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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 05:40

 

D’abord le mot et la compagnie des dictionnaires et de livres. « Rendre sauvage, faire devenir non docile, non apprivoisé ». Et le sauvage ? « Le barbare... », « celui qui vit dans les bois » ; puis le terme s’est chargé de racisme, utilisé pour cibler « les étrangers ». Le « sauvage » devient celui qu’on rencontre dans les pays que l’homme européen croise avant de piller les richesses puis qu’il colonise.

 

 

Et puis, la bataille idéologique. En exprimant l’idée d’un « ensauvagement » d’une partie de la société française, Gérald Darmanin est allé sur le terrain de la droite extrême et de l’extrême droite. La place Beauvau ouvre ses portes à une rhétorique raciste, d’une France fracturée, au bord de la guerre civile. L’amalgame avec la question migratoire a pour but de stigmatiser directement les citoyens français de confession musulmane et, par extension, les habitants des quartiers populaires, les pauvres, ceux qui ne sont rien... Marine Le Pen peut ainsi faire sa rentrée politique en actant bien plus qu’une victoire sémantique. Des dirigeants de droite ont apporté leurs contributions à cette opération visant à exploiter politiquement une série d’actes violents au cœur de l’été. « France orange mécanique » pour Xavier Bertrand. « Sauvagerie » pour Valérie Pécresse. Mesurant combien cette surenchère « sécuritaire » pouvait vite devenir hors contrôle, le chef de l’État a préféré parler d’une « banalisation de la violence » en évoquant les symptômes d’une société où chacun et chacune n’avait pas la même « égalité des chances ». Reste que l’installation du terme « d’ensauvagement » dans le débat public, via les chaines d’infos en continu et les réseaux sociaux, a eu son effet dévastateur : le « sauvage » est partout.

Comment la société française réagit-elle à cette question de l’insécurité et à son exploitation politique avec comme ligne d’horizon la prochaine élection présidentielle ? Dans sa dernière étude (1) sur les « Fractures françaises », le journal Le Monde éclaire une complexité. L’insécurité s’affirme comme une préoccupation très forte, notamment chez les plus de 60 ans, tout juste après le Covid, le pouvoir d’achat, l’avenir du système social, et à un même niveau que la protection de l’environnement. La demande d’autorité, de protection et d’ordre est là. Elle cohabite avec l’affirmation de la démocratie comme le meilleur système possible. Cette étude présente une poussée inédite en faveur de la peine de mort.

Enfin, les réponses progressistes. La sécurité est une vraie question. L’insécurité n’est pas pour beaucoup un ressenti mais une réalité douloureuse. Elle mine d’abord la vie des familles modestes confrontées aux incivilités, aux violences du quotidien, aux délinquants, aux trafics et aux bandes de voyous. La réponse doit être éducative, préventive, policière et judiciaire. Ce qui pose la question des moyens et des objectifs que nous nous fixons à un véritable choix de société, plaçant au cœur de notre action les valeurs de la République, la laïcité, la justice sociale. Un groupe de travail va prochainement être mis en place pour mieux appréhender ces questions avec l’apport de nos parlementaires, d’élus locaux, de syndicalistes. Nous commencerons par une série d’auditions pour bien définir le champ des questions à traiter.

Le dernier mot à Aimé Césaire : « Il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. » (« Discours sur le colonialisme »).

Nous vivons un nouvel emballement. Seul un imaginaire progressiste, à la hauteur des immenses défis d’humanité, peut y répondre. Et c’est urgent pour ne pas basculer dans quelque chose, pour le coup, de véritablement sauvage.

Olivier Dartigolles, membre du CEN.

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1. Enquête réalisée depuis 2013 pour le Monde par Ipsos-Sopra steria, en partenariat avec le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne. Le Monde du 15 septembre.

 

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