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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 06:16

 

Malgré une rallonge prévue dans la loi de finance, pour les aides à la personne, l’augmentation des salaires comme le versement d’une prime Covid restent soumis à un jeu de ping-pong entre l’État et les départements.

Trop peu, trop tard. Après avoir dans un premier temps publié un projet de loi de finances dans lequel aucune revalorisation des aides à domicile n’était prévue, le gouvernement a fait marche arrière. Il a déposé un amendement proposant de verser 150 millions en 2021, et 200 les années suivantes, pour aider à revaloriser les rémunérations de ces salariés mal payés – dont le confinement a pourtant mis en évidence le caractère indispensable. « Oui, nous allons avancer avec volontarisme pour revaloriser les métiers et les salaires » s’est réjouie la ministre déléguée à l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, après le vote de l’amendement à l’unanimité, le 23 octobre à l’Assemblée. Très insuffisant, jugent les professionnels du secteur. Ils estiment à 800 millions d’euros la somme nécessaire pour procéder à un vrai rattrapage, et redonner un peu d’attractivité à un secteur qui emploie à peu près 320 000 personnes . Ils s’inquiètent aussi que les montants ne soient débloqués que pour 2021, alors qu’avec le Covid, c’est maintenant que le secteur a besoin d’être revalorisé. Autre sujet qui alimente la méfiance : le refus de l’État d’agréer l’avenant 43, signé en février entre les syndicats et les patrons de la branche associative (qui représente 60 % du secteur) et qui prévoit 15 % d’augmentation.

Même les montants annoncés ont été accueillis avec scepticisme. Selon le gouvernement, les sommes débloquées vont permettre 2,5 % de hausse des salaires à court terme, pour aller ensuite vers 15 %. À l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) on calcule qu’on arrivera au mieux à 6 %. « C’est la conséquence de ce petit jeu dont sont victimes les salariés, à cause du double financement, estime son président, Pascal Champvert. Le gouvernement dit qu’il va mettre 150 millions, mais que le montant total sera doublé parce que les départements vont mettre la même somme au pot. Mais rien ne garantit qu’ils vont le faire ». La rémunération des Services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad) est à la charge des départements, qui reçoivent de l’État une partie du financement. Ce double système permet un jeu de ping-pong entre des acteurs dont aucun n’a vraiment envie de mettre la main à la poche. Interrogé par Le Monde, Frédéric Bierry, président de la commission des affaires sociales de l’Association des départements de France (AFD), l’a redit : « Il n’y a pas de fin de non-recevoir dans une discussion avec le gouvernement. Mais nous attendons par ailleurs des garanties financières et fiscales de l’État, face aux dépenses sociales qui flambent ».

« On n’a aucune confiance parce que nous avons l’expérience de telles annonces. À aucun moment nous ne pensons que l’État va vraiment débloquer 150 millions en 2021 et 200 millions après », note Pascal Champvert. L’expérience de la prime Covid a laissé des traces. Le 4 août dernier, Emmanuel Macron promettait aux « oubliés de la prime Covid » le déblocage par l’État de 80 millions d’euros, pour aider les départements à verser 1000 euros aux professionnels de l’aide à domicile, qui avaient continué leur service pendant le confinement. Déjà, il invitait les départements à en faire autant. Peine perdue : des mois plus tard, le versement de cette prime n’a pas du tout eu lieu dans bon nombre de territoires ; et quand elle l’a été, son montant a rarement atteint la somme promise. « J’ai travaillé durant le confinement… c’est un contrat de 106 heures par mois. Le département avait annoncé 515 euros maximum : j’ai perçu 390 euros. Ils cherchent encore à nous la baisser alors que l’on n’a travaillé. C’est une honte de calculer le nombre d’heures sur le terrain… » témoigne Coralie Carpentier, sur le site Faire Face.

Ces difficultés sur la prime s’ajoutent, pour les professionnels du secteur, au manque de matériel de protection pendant le confinement. « Près de Mulhouse on a vu des aides-soignantes allez chez des patients avec des sacs poubelles en guise de protection. Aujourd’hui, je suis chasseur de gants, et le département et l’ARS viennent d’annoncer qu’ils ne vont plus nous donner les masques, qu’on avait déjà en quantité insuffisante. Pourquoi on ne croit pas l’État ? Par expérience ! » dénonce Christian Cecchettani, directeur de services à domicile dans le secteur associatif à Belfort.

Cette hausse des salaires constitue pourtant une véritable urgence sanitaire. Alors qu’il est plus urgent que jamais de permettre aux personnes âgées de rester à domicile, pour ne pas encombrer les hôpitaux, l’aide à domicile connaît d’importants problèmes de recrutement. En moyenne, une aide à domicile gagne 900 euros par mois, pour un travail difficile avec des plages horaires très étalées, souvent le soir et le week-end, dans des départements ruraux. Pour ces travailleurs pauvres, dont une bonne partie sont des mères célibataires, la revalorisation promise par le gouvernement n’aboutit même pas à un rattrapage du SMIC, estime l’AD-PA. Cette situation aboutit à une fuite des plus compétents vers le secteur hospitalier ou même les Ehpad, où les rémunérations, bien que faibles, sont moins ridicules. « On demande aux aides à domicile de prendre en charge des personnes de plus en plus dépendantes, d’être de plus en plus performants, de faire de plus en plus de gestes médicaux. La seule chose qui n’a pas changé dans tout ça, c’est le salaire. Alors, on a beau tous faire des efforts pour rendre le métier attractif en prenant en compte les horaires, les vies de famille, les déplacements… nous n’arrivons pas à recruter » explique Rodolphe Leliard, directeur de services à domicile du secteur privé à Niort. « On se moque des salariés de l’aide à domicile, comme on se moque des personnes âgées, en organisant leur accompagnement par un personnel sous-payé et mal formé », s’énerve Pascal Champvert. Il demande le versement au plus vite des primes promises et l’alignement des salaires sur ceux pratiqués dans les Ehpad.

Camille Bauer

 

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