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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:33

 

Cette nouvelle période de sécheresse ravive les débats sur le partage de l’eau en France. Marion Veber, responsable des programmes de la Fondation Danielle-Mitterrand, pointe du doigt les politiques nationales et les opérateurs privés, tout en préconisant plus de démocratie. Entretien.

Marion Veber

Responsable des programmes à la Fondation Danielle-Mitterrand

 

La France semblait épargnée par les crises hydriques jusque-là. Ce temps est-il révolu ?

Marion Veber Il suffit d’observer ce qu’il se passe : le nombre de sécheresses augmente, c’est presque devenu normal. Chaque année, des territoires sont placés en zone de crise hydrique. Je pense notamment au Massif central qui subit des sécheresses depuis quatre ans. Celles-ci sont la conséquence des activités humaines et de nos choix de développement qui ont bouleversé le cycle de l’eau. Nous avons priorisé une agriculture intensive et chimique, surtout après la Seconde Guerre mondiale, pour en tirer un maximum de bénéfices. Ce qui nous a menés à des monocultures à grande échelle, perdant tout lien raisonné et raisonnable à la terre. Nous ne pointons pas du doigt les agriculteurs, mais le modèle agricole décidé au niveau national et européen avec la PAC. Il existe aussi une fracture importante entre la métropole et les Outre-mer. C’est un problème qui ne touche pas que l’agriculture, mais également les besoins vitaux des populations (boisson, hygiène, etc.).

 

Comment expliquer que la situation n’évolue pas ?

Marion Veber Ce système agricole va à l’inverse des préconisations des experts du climat et des hydrologues. Ils nous invitent à revenir à des systèmes liés à la permaculture, à l’agroécologie, et à travailler sur des parcelles plus petites. Toutes les pistes nous sont données. Mais elles ne sont pas retenues, car il existe un lobbying du secteur privé de l’eau. La France accueille parmi les plus importantes multinationales du secteur (Veolia, Suez, Saur). La tendance mondiale qui consiste à marchandiser, privatiser et financiariser l’eau, mais aussi à promouvoir des solutions basées sur la technologie, renforce les problèmes. Ces idées sont portées par les multinationales et les autres acteurs de l’eau. Ils se réunissent, notamment lors des forums mondiaux de l’eau, tous les trois ans, et influent sur les décisions des organes de l’ONU et des États. L’eau ne devrait pas être pensée comme une ressource à gérer, mais bien comme un élément soutenant la vie.

Comment éviter la répétition de ces crises hydriques ?

Marion Veber Après les élections de mars dernier, on va voir si les remunicipalisations promises vont être engagées. C’est un enjeu clé pour penser l’eau sur le long terme, en apportant davantage de démocratie et de transparence. Il faut privilégier une approche par les droits humains, et non par le marché. L’eau est un droit, elle ne se mérite pas. La place des usagers est aussi très faible sur les décisions autour de l’eau. Il faudrait redonner davantage de poids à certains usagers dans les comités de bassin (instances de concertation locale sur la gestion de l’eau – NDLR). Malheureusement, le gouvernement ne semble pas conscient de la situation et ne prend pas de décision en ce sens. Certaines avancées ne sont pas retenues, alors qu’elles constituent un consensus dans la communauté scientifique et sont mises en place dans certains territoires en France. Les agriculteurs sont nombreux à se considérer paysans avant tout, et non pas exploitants. Il faut surtout montrer les réussites et les modèles vertueux, à la fois pour les écosystèmes, mais aussi pour les agriculteurs.

Entretien réalisé par

Mathieu Lorrriaux

 

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