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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 05:24

 

Alors que le gouvernement tente de survendre le « Plan de relance » qui sera publié demain, il n’est pas inutile de rappeler ce que le futur président Macron vint dire aux salariés de Whirlpool entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017. D’autant que le quotidien « Les Échos », plutôt pro-Macron, vient de publier un article qui retrace les étapes du fiasco de la réindustrialisassions du site d’Amiens promise par le candidat Macron et totalement oubliée après son accession à l’Élysée.

Tandis que le « Plan de relance » du gouvernement prévoit d’évoquer certaines relocalisations de productions industrielles, il n’est pas inutile de revenir de sur ce que fut la première promesse non tenue d’Emmanuel Macron concernant l’emploi en France. Courant derrière Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, il s’était rendu auprès des salariés de Whirlpool qui luttaient contre la fermeture du site d’Amiens, alors que la firme américaine délocalisait la production de ses lave-linge en Pologne. Fidèle à ses convictions d’ancien banquier et d’ancien ministre de l’Économie favorable aux décisions patronales, Emmanuel Macron déclara ce jour-là aux salariés en lutte : « Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois, parce que personne ne peut le faire dignement ». Évoquant la décision du groupe américain, il s’était contenté d’ajouter : « Ils ont une responsabilité compte tenu des dividendes qu’ils ont versés ».

Le quotidien « Les Échos » n’est pas du genre à cogner sur le patronat. Néanmoins, dans l’édition datée du 27 août dernier, Guillaume Roussange, correspondant de ce journal à Amiens, retrace, en page 20, ce que fut le fiasco de la réindustrialisation du site que promettait Emmanuel Macron. Notre confrère commence par rappeler que l’annonce de la fermeture datait de l’hiver 2017 et que les dirigeants de la firme justifiaient « la fermeture de l’unité amiénoise par des prix français de fabrication supérieurs de 7,5 % par rapport à la Pologne ». Un tel chiffre n’a rien de surprenant quand on sait que les salaires en Pologne sont trois fois plus bas qu’en France en moyenne. Mais, la Pologne étant membre de l’Union européenne, ses produits entrent en France sans le moindre droit à verser aux douanes.

 

Le fiasco du président du MEDEF de la Somme

Guillaume Roussange rappelait aussi que Whirlpool, en rachetant un peu plus tôt l’entreprise italienne Indesit, s’était retrouvé avec plusieurs sites en doublon. Dans un premier temps, trouver un repreneur pour le site d’Amiens s’avéra difficile. Dans un second temps, Nicolas Decayeux, président du MEDEF dans la Somme et producteur de boîtes aux lettres, s’engagea sur les 55,000 m2 libérés par Whirlpool afin d’y produire « des casiers connectés réfrigérés » pour le commerce de produits alimentaires commandés sur internet et livrés par de nouveaux esclaves. S’y ajoutaient une possible production de véhicules électrique et d’autres activités, dans le cadre d’un projet d’entreprise baptisé « XN », le tout devant permettre d’embaucher à terme 277 personnes.

Le correspondant des Échos indique qu’une centaine de personnes furent embauchées dans un premier temps avant de poursuivre en ces termes : « Las ! C’est déjà trop pour une activité dont la feuille de route semble de plus en plus confuse, et dont le carnet de commandes semble désespérément vide. Rapidement, les salariés donnent l’alerte sur l’inactivité patente de WN. La préfète de la Somme commande un audit indépendant qui révèle « l’impasse financière » de l’entreprise et recommande qu’elle se place sous la protection du tribunal de commerce ».

Ce projet avait obtenu 12 millions d’euros de fonds publics et privés. Mais il n’a finalement débouché sur rien. Pourtant, que ce soit Emmanuel Macron à l’Élysée, Édouard Philippe à Matignon, Bruno Le Maire à Bercy avec Gérald Darmanin en charge des comptes publics, ou encore Muriel Pénicaud au ministère du Travail, on ne trouve aucune trace d’intervention de ces cinq personnalités afin que soit tenue la promesse faite aux salariés de Whirlpool par Emmanuel Macron. Il leur avait pourtant dit : « Je serai là pour protéger un plan social qui défend vos intérêts ».

 

La « Révolution » vue par le candidat de patrons

Faut-il s’en étonner ? Non si on relit le livre programme publié en 2016 par Emmanuel Macron sous le titre « Révolution » (1). On peut y lire en pages 86 et 87 ces quelques phrases révélatrices de ses choix : « Nous devons apprendre à célébrer et à consacrer ceux qui réussissent dans tous les domaines (…) Pour que cet entreprenariat réussisse et se développe en France, je souhaite deux choses simples. D’abord une fiscalité qui récompense la prise de risques, l’enrichissement par le talent, le travail et l’innovation plutôt que la rente et l’investissement immobilier. Notre fiscalité, et j’inclus ici l’actuel impôt sur la fortune, ne dois plus pénaliser ceux qui réussissent de leur vivant et investissent dans les entreprises et dans l’innovation ».

Avant même l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée, les dirigeants de Whirlpool appliquaient ses préconisations comme l’ont montré les « Paradise Papers », en révélant une note du cabinet de conseil Backer-McKenzie fournissant aux dirigeants de la firme ces éléments de langage : « En tant que compagnie cotée en Bourse nous avons la responsabilité envers nos actionnaires de gérer au mieux nos opérations mondiales et de fournir du retour sur investissement. Ce sont des activités d’optimisation fiscales et financières normale ».

Voilà une stratégie patronale qui cadre bien avec cette partie du texte citée plus haut et tirée du livre d’Emmanuel Macron. Là encore, faut-il s’en étonner ? Non, quand on se souvient que cet homme fut chargé de négocier des fusions acquisitions entre grandes firmes à la Banque Rothschild après avoir pris la lumière quand il rédigea le rapport de la Commission Attali demandé par Nicolas Sarkozy en 2007. À partir des préconisations de ce rapport, la droite vota en 2008 une loi qui permet toujours à la grande distribution de piller les paysans.

 

Un « pognon de dingue » empoché chez Rothschild

Chez Rothschild, en 2011, avant de devenir le conseiller économique de François Hollande à l’Élysée à partir du printemps 2012, Emmanuel Macron empocha un salaire annuel de 403 600 € auquel s’ajoutèrent 706 300 € de « bénéfices industriels et commerciaux » et encore 291 300 € provenant de « parts de dividendes dans les sociétés du groupe Rothschild ». Ainsi, sur une rémunération totale de 1,4 million d’euros perçus par Macron chez Rothschild en 2011, quelque 997 600 € provenaient d’une « fiscalité qui encourage la prise de risque », au détriment des salariés qui perdent leur emploi ; condition pour parvenir à « l’enrichissement par le talent » des patrons et de leurs serviteurs zélés comme le fut Macron chez Rothschild ! Devenu président de la République, il dénoncera en juin 2018 le « pognon de dingue » consacré aux minima sociaux dans un pays miné par le chômage et la précarité de l’emploi, une situation qui dure depuis et dont on a de bonnes raisons de redouter une forte dégradation dans les prochains mois.

Car, en dépit du « Plan de relance » annoncé demain, voire à cause de lui, on imagine que beaucoup de grands patrons et leurs proches collaborateurs seront tentés de profiter de la conjoncture incertaine pour mettre faire leurs préconisations rédigées en 2016 par Macron dans son livre programme. Sauf qu’il n’avait rien d’une révolution !

Gérard Le Puill

(1) Révolution, d’Emmanuel Macron, XO éditions

 

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