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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 06:16
Remaniement. Droits des femmes, la « grande cause » enterrée - Lola Ruscio, L'Humanité, mercredi 8 juillet
Mercredi, 8 Juillet, 2020

Remaniement. Droits des femmes, la « grande cause » enterrée

En nommant Gérald Darmanin, accusé de viol, et Éric Dupond-Moretti, pourfendeur de #MeToo, le président oppose une fin de non-recevoir à l’exigence d’égalité.

 

Emmanuel Macron a choisi Gérald Darmanin, soupçonné de viol, pour diriger le ministère de l’Intérieur. Il a désigné Éric Dupond-Moretti, pourfendeur du mouvement #MeToo, au poste de garde des Sceaux. Ces décisions scandalisent les féministes. Pour elles, c’est une gifle infligée aux luttes contre les violences sexistes et sexuelles. L’indignation s’est exprimé dès mardi matin dans les rues parisiennes : « Un violeur à l’Intérieur, un complice à la Justice ! » ont scandé des jeunes militantes, près de la place Beauvau. Dans la foulée, un rassemblement s’est déroulé place de la Madeleine pour dénoncer ces nominations.

Gérald Darmanin est promu ministre de l’Intérieur au moment où la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise des investigations concernant une accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance. Laura Jovignot, coordinatrice du mouvement #NousToutes, y voit une façon de faire perdurer la culture du viol : «  Macron donne des responsabilités à un homme accusé de viol, c’est délégitimer la parole des victimes, entretenir son impunité. Des militantes font un parallèle avec le césar donné à Roman Polanski. La République française, c’est le pays de la banalisation des violences faites aux femmes. » Pour la féministe, c’est la légitimité même du ministre qui est en cause : « Gérald Darmanin n’est pas crédible pour évoquer la protection des femmes et leur intégrité physique. Comment peuvent-elles déposer plainte dans un commissariat quand leur patron est lui-même accusé de viol ? Nous demandons sa démission, et nous attendons une réaction de Marlène Schiappa. » L’ex-secrétaire d’État auprès du premier ministre en charge de l’égalité femmes-hommes est reléguée au rang de supplétive de Gérald Darmanin à Beauvau, sur le dossier de la « citoyenneté ». Tout un symbole.

L’ancienne ministre déléguée aux droits des femmes, Laurence Rossignol, juge, elle aussi, que ces attributions de postes posent « un très gros problème, parce que, au minimum, ces deux hommes n’ont aucun engagement sur ces sujets ». C’est même tout l’inverse pour le nouveau ministre de la Justice qui s’est opposé à la création du délit d’outrage sexiste. Éric Dupond-Moretti a même manifesté son mépris pour le mouvement #MeToo. « À mon époque, quand une fille refusait vos avances, on appelait ça un râteau ; de nos jours, on appelle ça un délit. Quand c’est non, c’est non, on est bien d’accord. Mais comment fait-on pour rouler un patin aujourd’hui ? On adresse un courrier recommandé AR et on attend la réponse ? » assure-t-il dans un entretien accordé à QG magazine. Interrogé sur l’affaire Weinstein et son effet miroir sur la société, il répond : « Écoutez, tous les hommes ne sont pas des prédateurs, même s’il y en a. (…). Mais il y a aussi des femmes que le pouvoir fait bander. La starlette qui va voir un producteur célèbre et lui dit “ je veux devenir une star”, et l’autre qui lui répond “d’accord, mais tu couches”, si elle couche, ce n’est pas un viol, c’est une promotion canapé. »

La sénatrice PCF Laurence Cohen s’inquiète également : « Ces deux ministres chargés respectivement d’accompagner les fonctionnaires de police et la magistrature pour lutter contre les violences ne brillent pas par leur exemplarité. Comment faire confiance à un personnage comme Dupond-Moretti ? Il est dans le combat inverse de l’histoire de la libération des femmes. » Dans une moindre mesure, la communiste critique aussi l’arrivée au gouvernement de la PDG Élisabeth Moreno. La nouvelle ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes défend les « blagues à la machine à café » : « Je ne veux surtout pas que les hommes se sentent gênés, expliquait-elle en 2018 lors d’un entretien à l’école de commerce Groupe Ionis, car ils auraient le sentiment qu’il n’y en a que pour les femmes ! Les blagues à la machine à café sont très importantes, car il ne faut pas qu’on se sente verrouillé et qu’on ne puisse plus s’exprimer. Je ne veux pas d’un climat de défiance où le sexisme met tout le monde mal à l’aise. » Trois ans après l’onde de choc #MeToo, cette nouvelle équipe ne présage décidément rien de bon pour la lutte des violences faites aux femmes.

Lola Ruscio

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