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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 05:26

 

ENTRETIEN. La concession des autoroutes aux entreprises privées, depuis 2006, a fait l’objet d’une commission d’enquête sénatoriale, qui a rendu son rapport, ce vendredi 18 septembre. Ses conclusions sont jugées insuffisantes par le groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), qui a choisi de ne pas le voter. Explications avec le sénateur communiste Éric Bocquet, vice-président de la commission.

 

Pourquoi ne pas avoir voté le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les concessions autoroutières, dont vous étiez le vice-président ?

ÉRIC BOCQUET Le groupe CRCE a décidé de s’abstenir pour une raison essentielle : les propositions de ce rapport sont largement insuffisantes, notamment sur le besoin de renationaliser les autoroutes. Tout le monde, y compris à droite, s’accorde à dire que c’était une erreur de les concéder en 2006, mais l’option de la renationalisation a été rejetée, au nom de la dette. C’était déjà au nom de la dette que la privatisation avait été décidée. Cette solution serait trop chère, Bruno Le Maire évoque un coût entre 40 et 50 milliards d’euros, mais sans qu’on sache d’où sort ce chiffre. Cet argument est farfelu, c’est surtout une question de volonté politique. On est capable d’emprunter 500 milliards d’euros pour un plan de relance inefficace mais pas dix fois moins pour les autoroutes, qui en plus ne seraient pas à la charge de l’État, puisque la somme sera rapidement remboursée par les péages. Le rapport se contente de recommander de « remettre à plat le cadre de gestion des autoroutes ». C’est ce que la commission aurait déjà dû faire, mettre en place une table ronde entre l’État et les concessionnaires, négocier… Tout cela est bien léger, c’est une capitulation de l’État par rapport à l’intérêt général. Ce rapport reste au milieu du gué : j’en partage le constat mais en termes de propositions, le compte n’y est pas puisqu’il fait le choix de se pencher sur la fin des concessions et sur les suivantes, mais sans envisager la solution, qui est la nationalisation. Nous avons le sentiment d’une occasion manquée.

 

Quels constats cette commission d’enquête a tout de même permis de révéler ?

ÉRIC BOCQUET Le premier constat, c’est que la rentabilité des concessions autoroutières ne s’est jamais démentie depuis 2006. Pour les trois concessionnaires, Vinci, Eiffage et Abertis, les chiffres d’affaires, et donc les dividendes, ont toujours augmenté d’année en année, avec une hausse de 43,5 % entre 2006 et 2017. Les bénéfices après impôts également, alors que dans le même temps les masses salariales ont sensiblement diminué, avec des milliers de suppressions d’emplois. L’État s’est privé des moyens d’entretenir ses réseaux, des ressources qui devaient servir à la transition énergétique, au rail, et à l’intérêt général. Imaginez ce qu’on aurait pu faire avec les 23 milliards de dividendes perçues depuis 2006, et les 40 milliards prévus d’ici la fin des concessions, en 2030-2032, alors que celles-ci sont amorties depuis 2013. La commission a aussi permis de confirmer l’opacité qui règne dans les discussions entre l’État et les concessionnaires. Christian Eckert, ministre du Budget sous François Hollande, que nous avons auditionné, explique avoir été tenu à l’écart des négociations. Cela prouve le poids gigantesque de ces entreprises. Les discussions tournent toujours à leur avantage, au détriment des usagers et de l’intérêt général. De la même façon, l’État n’a jamais véritablement assumé son travail de contrôle et de régulation de ces concessions autoroutières. Il laisse totalement faire le privé, donc les autoroutes et leur prix nous échappent complètement.

 

Cette question revêt donc des enjeux économiques, environnementaux, mais aussi sociaux ?

ÉRIC BOCQUET Oui, sur de nombreux points. Je regrette d’ailleurs que la commission d’enquête n’ait pas cherché à auditionner les salariés de ces groupes, concernant la gestion interne, de conditions de travail, et surtout les suppressions massives d’emplois - 16 000 postes supprimés depuis 2006 - qui vont à contre-courant des bénéfices. Pour les usagers également, l’enjeu social est important, puisque les tarifs ont régulièrement augmenté. À chaque fois que l’État demandait aux concessionnaires des travaux ou des investissements, ils ont négocié des augmentations de péages. À la fin de la commission, nous avons reçu un document d’un universitaire qui conteste d’ailleurs la légalité de ces augmentations, qui seraient contraires aux contrats signés. Nous n’avons pas eu le temps de l’analyser suffisamment, mais cela montre qu’il reste de nombreux points à creuser, et que cette commission n’est pas allée au bout de sa mission.

Entretien réalisé par Florent Le Du

 

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