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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 05:37
Rétention. David Rohi: "L'enfermement des étrangers se banalise" (entretien avec Emilien Urbach, L'Humanité, mercredi 23 septembre 2020)

Rétention. David Rohi : « L’enfermement des étrangers se banalise »

Mercredi 23 Septembre 2020

Cinq associations qui interviennent auprès des personnes placées en rétention publiaient, mardi, leur dernier rapport. Elles dénoncent un système devenu « hyper-répressif ». Entretien avec David Rohi, responsable du pôle rétention à la Cimade.

En 2019, le nombre de personnes étrangères placées en centre de rétention administrative (CRA) a augmenté de 23 %. Le temps de leur enfermement a, lui, augmenté de 40 %. En outre, de plus en plus d’enfants sont amenés à vivre derrière les barreaux des CRA. David Rohi, responsable du pôle rétention à la Cimade, alerte sur cette dérive répressive et la banalisation de l’enfermement des étrangers.

Nombre de personnes enfermées, durée de rétention, atteinte aux droits : tous les éléments sont à la hausse. Quelles conclusions en tirez-vous ?

David Rohi Il faut noter aussi la hausse remarquable du nombre de places et la création de quatre nouveaux CRA. En 2019, le gouvernement a pratiqué une politique hyper-répressive du tout-enfermement. Ces privations de liberté s’inscrivent dans une logique punitive qui s’ajoute à de nombreuses violations des droits et pratiques illégales. Un tiers de ceux qui sont placés en rétention sont libérés par un juge. On a pu voir des enfants se faire expulser sans être accompagnés de leurs parents. Les audiences judiciaires par visioconférence se multiplient. L’État est ainsi en train de créer une justice d’exception spécialement réservée aux étrangers en voie d’expulsion.

On a aussi assisté cette année à plusieurs mouvements de grève de la faim dans les CRA. De quoi est-ce le symptôme ?

David Rohi  Les retenus supportent mal l’allongement de la durée d’enfermement, qui a doublé. On fait face à de gros problèmes psychologiques. Trois personnes se sont donné la mort en rétention en 2019. C’est inédit et ça doit nous alerter.

Votre rapport évoque le cas de 264 enfants placés en CRA en métropole, bien qu’ayant déclaré être mineurs. Comment est-ce possible ?

David Rohi Dès que l’administration a un doute sur l’âge d’un adolescent, le système ne le protège plus. En 2019, on a réussi à en faire sortir certains, en établissant leur minorité alors qu’ils étaient déjà en rétention. Rien n’est prévu pour prendre le temps d’une réelle évaluation de leur âge et ils se retrouvent régulièrement enfermés avec des adultes, certains sont même expulsés. C’est souvent le cas de ceux qui, à un moment de leur parcours d’exil, ont été obligés de mentir sur leur âge en se déclarant majeurs. Si ce sont des enfants, le système devrait les protéger quoi qu’il en soit.

Vous indiquez également que plus de 14 % des personnes placées en rétention sortent directement de prison. La rétention n’est pourtant normalement pas liée au système carcéral ?

David Rohi Dans les faits, si. La prison et la rétention fonctionnent ensemble, maintenant. Une personne étrangère sous le coup d’une procédure de reconduite à la frontière ne devrait pas avoir à passer en rétention. L’administration devrait savoir gérer sa situation lors de la levée d’écrou. Il faut, par ailleurs, noter que de plus en plus de gens sont enfermés après avoir refusé de monter dans l’avion prévu pour leur expulsion. Le fait nouveau avec la situation sanitaire, c’est qu’on voit des gens se faire emprisonner pour avoir refusé un test de Covid-19. Pour être admis par le pays vers lequel on les renvoie, les personnes doivent avoir fait le test. Ceux qui refusent sont condamnés pour obstruction à la mesure d’éloignement. Christophe Castaner, à l’époque ministre de l’Intérieur, avait déclaré qu’il ne pouvait pas laisser « ces gens dehors », à propos de personnes étrangères sorties de prison. Il considérait ainsi, arbitrairement, que bien qu’ayant purgé leur peine, elles restaient dangereuses et donc à enfermer, sans intervention de la justice.

Vous notez aussi que les « dublinés », censés être renvoyés dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe, sont de plus en plus nombreux dans les CRA. Là aussi, la rétention administrative n’est-elle pas dévoyée de sa fonction légale ?

David Rohi Le nombre de dublinés enfermés a doublé par rapport à 2018. C’est, en outre, ceux qu’on éloigne le plus. Il s’agit de personnes qu’on expulse sans contrôle par un juge, sans garantie que leurs droits ont été respectés au moment de leur interpellation ou pendant leur rétention. Par ailleurs, on compte parmi les dublinés de nombreux enfants expulsés avec leur famille, au petit matin, afin d’éviter l’intervention des juges ou des soutiens associatifs. Et ce, sans considération pour les conséquences psychologiques. Les dublinés constituent la seule catégorie de personnes qu’on enferme en rétention sans être sous le coup d’aucune procédure d’expulsion. C’est une dérive grave du système, qui introduit l’idée qu’on pourrait enfermer n’importe qui pour étude de sa situation administrative. L’enfermement des étrangers est quelque chose qui se banalise.

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