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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 06:04

 

Tandis que des restrictions sont imposées désormais dans quelque 75 départements métropolitains concernant l’usage de l’eau, les conséquences de la sécheresse sont encore plus difficiles à gérer au quotidien dans les exploitations agricoles. Depuis des semaines plus rien ne pousse dans les prairies et la récolte céréalière est en baisse de 20 % en 2020 par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Notons enfin que l’Ile-de-France est la région la moins soumise aux restrictions d’eau bien qu’étant la plus peuplée du pays. Elle doit cette situation aux grands barrages qui stockent de l’eau en Champagne et dans le Morvan en hiver pour soutenir le débit de la Seine en été.

Dans « l’Humanité » de ce jeudi 13 août, un dossier de trois pages informe sur le risque de pénurie d’eau potable au robinet dans l’immense majorité des départements métropolitains. Cela est d’abord imputable un déficit de pluviométrie qui s’aggrave au fil des ans, en lien avec le changement climatique en cours. Disposer de l’eau potable est vital pour chaque individu. Assurer sa souveraineté alimentaire l’est aussi pour un pays agricole comme la France. Or, la sécheresse de cette année 2020 après celle de l’an dernier soumet les paysans à des doubles peines à répétition. Le manque d’eau diminue le rendement fourrager des prairies tout comme les rendements des céréales, des fruits et des légumes. À titre d’exemple, le rendement des petits pois pour les boîtes de conserve est inférieur de 30 % par rapport à la moyenne annuelle en 2020. Ce légume « tendre et fragile, cultivé en saison et en plein champ, ne supporte pas les conditions climatiques toujours plus imprévisibles et extrêmes » faites savoir l’association nationale des producteurs.

Coûts de production en hausse pour le lait et la viande

Nous savons par ailleurs que les prairies ne produisent plus d’herbe depuis des semaines et que les éleveurs en sont à acheter de la paille de d’autres fourrages pour nourrir le bétail dès à présent, comme en prévision de l’hiver. Le maïs destiné à l’ensilage dans les zones d’élevage est en train de griller sur pied. Il ne donnera souvent que de faibles rendements, faiblement nutritifs de surcroît. Toutes les conditions sont donc réunies pour que le prix de revient de chaque litre de lait et de chaque kilo de viande d’animaux herbivores soit en augmentation sensible. Cette hausse des coûts de production durera au moins jusqu’au milieu du printemps 2021. À condition que le climat du début de printemps soit favorable à la poussée de l’herbe dans les prés.

Il faut avoir ces éléments en tête au moment de prendre connaissance de la décision annoncée hier par Julien Denormandie, le quatrième homme à occuper la fonction de ministre l’Agriculture. Ses prédécesseurs dans la fonction furent par ordre d’arrivée Jacques Mézard, Stéphane Travert, et Didier Guillaume, tous récompensés pour avoir appelé à voter Macron lors de la présidentielle de 2017, puis débarqués à la faveur d’un remaniement ministériel.

Toujours pas d’annonce de calamités agricoles

Le communiqué du nouveau ministre débute par ces phrases : « La poursuite de la sécheresse en ce début du mois d’août a continué à dégrader les ressources fourragères disponibles pour les troupeaux dans plusieurs départements. Le ministre de l’Agriculture et de l‘Alimentation, Julien Denormandie, permet à de nouveaux départements de bénéficier de dérogations sur les jachères et les cultures dérobées, c’est-à-dire intercalées entre deux cultures principales annuelles ». Le communique du ministère précise que 15 nouveaux départements ont le droit de déroger aux jachères et que 29 peuvent retarder la mise en place des cultures dérobées.

Mais de quoi s’agit-il au juste ? En principe, les jachères sont des parcelles dont on ne récolte pas les fourrages dans le but de favoriser la biodiversité. Les fleurs restent à la disposition des abeilles et les graines nourrissent les oiseaux et certains rongeurs. Mais comme les fermes manquent cruellement de fourrages, on les autorise cette année à récolter tardivement ceux des jachères qui ont déjà perdu l’essentiel de leur valeur nutritive après avoir séché sur pied. Pour avoir un foin de bonne valeur nutritive, il faut faucher l’herbe quand elle est encore verte et la faire sécher trois ou quatre jours sur le pré. La décision ministérielle arrive donc bien trop tard. C’est ce que relève la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) qui estime que « les pouvoirs publics français doivent immédiatement mettre en œuvre le régime des calamités agricoles ainsi que toute aide qui évitera une décapitalisation du cheptel français, faute de trésorerie pour acheter des fourrages nécessaires au bien-être des animaux présents sur les exploitations »

Avec une liste supplémentaire de 29, ce sont désormais 54 départements dans lesquels les céréaliers n’ont pas l’obligation de semer une culture dérobée après avoir récolté le colza, le blé ou l’orge qu’ils viennent de moissonner. L’utilité d’une culture dérobée, comme la moutarde ou le trèfle, est de verdir la parcelle. Cela permet de capter du carbone et d’avoir plus tard des débris de végétaux qui serviront de fertilisants pour une nouvelle culture annuelle. Mais tant que la terre est trop sèche pour permettre aux graines de germer, rien de sert de semer une culture dérobée, d’où la décision de reporter au 1 er septembre l’obligation d’implanter ces cultures. Quelqu’un de sensé a probablement expliqué cela au ministre de l’Agriculture qui en a tenu compte.

Quand les grands lacs protègent doublement les Franciliens

Les restrictions d’accès à l’eau potable concernent désormais 75 départements métropolitains. La région la moins concernée demeure l’Ile-de-France, alors qu’elle concentre sur son territoire la plus grande densité de population avec près de 12 millions d’habitants sur sept départements. Seules quelques villes du Val-de-Marne sont incitées à la prudence car elles sont en partie alimentées par le débit en baisse sensible du Réveillon, un affluent de la Yerres. Pour le reste, l’Ile-de-France bénéficie, pour moins de 45 % de sa consommation, d’eaux de nappes souterraines débordant sur d’autres régions. Pour plus de 55 %, il s’agit d’eau directement prélevée dans la Seine et dans la Marne en amont de Paris par les unités de traitement imbriquées dans le tissu urbain qui nous fournissent l’eau du robinet. Ce traitement est rendu possible en été parce que le débit de la Seine est soutenu en permanence et à plus de 60 % par les eaux stockées en amont derrière les grands barrages dont le lac de Pannecière dans le Morvan sur le cours de l’Yonne, par celles du lac d’Orient et du Der Chantecoq en Champagne sur l’Aube et la Marne.

Ces ouvrages ont été édifiés voilà plus de 60 ans et ils évitent aux Franciliens de subir des inondations quand les pluies sont trop abondantes. Ils leur permettent aussi d’avoir de l’eau potable au robinet quand d’autres régions en manquent cruellement. Leur existence nous montre aussi que le plus sûr moyen de lutter contre les conséquences du réchauffement climatique n’est pas de refuser toute modification du milieu naturel, alors que certains voudraient mettre la nature sous cloque en se réclamant de l’écologie.


 

Gérard Le Puill

 

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