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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:35
Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre, au motif de les protéger - entretien de l'Humanité avec Michel Billé, auteur de "la Tyrannie du Bien vieillir"
Vendredi, 21 Août, 2020

« Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre, au motif de les protéger »

Il faut changer durablement notre regard sur le grand âge, alerte le sociologue Michel Billé, auteur de la Tyrannie du "Bienvieillir". Et ne pas reproduire les erreurs du confinement, qui ont incité les seniors à regarder leur vieillesse dans l’aspect le plus effrayant. Entretien.

 

Qu’est-ce que le confinement a révélé du regard porté par la société sur la vieillesse ?

Michel Billé On a voulu protéger les personnes âgées, à domicile parfois, mais surtout en établissement. Cela part d’une bonne intention. Pour les protéger, on a voulu les confiner. Et pour confiner, on a fermé. On a empêché d’entrer dans les établissements des visiteurs de toute sorte, en particulier des proches, des aidants, des bénévoles… On a empêché aussi d’en sortir. Ce confinement a eu pour effet d’isoler les personnes. En établissement, il a été fréquent que cette absence de contacts a créé des difficultés pour les personnes âgées, qui se sont parfois trouvées désorientées. Quand on est habitué à dire bonjour, à se faire la bise, il est difficile de se priver de ce genre de relations. On a alors glissé de l’isolement à l’enfermement. Il y a eu trois étapes dans le processus : le confinement, l’isolement, l’enfermement. J’emploie volontairement ce mot terrible en référence aux travaux du philosophe Michel Foucault sur le grand enfermement dans les secteurs de la psychiatrie et du handicap, parce qu’ils traduisent une réalité. Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre d’Ehpad, au motif de les protéger et de protéger les autres d’un microbe qu’ils n’avaient pas. C’est terrible.

Comment en est-on arrivé là ?

Michel Billé C’est facile de jeter la pierre sur les établissements. Je ne sais pas si dans la même situation, j’aurais pu trouver une solution intelligente. Mais au-delà de cet épisode de Covid-19 et de confinement, au-delà des attitudes abusives, outrancières, liberticides qu’on a pu observer, il faut ouvrir une réflexion éthique sur ce qui s’est passé et repérer ce qui n’est pas acceptable pour que ça ne se reproduise pas. Cette crise du Covid doit nous amener à regarder différemment les réponses que nous apportons à celles et ceux de nos contemporains qui ont besoin de soins et d’accompagnement. Un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes est une réponse. Mais correspond-il aujourd’hui aux attentes de la personne ? Comment pourrait-on ouvrir différemment l’établissement, inventer des réponses à domicile, des allers-retours entre les deux ? Il faut accepter de rouvrir toutes ces questions.

Comment nos anciens ont-ils pu glisser du statut de sages à celui de personnes à charge dans notre société ?
Michel Billé Ce qui induit ce glissement, c’est cette terrible notion d’utilité sociale liée au monde de la production, au monde industriel et à la société capitaliste ultralibérale. Regarder avec quels mots on ose parler. On divise la société française entre actifs et inactifs. Que les retraités ne soient pas actifs de la même manière, dans le même domaine que ceux qui travaillent, c’est une évidence. Mais dire qu’ils sont inactifs, c’est absurde. En fait, derrière l’opposition actif/inactif se cache celle de productif/non productif. Ce qui est non productif est inutile, donc indésirable. Ajouter à cela la peur de la mort… Nous devons personnellement aider les gens à changer le regard porté sur la vieillesse. Nous avons l’habitude lamentable de regarder les sommes consacrées à l’accompagnement comme des charges, des dépenses. Oui, il y a des sommes d’argent à consacrer à la vieillesse, mais il faut les regarder comme un investissement, porteur d’emplois multiples, directs et indirects, de développement économique, d’échanges. L’argent pour les vieux, c’est l’emploi des jeunes.

Entretien réalisé par Kareen Janselme

Le 5e risque, un serpent de mer vieux de vingt ans

Depuis plus de vingt ans, les gouvernements français évoquent la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale, qui viserait à prendre en charge la dépendance liée au grand âge ou au handicap. Si le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a lancé en juin des travaux et attendait un rapport prévu en septembre, les députés ont finalement voté avant la rentrée sa création. De « l’affichage », estime le député PCF Pierre Dharréville alors que les financements restent à imaginer.

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