs d’hydrocarbures états-uniens doivent pouvoir continuer d’étendre sans heurt les forages offshore et l’exploitation des gaz et pétrole de schiste. Il y va d’un forcing, entamé par l’administration d’Obama, pour permettre aux États-Unis de s’installer comme premier producteur mondial d’hydrocarbures. Donc, de réduire leur dépendance au Moyen-Orient afin de mieux organiser un « pivot » géostratégique pour renforcer leurs pressions militaires et diplomatiques sur la Chine, concurrent économique redoutable devenu l’ennemi potentiel numéro un.

4. Inflation historique des budgets de l’armée

Les dépenses militaires de l’administration Trump ont connu une inflation historique. Elles sont destinées à fournir un des arguments majeurs à une « diplomatie du deal » dans laquelle l’hyperpuissance s’autorise à user de toute la panoplie de la force dont elle dispose pour parvenir à ses fins. La démarche est moins de couper les ponts que de marchander un nouveau deal. Comme en atteste, par exemple, la renégociation de l’Alena (accord de libre-échange nord-américain), obtenue au forceps contre les représentants d’Ottawa et de Mexico, début janvier 2020. D’autres bras de fer, comme celui avec la Chine, ont pris des dimensions très graves, à la suite de l’escalade vers une guerre commerciale, déclenchée en 2018, autour de laquelle les tensions politique et militaire ne cessent de s’exacerber.

Avec Trump, les budgets de l’armée américaine ont été augmentés de 10 % chaque année depuis 2018. Jusqu’au vertigineux point culminant atteint en 2020, à 738 milliards de dollars (630 milliards d’euros). Soit les dépenses d’armement cumulées des 8 puissances militaires qui suivent les États-Unis dont la Chine, Russie, Royaume-Uni et France. Cette frénésie nourrit une très dangereuse course aux armements. En Europe, les États membres de l’Otan se sont vus instamment priés d’augmenter leurs dépenses au sein de l’Alliance pour qu’elles soient portées à 2 % de leur PIB d’ici à 2025. S’il cultive une image plus multilatérale et moins agressive, Biden n’en a pas moins signalé qu’il n’abandonnerait pas cette posture. La France d’Emmanuel Macron s’est déjà alignée.

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