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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:07

 

Depuis le 18 juin, une commission d’enquête enchaîne les auditions de responsables politiques, de directeurs d’agence et de scientifiques pour déterminer l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidémie du coronavirus.

Pierre Dharréville, qui en est membre, en détaille les enjeux et en dresse un premier bilan pour « l’Humanité Dimanche ».

 

Qu’attendez-vous de cette commission d’enquête parlementaire sur le Covid-19, qui va se poursuivre tout l’été ?

Nous devons tirer toutes les leçons de la crise et des dysfonctionnements de sa gestion, en établir les causes afin de mettre les autorités devant leurs responsabilités. Les politiques libérales mises en œuvre ces dernières décennies ont conduit à placer notre système sanitaire dans un profond dénuement. Les auditions des anciens ministres de la Santé et de leurs décisions – coupes budgétaires, réduction du personnel, suppression du nombre de lits d’hospitalisation – l’ont démontré.

Après l’expérience de la commission d’enquête parlementaire sur « l’affaire Benalla », il serait catastrophique de ne pas parvenir à effectuer un travail sérieux, à la hauteur des attentes. Cette commission, où LaREM est majoritaire, devra aller au bout et rendre un rapport sans entraves. Pour autant, nous ne sommes pas la justice, même si des éléments peuvent lui être transmis en cas de constat de graves manquements.

 

Quel bilan tirez-vous des premières semaines d’auditions, pendant lesquelles vous avez entendu le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, des membres du conseil scientifique, des anciens ministres, des scientifiques ?

On a pu mieux comprendre le déroulement des événements, notamment en matière de stocks stratégiques, qui ont manqué au moment de la crise. C’est le cas pour les masques, avec des changements de doctrine en 2011 et 2013 qui n’ont pas toujours été suivis, la destruction de masques périmés en 2018 et leur non-renouvellement. Ce point a créé du trouble, l’investigation est donc importante. L’ancienne ministre Agnès Buzyn (auditionnée le 30 juin – NDLR) a déclaré qu’elle n’était pas au courant de ces faits. Si ces informations ne lui ont pas été remontées, c’est un problème. Comment se fait-il qu’après la destruction de 600 millions de masques, il n’en soit commandé que deux fois 50 millions ? Les instructions sont données par le ministère, donc une responsabilité politique est engagée, quoi qu’il arrive.

Nous avons pu voir les conséquences de l’intégration des différentes agences sanitaires au sein de Santé publique France, en 2016, dans un contexte de compression des dépenses et des effectifs réduits de 20 % en moins de dix ans. Avec des moyens diminués, des missions ont dû être abandonnées.​

 

Quels sont les autres thèmes que vous espérez aborder ?

Nous avons très peu parlé pour l’instant des pénuries de médicaments, il va falloir y venir. Nous devons aussi nous intéresser aux questions des conflits d’intérêts dont plusieurs scientifiques nous ont parlé. Le capitalisme s’est insinué profondément dans le domaine de la santé et ce n’est pas sans poser problème. C’est aussi pour cela que la santé doit relever de politiques publiques fortes. Notre groupe parlementaire tient d’ailleurs toujours à disposition une proposition de loi pour créer un service public du médicament.

Le pilotage de la gestion de la crise doit également être interrogé. On nous vante le conseil scientifique, dont les membres ont été choisis par le président de la République lui-même. Une sorte de conseil du prince qui prend le pas sur les institutions, sans stratégie véritablement lisible. Le fait d’avoir renvoyé les décisions politiques à un avis scientifique ou technique doit être questionné. Cet avis est nécessaire mais ne doit pas prendre le pas sur la démocratie. Or, celle-ci a été mise sous cloche.

Entretien réalisé par Florent Le Du

 

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