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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 06:29

 

L’économiste Anne Eydoux s’attend à des « effets massifs » de la crise sanitaire sur l’emploi, en raison notamment des réformes du marché du travail, qui l’ont rendu particulièrement vulnérable. Entretien.

ANNE  EYDOUXMaîtresse de conférences au Cnam, chercheuse au Centre d’études de l’emploi et du travail

 

Durant le premier confinement, les embauches ont chuté de plus de 45 % selon la Dares, du jamais-vu depuis la création de l’indicateur en 1988. Selon le baromètre Unedic, 73 % des Français estiment que la situation s’est dégradée en raison du Covid-19. Quel regard portez-vous sur la crise sociale actuelle ?

 

Anne Eydoux Cette crise a des effets majeurs sur l’emploi. La violence de l’impact économique et social du confinement signale la vulnérabilité des sociétés néolibérales. La crise de 2008 avait déjà montré que la flexibilité de l’emploi, souvent vantée, constituait une fragilité : l’Espagne, où un emploi sur trois était temporaire, avait perdu 20 % de ses emplois en quatre ans. En France, les réformes pour flexibiliser l’emploi l’ont fragilisé. Le recours massif au chômage partiel a permis de contenir la hausse du chômage entre mars et mai, mais pas de l’endiguer. Les précaires, parmi lesquels les jeunes sont surreprésentés, ont été très touchés. La crise sanitaire est survenue en pleine crise sociale, alors que les mouvements sociaux s’enchaînaient. Juste avant l’épidémie, les personnels hospitaliers et de l’éducation nationale, aujourd’hui en première ligne, étaient dans la rue. Si la crise sanitaire et le confinement ont figé ces mobilisations, ils ont joué un rôle de révélateur et d’amplificateur des inégalités liées aux politiques néolibérales et d’austérité.

 

Le gouvernement a pris toute une série de mesures pour atténuer les effets sociaux des confinements (chômage partiel, aide exceptionnelle pour les allocataires du RSA, plan jeunes, etc.) : pensez-vous que ces mesures soient à la hauteur de la situation ?

Anne Eydoux Si le soutien à l’emploi a été massif, avec un recours étendu et inédit au chômage partiel, l’aide aux chômeurs et aux pauvres est restée très en retrait. Il n’y a pas eu de rupture avec les politiques guidées par l’idée que la solution au chômage ou à la pauvreté repose sur l’effort des chômeurs et des pauvres. Cette idée traverse aujourd’hui les discours politiques et les gouvernements de tous bords. Comme si le fait de faire porter la responsabilité de l’emploi à celles et ceux qui en sont privés les exonérait de décennies de politiques d’emploi indigentes. Pourtant, les études montrent que les chômeurs et allocataires de minima sociaux veulent travailler et en sont empêchés par l’insuffisance des emplois, et non par des aides prétendument trop généreuses. Ces discours permettent de justifier la dégradation du système d’assurance-chômage et la quasi-absence de revalorisation des minima sociaux. Résultat : aujourd’hui, un demandeur d’emploi sur deux n’est pas indemnisé, plus d’un sur trois vit dans un ménage pauvre, et les minima sociaux ont décroché du revenu médian. Lors du premier confinement, le gouvernement n’a pris que des mesures marginales : prime ponctuelle, tardive et d’un montant ridicule pour les allocataires du RSA, report d’une réforme réduisant drastiquement les indemnités de chômage des plus précaires. Pourtant, fin avril, on comptait un million de chômeurs supplémentaires et les entrées en emploi aidé ou en formation s’effondraient. Lors de la crise de 2008, le gouvernement avait fait mieux en étendant les droits à l’indemnisation du chômage.

 

Que manque-t-il, selon vous, à ces dispositifs ?

Anne Eydoux Le chômage partiel et les aides aux entreprises ont été mis en place rapidement. Mais on reste dans une politique de l’offre, qui privilégie les entreprises et les ménages aisés et oublie le soutien au revenu des plus précaires. L’urgence, c’est de faire un effort en direction de ces derniers, en étendant l’assurance-chômage, en revalorisant les minima sociaux et les bas salaires, et en renforçant les services publics. Tandis que les catégories les plus aisées jouissent d’un contexte fiscal très favorable, les classes populaires ont été fragilisées par la précarisation de l’emploi, la baisse des aides au logement et l’affaiblissement des services publics essentiels.

L’idée qu’on pourrait relancer l’économie par une politique de l’offre est aberrante, cela boosterait surtout le virus et les inégalités. La question des inégalités est prioritaire pour la reconstruction économique, écologique et sociale des années qui viennent. Dans un contexte qui restera marqué par cette crise sanitaire, on ne s’en sortira pas par une rhétorique du « quoi qu’il en coûte » sans agir pour soutenir vraiment le revenu des classes populaires, pour développer les services publics et pour assurer la transition écologique.

 

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