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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 05:50
Une crise anthropologique. Faut-il préférer les liens ou s’occuper des biens ? - par Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône (L'Humanité, Débats, 21 juillet 2020)
Mardi, 21 Juillet, 2020 - L'Humanité

Une crise anthropologique. Faut-il préférer les liens ou s’occuper des biens ?

Une tribune de Pierre Dharréville Député PCF des Bouches- du-Rhône

 

Faut-il préférer les liens aux biens ? On aurait envie de le dire. Ce qui nous fait humains, nous l’avons bien éprouvé au cœur de ce confinement, c’est la relation.

D’une façon ou d’une autre, c’est dans la rencontre que se fait reconnaître notre dignité, que nous nous révélons et que nous nous épanouissons. Et l’état des rapports sociaux est profondément dégradé dans notre société et au-delà. Ils sont gravement affectés par la grande compétition de tous contre tous, par l’injonction à la rentabilité de la personne, par le culte de la réussite, par l’accumulation de richesses, par l’insécurité sociale qui pousse au repli sur la gestion de ses seuls intérêts.

C’est pourquoi, avec Lucien Sève, j’affirme que la crise anthropologique dans laquelle nous sommes plongés est au moins aussi profonde que la crise écologique. Et qu’elle résulte du capitalisme qui nous impose « une décivilisation sans rivage ». Tout cela n’a pas de sens, et s’il continue de faire preuve de formidables élans, le genre humain s’abîme. Il s’abîme parce que, comme l’écrivait Marx, l’essence humaine, « c’est l’ensemble des rapports sociaux ». Même si nous sommes chacune et chacun singuliers, nous sommes sociétaires du genre humain et pris dans son histoire et ses contradictions. Or, dans la même veine, il a aussi eu cette formule qui interroge : « L’homme, c’est le monde de l’homme. » Et le monde de l’homme n’est pas que relationnel, il est aussi matériel.

C’est avec nos corps que nous entrons en relation. Ces corps qu’il faut nourrir, qu’il faut protéger, qu’il faut transporter, qu’il faut soigner… Nous habitons le monde, dont nous ne sommes pas séparables (d’où l’enjeu de respecter notre environnement). Et nos liens (plus ou moins immatériels) ne sont pas décorrélés des biens matériels. Il n’y a pas les liens purs et les biens impurs. Ce qui est problématique, ce n’est pas qu’on puisse aspirer à certains biens, c’est l’obsession qu’ils représentent au point d’occuper tout l’espace de nos désirs ; c’est l’illusion qu’ils représentent d’un bonheur confondu avec le confort et la surabondance ; c’est la quête sans mesure et sans fin de posséder. Nous nous perdons dans cette volonté d’avoir, qui se confond avec l’être au point de l’annexer. Nos liens sont détournés et instrumentalisés, vouant les humains à d’autres fins que celle qu’on leur imagine et qui a quelque chose à voir avec le bonheur. Alors l’humain est chosifié.

Cette volonté d’avoir est le fondement du capitalisme, un régime de grands propriétaires qui ne tient que par l’exploitation du travail dont la rémunération est réinvestie dans la consommation. Mais, dans cette volonté d’avoir, il y a aussi une part légitime ; ils le diront avec éclat, celles et ceux qui manquent. Il y a ces biens dont nous avons besoin pour vivre, et dont nous avons besoin pour être liés. Alors on ne peut pas en rester à sembler inciter les gens à se contenter de peu. Dans le respect des autres et des ressources finies de la planète, chacune et chacun a droit à la vie belle. Au plein épanouissement. « L’entière croissance », disait Jaurès. La croissance de soi, pas la croissance capitaliste qui dévore tout comme un ver de terre. Qu’on en soit convaincu, la pleine émancipation, cela va bien au-delà des conditions matérielles d’existence, cela va même bien au-delà de bonnes relations aux autres, c’est l’émancipation de soi-même partie prenante de l’émancipation et de la création de l’humanité.

Alors il faut s’occuper des biens, s’en occuper autrement. C’est incontournable pour modifier les rapports sociaux. À l’heure de la privatisation du monde, il ne suffira pas de s’en désintéresser. C’est autour des biens communs que peut se jouer une nouvelle dynamique de progrès humain. C’est dans des démarches de réappropriation sociale que peut se réinventer le devenir humain. C’est pourquoi j’ai lancé, dans ma circonscription, « le grand inventaire des biens communs ». Avec tous ceux et celles qui le veulent, nous allons dresser cet inventaire, depuis la planète jusqu’au square en bas de la cité, depuis les brevets de molécules qui sauvent jusqu’au droit à la retraite, depuis l’hôpital public jusqu’à l’eau du robinet…

Nous allons y mettre la sécurité sociale, cet outil formidable de civilisation empêché de prendre tout son élan, qui fait du travail un de ces biens qu’on partage et qui donne des droits. Une des caractéristiques d’être humain est de produire et de créer : de travailler. Nous voulons que travailler ait un sens, que nul n’en soit exclu, que ce soit un geste d’émancipation : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins. Le pouvoir acquis par l’humanité sur la vie elle-même, à travers le travail, à travers la connaissance et la technologie, interroge notre destin commun. Que faire de ce pouvoir, de ce superpouvoir et à quelles fins ? Que devenons-nous en l’exerçant ? Nous voici face à des questionnements vertigineux, face à des enjeux de civilisation qui engagent l’avenir du genre humain.

Nous allons regarder le monde autrement, regarder nos vies autrement. Nous allons réintroduire de la politique démocratique là où elle est économique et financière. Pour être liés autrement aux autres et au monde. Pour dire ensemble quelle humanité nous voulons être.

Une crise anthropologique. Faut-il préférer les liens ou s’occuper des biens ? - par Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône (L'Humanité, Débats, 21 juillet 2020)

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