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29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 05:23

 

La politique agricole commune a globalement sauvé son budget lors du dernier Conseil européen. Mais pour encourager quel système agricole et alimentaire ? Entretien avec Mathieu Courgeau, paysan et président de Pour une autre PAC.


 La politique agricole commune, c’est la manne financière qui structure l’avenir de l’agriculture paysanne, qui maintient la biodiversité et rémunère les producteurs ou l’agrobusiness, qui pousse à l’agrandissement et à gagner des parts de marché à l’export. Dans le budget européen, l’enveloppe est globalement maintenue à 386 milliards d’euros (contre 382) pour les sept prochaines années. Mais pour le collectif Pour une autre PAC, qui réunit 43 syndicats, associations environnementales et de consommateurs, il faut changer les règles.

 

Pour Emmanuel Macron, « l’accord conclu permet de protéger les revenus des agriculteurs pour les sept prochaines années », qu’en pensez-vous ?

Mathieu Courgeau C’est un mensonge ! La PAC ne « protège » pas le revenu des paysans. Au mieux, elle compense les effets délétères du modèle productiviste et libéral qu’elle a elle-même contribué à faire émerger. Globalement, le budget de la politique agricole commune défini le 21 juillet est un peu inférieur à la programmation précédente (portant sur la période 2014-2020 - NDLR). Or, cette dernière n’a pas sauvé le revenu agricole : le bilan, c’est un agriculteur sur cinq qui vit sous le seuil de pauvreté. Ces subventions ne viennent que compenser des prix très bas. Pour assurer les revenus paysans, il faut réguler les marchés agricoles et partager la valeur ajoutée. Et là-dessus, rien n’avance. On continue à signer des accords de libre-échange et la loi Egalim, adoptée en 2018 et qui était censée mieux répartir les marges, est un échec total.


Que contient cet accord pour l’avenir de l’agriculture européenne ?

Mathieu Courgeau Rappelons que la PAC, c’est un tiers du budget européen. Ce sont des masses financières importantes qui peuvent orienter le système agricole et alimentaire. Beaucoup sera encore à négocier. Mais quelques mauvais signaux sont déjà envoyés. Outre le budget consacré à la PAC, dans le plan de relance, 15 milliards d’euros devaient être fléchés vers la transition agroécologique, l’accompagnement des producteurs. Or, ce volet a été diminué de moitié, seuls 7,5 milliards d’euros lui seront consacrés, ce n’est clairement pas assez. Autre mauvaise nouvelle : la proposition initiale était de rendre obligatoire le plafonnement des aides à 100 000 euros par actif mais, après l’accord « historique », il est devenu facultatif. C’est incompréhensible et complètement injuste. Les plus grosses fermes vont pouvoir continuer à toucher le pactole… Et cela signifie moins d’argent pour le reste. Aucune mesure ne va dans le sens de la création d’emplois dans les territoires, de la transition, des circuits courts ou de la souveraineté alimentaire.

 

Que demandez-vous ?

Mathieu Courgeau Il faut arrêter les aides à l’hectare. Ce paiement aveugle encourage une rente où plus on a de surfaces, plus on a d’aides. Il pousse à l’agrandissement. Qui dit grande surface implique simplification des méthodes de travail, et donc pesticides, engrais… Les subventions doivent aller vers l’intérêt général : encourager l’emploi sur les fermes, la transition, le bien-être animal. Aujourd’hui, beaucoup de paysans sont engagés dans la préservation de prairies naturelles, de haies, de mares, etc. Ce sont autant de services rendus pour l’environnement qui devraient être rémunérés.

 

L’un des enjeux est aussi d’associer les citoyens à ces discussions…

Mathieu Courgeau Pour la première fois, un débat public a eu lieu sur le sujet. Il devait se dérouler en région. Confinement oblige, seule une consultation en ligne a été maintenue. Un rapport de la Commission nationale du débat public a été remis mi-juin au ministre de l’Agriculture. Et ce qui nous semble intéressant, c’est que les citoyens, dans leur contribution, eux, font le lien : ils veulent des produits sains dans des territoires dynamiques… mais avec des producteurs qui puissent vivre correctement de leur métier. La convention citoyenne sur le climat a aussi insisté sur ces aspects. Notre crainte, c’est que le ministre de l’Agriculture n’entende pas tout cela.

Entretien réalisé par Pia de Quatrebarbes

 

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