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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 07:46
Covid-19. Débordé par le virus, Macron remet la France sous cloche (L'Humanité, 28 octobre 2020)

Covid-19. Débordé par le virus, Macron remet la France sous cloche

Mercredi 28 Octobre 2020

Depuis des mois, le gouvernement multiplie les mesures, mais échoue à enrayer l’épidémie. Face à la recrudescence des contaminations, le chef de l’État s’est résolu à un reconfinement national.

 

La mesure était inenvisageable il y a quelques semaines. La nécessité d’éviter à tout prix d’en arriver là, répétée comme un mantra par le gouvernement. Et pourtant. « Surpris par le virus », Emmanuel Macron s’est résolu à décréter un reconfinement national de plus d’un mois, mercredi, à l’occasion d’une énième allocution télévisée de crise, un exercice auquel les Français commencent à être tristement habitués.

Hors de contrôle

À l’origine de cette nouvelle décision radicale, un constat : l’épidémie est aujourd’hui hors de contrôle. « Le virus circule en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée », a indiqué Emmanuel Macron, soulignant que si le couvre-feu avait été « utile », il n’était pas « suffisant » pour ralentir une épidémie qui s’emballe, avec 30 000 à 40 000 nouveaux cas par jour et « près de 3 000 personnes en réanimation ». Aveu d’échec ? Le président n’est pas allé jusque-là en s’interrogeant lui-même : « Avons-nous tout bien fait ? Non, je l’ai dit il y a quinze jours, on peut toujours s’améliorer, mais nous avons fait tout notre possible et je crois profondément que notre stratégie était, compte tenu des informations qui étaient les nôtres, la bonne. » Pourtant, il le reconnaît, le tester-tracer-isoler ne fonctionne pas avec une telle circulation du virus. L’hôpital public est de nouveau confronté à un défi immense. La deuxième vague « sera sans doute plus dure et plus meurtrière que la première », a déclaré Emmanuel Macron. Le président de la République estime que « près de 9 000 patients seront en réanimation à la mi-novembre », sachant que le nombre de lits sera en urgence porté à plus de 10 000 (ils étaient à 10 700 au printemps). « Nous avons commencé à déprogrammer des opérations », a-t-il ajouté. Les soignants sont donc priés de se retrousser les manches comme jamais. « Nous avons tout le matériel nécessaire », et « formé près de 7 000 infirmiers et médecins pour travailler en réanimation », assure toutefois le chef de l’État. Insuffisant, pour les soignants, qui alertent sur leur condition de travail depuis des années.

Comme au printemps, la France s’apprête à vivre, à partir de jeudi minuit, en confinement, jusqu’au 1 er décembre au minimum. Un confinement qui ressemblera beaucoup au précédent, avec le retour des fameuses « attestations », nécessaires pour se rendre à son travail, faire ses courses, se faire soigner ou même simplement prendre un bol d’air. La mesure doit faire l’objet d’un vote au Parlement, jeudi. L’option d’un confinement partiel pour les personnes âgées a été exclue, et les visites en Ehpad seront autorisées.

L’économie ne doit pas s’arrêter

Les nouvelles restrictions sont toutefois moins strictes qu’au printemps dernier, pour des raisons essentiellement économiques que le chef de l’État assume. Emmanuel Macron l’a dit, il ne croit « pas à l’opposition entre la santé et l’économie ». Comprendre par cette tournure que le télétravail, s’il doit être « généralisé » là où il est possible, ne sera pas une règle immuable. Certains travailleurs confinés au printemps prendront le chemin du travail, comme les agents des services publics qui assurent l’accueil des usagers. Les usines, chantiers de travaux publics et les commerces essentiels ne cesseront pas leurs activités.

« Elle continuera avec plus d’intensité », car « l’économie ne doit ni s’arrêter ni s’effondrer », a martelé le président. Les commerces jugés « non essentiels » pour l’exécutif, en première ligne desquels les restaurants, les cafés et les « lieux accueillant du public », devront baisser le rideau. Pour ceux-là, ainsi que pour les indépendants, artisans et TPE et PME, dont l’activité serait impactée, il a promis un « plan spécial », comprenant la prise en charge à hauteur de 1 000 euros de leur perte de chiffre d’affaires, des « mesures de trésorerie » pour surseoir au paiement de leurs cotisations sociales et de leur loyer. L’État prendra également en charge une partie du chômage partiel, a annoncé le président. Les « commerces de centre-ville » qui devront fermer leurs portes vendredi verront toutefois leur situation réévaluée dans deux semaines, en prévision de la période de Noël. Rien, en revanche, sur le secteur déjà sinistré de la culture.

Par ailleurs, cette fois, les écoles, les collèges et les lycées resteront ouverts. Emmanuel Macron a estimé que « nos enfants ne sauraient être durablement privés d’instruction, d’éducation, de contact avec le système scolaire ». Il a évoqué l’impact de la fermeture des lieux d’enseignement lors de la première vague sur « les inégalités » et un lourd tribut payé notamment par « les élèves issus des classes populaires ». Le président a souligné que des « protocoles sanitaires renforcés » seraient mis en place, comme le réclament les principaux syndicats d’enseignants du primaire et du secondaire. De leurs côtés, « les universités et les établissements supérieurs privilégieront des enseignements en ligne ».

L’explosion des contaminations

Cinq jours seulement après l’entrée en vigueur du couvre-feu pour 46 millions de Français, le 23 octobre à minuit, le gouvernement donne donc la sensation d’être au pied du mur. Le récit des dernières semaines raconte l’explosion inquiétante du nombre de contaminations. Et éclaire sur l’emballement d’un exécutif débordé, qui, en multipliant les annonces, donne le sentiment d’improviser en catastrophe. Une « course contre la montre » qu’évoque Jean Castex, dès le 24 septembre, sur le plateau de France 2. La barre des 10 000 nouveaux cas en un jour a été franchie le 13 septembre, mais, à ce moment, il n’est question que de fermeture, complète ou partielle, de bars et restaurants.

Le seuil des 20 000 nouveaux cas est atteint le 9 octobre. Le 12 octobre, pourtant, le discours gouvernemental est fait d’injonctions contradictoires. Le premier ministre fustige alors le « relâchement » des Français, qui « ont considéré un peu trop vite, malgré les discours que nous tenions, que ce virus avait disparu ». Le même jour, pourtant, le ministre délégué au tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, incite tout de même les Français à réserver pour les vacances de la Toussaint.

Puis, le 14 octobre, premier coup de massue. Emmanuel Macron annonce, dans le cadre d’un entretien télévisé, un couvre-feu s’appliquant à huit métropoles. Le lendemain, la France enregistre pour la première fois 30 000 nouveaux cas. Puis 40 000 cas, le 22 octobre. L’accélération du rythme des contaminations conduit le gouvernement à étendre le couvre-feu à 54 départements. « Sans nouvelles mesures, il y aurait plus de 50 000 cas dans quinze jours », prophétise alors le ministre de la Santé, Olivier Véran. Une estimation bien optimiste : le cap fatidique est franchi à peine trois jours plus tard, le 25 octobre.

Désaveu pour la stratégie sanitaire

Mercredi soir, le chef de l’État a donc assumé l’échec la stratégie du « vivre avec le virus » et des deux versions du couvre-feu, constatant que «  nous sommes submergés par l’accélération soudaine de l’épidémie. » En réalité, l’exécutif n’aura même pas eu le luxe de pouvoir jauger l’efficacité des dispositifs précédents. La temporalité propre à l’épidémie demande en effet entre quinze et dix-huit jours pour évaluer l’effet d’une politique publique sur la circulation du virus. Le choix d’un reconfinement sur l’ensemble du sol national sonne aussi comme un désaveu pour la stratégie sanitaire différenciée, territoire par territoire, qui était supposée marquer le « style Castex ».

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