Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 06:07
Marcel Paul et Rol Tanguy (photo sélectionnée par Michel Etiévent)

Marcel Paul et Rol Tanguy (photo sélectionnée par Michel Etiévent)

Marcel Paul, du banc de la rue au banc de l’assemblée

Michel Etiévent

Enfant de l’Assistance, résistant, déporté, il imposa à la Libération la nationalisation des ressources énergétiques françaises et élabora un statut pour les électriciens et les gaziers.

Incursion dans le Larousse 2010, à la recherche de Marcel Paul, ministre de la Production industrielle à la Libération, père d’EDF et du statut des électriciens et des gaziers, véritable éclaircie de dignité dans le siècle. Même absence qu’Ambroise Croizat, bâtisseur de la sécurité sociale. 

Marcel Paul naît un peu comme Ambroise Croizat. Au tournant d’un siècle où la misère pousse à l’abandon des enfants. Parce qu’on le trouve sur un banc, Marcel, un 14 juillet 1900, sur la place Denfert, précisément. Recueilli par l’Assistance publique, il est placé dans la Sarthe comme petit commis de ferme.
La « belle époque », pour lui, c’est quinze heures par jour d’étable. Il mange à la sauvette et reçoit plus de coups que d’éducation. Il se révolte souvent, surtout quand le maître le traite de « Pitau », ces " pupilles de va-nu-pieds, traîne misère de l’Assistance ". Sur le rail, en face de la ferme, passent les convois de soldats amputés, gueules cassées de la grande guerre.

" C’est là, dira-t-il plus tard, en voyant ces jeunes à demi déchiquetés, que j’ai compris combien la guerre était une stupide et criminelle œuvre de mort » Alors il suit ceux qui luttent. Il adhère ainsi à la CGT, à la SFIO, manifeste dans les rues du Mans, encourage les premières grèves des cheminots.

L’esprit de révolte et la défense de la dignité le suivent à l’armée. Il suscite les premières mutineries de Brest, en 1919.

Démobilisé, il entre à l’usine de Saint-Ouen, où il est le seul à faire grève. Licencié, la route des galères commence. Alors qu’il vit l’exclusion des militants du PCF auquel il vient d’adhérer, il s’occupe, dès 1923, de l’Avenir social, organisation de secours pour les militants ouvriers en difficulté. Membre de la commission exécutive de la fédération des services publics et de l’éclairage, il prend la route des grèves. Alors que s’organise l’unité du Front populaire, il est successivement élu à la tête de la fédération de l’éclairage et au conseil municipal de Paris. Il laisse là une impressionnante série de réalisations sociales, crèches, secours d’urgence, hôpitaux pour les vieux.
1939. La nuit tombe sur Paris. C’est la « drôle de guerre », surtout contre ceux que l’on incarcère ou déporte. Marcel entre en clandestinité. On le retrouve dans les caches de Nantes et de Paris, où il suscite la résistance bretonne et participe à la création de l’OS, matrice des futurs FTP. « Jamais un peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves ! » Ces mots il les colportera jusqu’au 13 novembre 1941, quand le couperet nazi tombera sur lui. Commence alors l’univers carcéral des geôles de la Santé aux côtés de Gabriel Péri, puis le bagne de Fontevrault, le camp de Compiègne et les « nuits et brouillards » d’Allemagne. Il ne sortira de la fange qu’un jour d’avril 1945, après l’insurrection du camp. Élu député en octobre, il est nommé ministre de la Production industrielle où il impose la nationalisation de l’énergie, avant de bâtir dans la foulée le statut des électriciens et des gaziers, « joyau de la nationalisation ». Viendra bientôt l’énorme travail au sein des activités sociales d’EDF.

Omniprésence à la Fédération de l’énergie ou à la FNDIRP, lutte contre l’OAS et toutes les indignités, le chemin de courage continue jusqu’au 11 novembre 1982 où il passe le relais à ceux qui l’ont aimé. Trouvé un 14 juillet, jour de liberté, mort un 11 novembre, jour de paix, deux dates clés de notre histoire pour un enfant de la nation en quête de vie et de liberté.

Michel Etievent


 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011