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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 06:02

 

BERNARD FRIOT - Sociologue et économiste

La création en 1946 du régime général de Sécurité sociale par la mobilisation massive des militants communistes de la CGT sous l’impulsion d’Ambroise Croizat a été le commencement de trois mutations considérables du salaire et de la production. Une partie du salaire a échappé aux employeurs, car elle a été socialisée selon un taux de cotisation unique interprofessionnel et gérée dans des caisses où les représentants élus des travailleurs étaient majoritaires. Une partie du salaire a été déconnectée de l’emploi et liée à la personne : les parents de deux enfants et plus percevaient un salaire indexé sur celui des ouvriers de la métallurgie et les retraités un remplacement de leur salaire de référence. Une partie du salaire a consisté en monnaie en nature pour soutenir une production des soins de santé (10 % du PIB) libérée du capital : investissement hospitalier subventionné par l’assurance-maladie, soignants fonctionnaires ou libéraux passant convention avec la caisse, production des médicaments dans des entreprises publiques.

La meilleure défense, c’est l’attaque ! Défendre la Sécu, c’est mobiliser pour sa généralisation : toutes les productions et tout le salaire doivent être mis en sécurité sociale.

Premièrement, le salaire doit entièrement échapper aux employeurs. La valeur ajoutée est partagée aujourd’hui entre les revenus du travail et ceux du capital, donc entre ceux qui la produisent et ceux qui la parasitent. Au contraire, toute la valeur ajoutée doit être cotisée dans le régime général de Sécurité sociale, qui, géré par les travailleurs-citoyens sans patron ni État, versera tous les salaires et prestations sociales. Y compris aux travailleurs indépendants. Qu’elles soient individuelles ou collectives, les entreprises cotiseront et c’est le régime général qui versera les rémunérations, ce qui permettra de mutualiser les ressources des secteurs riches et des secteurs pauvres.

Deuxièmement, la totalité du salaire doit être liée à la personne, de sa majorité à sa mort. Le salaire doit devenir un droit politique, universel pour tout adulte résident. Les seuls travailleurs à avoir conservé leur salaire pendant le confinement ont été les fonctionnaires, parce qu’ils sont payés pour leur grade, un attribut de leur personne, et non pour leur poste, et cette situation doit devenir la norme pour tous les adultes. Il faut distinguer la validation sociale des activités comme travail (toute activité n’est pas du travail, et il est d’ailleurs très important que tout dans notre vie ne relève pas de la valeur économique) et la reconnaissance des personnes comme travailleuses. Cette reconnaissance doit être constante, sans accrocs de chômage, de handicap, d’insertion ou de retraite. Comme le dit la CGT, la qualification doit passer du poste à la personne. À 18 ans, chacun, quel que soit son passé scolaire ou son handicap, doit devenir titulaire du premier niveau de qualification et donc de salaire, soit le Smic revendiqué (1 700 euros net). Le confinement a montré que les premières de corvée sont à la fois très mal payées et bien plus nécessaires que les premiers de cordée : une hiérarchie des salaires de 1 à 3 paraît raisonnable, avec donc un salaire plafond de 5 000 euros. La carrière salariale, entre 1 700 et 5 000 euros, pourrait s’opérer à la fois par une progression à l’ancienneté et par des épreuves de qualification.

Troisièmement, une hausse massive des salaires par de la monnaie en nature doit engager la mise en sécurité sociale de bien d’autres productions non capitalistes que les soins. Quand on sait que le salaire médian est de 1 700 euros par mois, porter le salaire minimum à 1 700 euros revient à augmenter la moitié des salaires et la majorité des pensions de retraite et allocations de chômage, et, en aval, une partie des salaires supérieurs au salaire médian. Comme dans les années 1960-1970 pour l’accès aux soins de santé, cette hausse se fera par de la monnaie en nature. Notre carte Vitale sera abondée chaque mois de plusieurs centaines d’euros qui ne seront dépensables qu’auprès de professionnels conventionnés, qu’ils soient producteurs ou distributeurs d’alimentation, de transports de proximité, de logement, d’énergie ou de culture, etc. La liste n’est pas exhaustive. Et, bien sûr, ne seront conventionnés que les entreprises et indépendants dont les travailleurs, payés à la qualification personnelle, sont les propriétaires d’usage de l’outil et donc décident du travail.

La production de ces branches sera définie, dans son contenu et ses méthodes, par délibération entre les parties prenantes dans des caisses de Sécurité sociale à déclinaisons territoriales diverses selon les productions. Les caisses subventionneront l’investissement, qui ainsi échappera aux banques et groupes financiers. Nous assurerons par la souveraineté populaire une part suffisante de la production pour libérer notre économie du chantage capitaliste et poursuivre victorieusement la lutte pour le communisme.

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