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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 08:02

 

L’exécution de huit personnes, dont six Français, par un groupe armé, à 60 kilomètres de Niamey, s’inscrit dans une stratégie globale visant le départ de tous les Occidentaux, militaires comme civils.

«Ils » ne leur ont laissé aucune chance. Deux Nigériens et six Français, dont sept salariés de l’ONG Acted, ont été tués dimanche par des hommes armés circulant à moto dans la région de Kouré (sud-ouest du Niger), célèbre pour son parc animalier et ses spécimens de girafes peralta, une espèce disparue du reste de la planète.

Jusqu’ici classée « orange » par le ministère français des Affaires étrangères, c’est-à-dire « déconseillée sauf raison impérative », la zone demeurait pourtant l’un des rares havres de paix d’un Niger en guerre et confronté au même effondrement sécuritaire que ses voisins malien et burkinabé.

Situé à 60 kilomètres de Niamey, le parc attire des locaux comme les membres de la communauté des expatriés de Niamey, évaluée à 2 000 personnes, et aucun acte violent n’y avait jusqu’ici été répertorié. « La plupart des victimes ont été abattues par balles et une femme qui a réussi à s’enfuir a été rattrapée et égorgée. Sur place, on a trouvé un chargeur vidé de ses cartouches », détaille à l’AFP une source proche des services de l’environnement, illustrant la volonté des assaillants de liquider les « touristes » plutôt que de les enlever et tenter de négocier ensuite le versement de juteuses rançons.

Même mode opératoire qu’au marché de Namoungou

Le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé dimanche soir une « attaque meurtrière qui a lâchement frappé un groupe de travailleurs humanitaires », affirmant que « tous les moyens » seront mis en œuvre pour « élucider » les circonstances de cet « attentat ». Le président du Mali, pays frontalier du Niger, a de son côté réagi en « condamnant énergiquement cet acte barbare (…), récurrent dans notre espace sahélien où continuent de sévir l’extrémisme violent et l’économie criminelle, malgré la guerre sans merci livrée par les armées nationales, la force conjointe du G5 Sahel et la force française “Barkhane” ».

Médiatisée car touchant des travailleurs humanitaires européens, l’attaque survenue au Niger ne doit pas occulter le fait que l’écrasante majorité des victimes de ce grand banditisme repeint aux couleurs du djihad demeure issue des populations locales de cette zone, aux confins du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Dans l’indifférence générale, le vendredi 7 août, et suivant le même mode opératoire que l’embuscade de Kouré au Niger, une vingtaine de personnes étaient tuées dans le marché à bétail de Namoungou, à une trentaine de kilomètres de Fada N’Gourma, au Burkina Faso.

« C’est la stratégie de l’“État islamique” et des groupes qui lui ont fait allégeance, comme l’“État Islamique” au grand Sahara (EIGS), explique le général Bruno Clément-Bollée, consultant international en matière de sécurité en Afrique : obtenir le départ de tous les Occidentaux, exercer le pouvoir politique dans un territoire autonome et contrôler la rente économique qui en découle. C’est exactement ce qui s’est produit à partir de 2014 dans un vaste territoire situé entre l’Irak et la Syrie. Adnane Abou Walid Al-Sahroui (l’actuel chef de l’EIGS – NDLR) espère atteindre le même objectif dans cette zone dite des trois frontières. »

L’impasse militaire de l’opération « Barkhane »

De fait, les gouvernements locaux comme les parrains français de l’opération « Barkhane » paraissent totalement impuissants à endiguer ce cycle de la violence qui détruit le tissu économique, encourage la création de milices d’autodéfense et réduit à peaux de chagrin les espaces de coopération comme de libre circulation.

Pour compenser l’absence de solution politique et masquer l’impasse militaire de l’opération « Barkhane », Emmanuel Macron a convoqué ce mardi un conseil de défense consacré au Niger et à la lutte contre le coronavirus, tandis que l’ONG Acted annonce le dépôt d’une plainte à Paris pour tenter d’éclaircir les circonstances de cette attaque contre ses employés. Selon le cofondateur d’Acted Frédéric Roussel, il pourrait s’agir « a priori d’une attaque d’opportunité », l’ONG n’étant « pas une cible, que je sache », ajoute-t-il. Acted a pourtant été endeuillée à de multiples reprises au Nigeria, en Syrie, en Centrafrique ou en Afghanistan, où six travailleurs locaux avaient été abattus par balles dans une embuscade dans le nord-ouest, à la fin du mois de novembre 2013.

Marc de Miramon

 

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LA « NÉBULEUSE » EIGS

La plupart des spécialistes attribuent la tuerie commise au Niger au groupe « État islamique » dans le grand Sahara (EIGS), qui appelle à l’action violente contre tout ce qui s’apparente de près ou de loin à des ingérences étrangères en général, françaises en particulier. L’EIGS est pourtant lui aussi largement un produit d’importation, et l’islam qu’il prône, issu de l’école hanbalite, proche du wahhabisme saoudien, n’a en effet rien à voir avec l’islam malikite pratiqué dans sa zone d’implantation. Quant à ses liens réels avec l’organisation « État islamique », fondée en Irak par Abou Bakr Al-Baghdadi, ils demeurent difficiles à établir, au-delà des revendications opportunistes et de l’utilisation du « label EI ».

 

 

 

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