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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:16
Hommages à Max Jacob, poète né le 12 juillet 1876 à Quimper, décédé à Drancy en déportation le 6 mars 1944
Modigliani, Picasso et Max Jacob

Modigliani, Picasso et Max Jacob

Le poète, Max Jacob, est né le 12 juillet 1876 à Quimper. « Un poète cocasse comme le rêve » dira de lui, Jean Cocteau.
Arrêté en février 1944 par la Gestapo d’Orléans, il est déporté au camp de Drancy sous le n° 15872. Il y décède dans la nuit du 5 au 6 mars 1944. Le 17 novembre 1960, Max Jacob est reconnu officiellement « poète mort pour la France ». Pierre Seghers, dans son témoignage militant La Résistance et ses poètes, le consacre comme père de tous les « poètes casqués » de la Seconde Guerre mondiale et des générations futures.
Il écrit ce poème adressé au curé de Saint-Benoît pendant son transfert vers Drancy:
 
"Amour du prochain
Qui a vu le crapaud traverser une rue ?
C’est un tout petit homme : une poupée n’est pas plus minuscule.
Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait… ? Non !
Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène !
Où va-t-il ainsi ? Il sort de l’égout, pauvre clown.
Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.
Jadis personne ne me remarquait dans la rue.
Maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune.
Heureux crapaud ! Tu n’as pas l’étoile jaune"
Portrait de Max Jacob par Modigliani

Portrait de Max Jacob par Modigliani

Mardi, 16 Novembre, 2004 - L'Humanité

L'étoile jaune d'un poète

Quimper,

envoyé spécial

«Le paradis est une ligne de craie sur le tableau noir de ta vie, vas-tu l'effacer avec les diables de ce temps ?»

Max Jacob s'interroge en ces années 1943-1944, dans ce qui seront ses Derniers Poèmes. L'homme est retiré depuis 1936 à Saint-Benoît-sur-Loire, qu'il avait découvert dans les années vingt. Le zèle vichyste à devancer les mesures antisémites nazies rattrape le natif de Quimper. Et la police de l'État français veille depuis juin 1942. « Deux gendarmes sont venus enquêter sur mon sujet, ou plutôt au sujet de mon étoile jaune. Plusieurs personnes ont eu la charité de me prévenir de cette arrivée soldatesque et j'ai revêtu les insignes nécessaires », écrit-il dans une lettre.

La solidarité des religieux et de la population n'assure au poète qu'un calme précaire. Alors que la guerre est à son tournant, la menace sourde traverse des textes partagés entre son ironie mordante et un désespoir fondé.

Dans une forme sèche à la Félix Fénéon, il compose sur l'époque Folklore 1943 : « Ali Baba ou les quarante mille voleurs ». Ainsi du poème intitulé Amour du prochain, dédié à son ami Jean Rousselot : « Qui a vu le crapaud traverser une rue ? C'est un tout petit homme, une poupée n'est pas plus minuscule. Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait... ? Non ! Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène ! Où va-t-il ainsi ? Il sort de l'égout, pauvre clown. Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue. Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud, tu n'as pas l'étoile jaune. »

Son frère Gaston et sa sœur Mirté ont été déportés de Bretagne à Auschwitz, où ils meurent en 1943.

Le 20 février 1944, il dit « Au revoir les enfants » à ses amis venus le visiter. Quatre jours plus tard, il sert la messe du matin. À peine sorti de la basilique, la Gestapo l'arrête au seuil de la maison où il est hébergé. Trois jours à la prison d'Orléans, avant d'être transféré à Drancy. Un gendarme postera une lettre à la gare d: « Cher Jean (Cocteau - NDLR), je t'écris dans un wagon par la complaisance des gendarmes qui nous encadrent. Nous serons à Drancy tout à l'heure. C'est tout ce que j'ai à dire. Sacha (Guitry - NDLR), quand on lui a parlé de ma soeur, a dit : " Si c'était lui, je pourrais quelque chose !" Eh bien, c'est moi. Je t'embrasse. Max. » Ses amis vont, cette fois, tout tenter. Le 6 mars, la Gestapo signe l'ordre de libération. Max Jacob est mort la veille, d'une maladie respiratoire. Il avait soixante-sept ans.

En cette année marquant le soixantième anniversaire tragique de sa mort, les musées des Beaux-Arts de Quimper et d'Orléans se sont associés pour présenter un hommage original ressuscitant la figure du poète. Ayant beaucoup oeuvré à la connaissance de son travail, ils ont choisi, sous la direction respective d'André Cariou et d'Isabelle Klinka-Ballesteros, de le faire vivre au travers des portraits qu'en firent ses amis artistes, rencontrés tout au long de sa vie, dans sa Bretagne natale, qui enflamma ses sentiments religieux et dont les légendes nourrirent son inspiration, puis à Paris, avec le groupe des surréalistes, dont Picasso, ou, plus tard, avec Cocteau et Jouhandeau. On sait, en peinture, que le genre « portrait » a toujours à voir avec « l'autoportrait » du peintre lui-même.

« un homme très chrétien »

Et en ce sens, l'exposition, par ces dizaines d’œuvres, évoque tout autant la présence fantomatique du poète assassiné qu'elle brosse la contribution de sa figure à une histoire de la peinture moderne. Les documents photographiques, quant à eux, illustrent au mieux le style de l'homme, qu'un Maurice Sachs - intellectuel juif plus tard fourvoyé dans la collaboration, avant de mourir, tué à Hambourg en 1945 - résume au mieux dans un des cartouches qui rythment l'ensemble en autant de témoignages écrits.

Max Jacob, dit-il, « était un homme très chrétien qui blasphémait à ses heures, un esprit très libre qui pouvait tomber dans toutes les formes de superstition, un anticlérical qui était parfois très cagot (faux dévot - NDLR), un anarchiste qui aimait beaucoup les honneurs officiels, un homme rude assez paysan de mœurs, se lavant peu, mais fou de parfum, qui ne craignait ni de se raser à l'eau froide ni la grave lame, mais à qui il arrivait de porter trois ou quatre pierres semi-précieuses dans ses poches. » Orgueil de pauvre, bien breton pour ce descendant de juifs lorrains, au plus fort de sa misère du Bateau-lavoir, que de manifester par le dandysme la puissance de l'esprit. « Les portraits de peintre ne sont jamais ressemblants, écrit Max Jacob à Man Ray le 22 septembre 1922, tandis qu'ici je suis moi-même ! Pas très beau ! Pas trop laid ! Pas rajeuni. Plus très jeune ! Avec un gros nez maternel et une bouche de femme pas mal démoniaque. Je suis ravi de vous et du portrait. » L'ensemble donne envie de se replonger dans l’œuvre, c'est là l'essentiel.

Une pièce, à l'initiative de la bibliothèque municipale de Quimper figurait dans cette exposition. Une création vidéo a été réalisée par le plasticien Pol Le Meur. Elle donne à voir le parcours en trois stations qu'a réalisé l'artiste sur les lieux qu'a habités Max Jacob, Quimper, Paris, Saint-Benoît. Mêlant scènes de rue d'aujourd'hui, fondus des recueils du poète, le film donne à entendre l'essentiel de l'activité du poète reclus, épistolaire en ces années de persécution. Une poésie rare émane de cette contribution dont on ne peut que souhaiter qu'elle puisse être reprise ailleurs.

« La plus vivace intelligence »

On verra aussi la très belle sculpture en bronze sensuel d'Henri Laurens, l'Archange foudroyé, restée depuis 1946 à l'état de projet de la sculpture destinée à saluer la mémoire de Max Jacob dans le jardin de la cathédrale de Quimper... Paul Eluard dira en mars 1944 : « Après Saint-Pol-Roux, Max Jacob vient d'être assassiné par les nazis. Comme Saint-Pol-Roux, Max Jacob a eu contre lui son innocence : la candeur, la légèreté, la grâce du cœur et de l'esprit, la confiance et la foi. La plus vivace intelligence, la véritable honnêteté intellectuelle. Il était, avec Saint-Pol-Roux, un de nos plus grands poètes [...]. On a pu dire de lui qu'il fut non seulement poète et peintre, mais précurseur et prophète : son œuvre, si diverse, où l'ironie laisse toujours transparaître la plus chaude tendresse et la sensibilité la plus fine, marque une véritable date dans la poésie française. Depuis Aloysius Bertrand, Baudelaire et Rimbaud, nul plus que lui n'avait ouvert à la prose française toutes les portes de la poésie. Entre les poèmes en prose du Cornet à dés et les poèmes en vers du Laboratoire central, entre les Œuvres mystiques et Burlesques du frère Matorel et le Terrain Bouchaballe, la poésie occupe le domaine entier de la vie parlée, dans la réalité, et en rêve. »

Michel Guilloux

Exposition « Max Jacob, portraits d'artistes ».

Samedi, 28 Janvier, 1995 - L'Humanité

Parce que c'étaient eux

RENCONTRE entre un pinceau et un stylo. La scène initiale se passe en 1901 dans la galerie d'Ambroise Vollard. Picasso, jeune peintre de dix-huit ans, expose. Max Jacob, critique d'art, s'enflamme. Début d'une amitié de quarante-trois ans. Le premier révèle au second sa vocation: «Il m'a dit que j'étais poète: c'est la révélation la plus importante de ma vie, après l'existence de Dieu.»

En 1944, Max Jacob mourait, interné par les nazis au camp de Drancy. Dix ans plus tard, Picasso s'interroge: «Que serait-il devenu si Apollinaire et lui avaient continué à vivre?». Faire traverser aux morts les années qu'ils n'ont pas vécues. C'est un peu le propos de l'exposition qui se tient au musée Picasso de Paris jusqu'au 6 février. Créée au musée de Quimper cet été, cette rétrospective singulière émeut à plus d'un titre. L'homme de lettres a l'amitié jalouse. Le plasticien la place sur un piédestal. Le succès et la fortune de ce dernier et la pauvreté de l'autre fragiliseront bientôt leur relation. En attendant, Max Jacob, poète et Juif breton, se fait baptiser, en 1915, dans sa petite chambre de la rue Ravignan. Picasso est son parrain et lui offre une petite édition de «l'Imitation de Jésus-Christ» - que l'on peut voir actuellement à l'hôtel Salé. Bouleversante, la dédicace: «A mon frère Cyprien Max Jacob, souvenir de son baptême, jeudi 18 février 1915. Signé: Pablo.» Il en résulte, pour le poète, une foi à déplacer les montagnes. Un an plus tard, Picasso expose à Lyre et Palette. On y lit des poèmes de Max Jacob et l'on y vend son portrait reproduit et accompagné d'un court poème du «Cornet à dés». 12 juillet 1917, le peintre épouse Olga. Max Jacob est son témoin.

Échanges épistolaires. Voyages ensemble et séparés. Les lettres que reçoit le poète sont ornées de dessins où l'Espagnol commente l'avancement de ses travaux. L'écrivain en vendra certaines pour ne pas mourir de faim. Nombreux rendez-vous poétiques illustrés. «Le Phanérogame» en 1918, et «la Défense de Tartuffe» en 1919. En retour, Pablo a intégré son ami dans son univers. Dès 1905, il apparaît déguisé en petit marin dans les dessins préparatoires aux «Demoiselles d'Avignon». 1937: ultime étincelle. Picasso rend visite à Max Jacob qui fait le guide à la basilique de Saint-Benoît en Bretagne. 21 mars 1944. Picasso assiste à la messe célébrée à la mémoire du poète, mort d'une pneumonie au camp de Drancy au début du mois.

L'exposition dit avec assez de clarté comment chacun s'est enrichi de l'autre. Le plasticien athée du poète mystique, et l'écrivain secret du géant prolifique. Sous les vitrines, des textes qui brûlent les doigts. On meurt d'envie de tourner la page des manuscrits exposés. La rencontre entre Max Jacob et Picasso n'a rien d'une production à quatre mains. On se prend à songer, en sortant de la visite, à cette phrase de Montaigne à propos de son ami La Boétie: «Parce que c'était lui, parce que c'était moi.»

Max Jacob et Picasso, musée Picasso, hôtel Salé (5, rue Thorigny, Paris 3e. Téléphone: 42.71.25.21). Jusqu'au 6 février. Catalogue: 380 pages, 390 francs.

ARNAUD SPIRE.

Mardi, 29 Mars, 2005 - L'Humanité

Max Jacob, poète et peintre

"Max Jacob n'avait qu'une seule école: la sienne. Elle resta figurative et n'eut qu'en de rares circonstances des velléités modernistes".

 

Max Jacob,

de Béatrice Mousli, Éditions Flammarion, 2005. 514 pages, 25 euros.

De tous les écrivains qui se sont adonnés à la peinture et au dessin (et dieu sait s'ils sont nombreux, de Michaux à Cocteau, de Montherlant à D. H. Lawrence, de Wyndham Lewis à William S. Burroughs...), Max Jacob ne compte pas parmi les amateurs. Parallèlement à son œuvre poétique, il a poursuivi un travail plastique qui, s'il n'atteint pas des sommets vertigineux, n'en est pas moins respectable. Sans doute parce que l'auteur du Cornet à dès s'est toujours montré assez modeste (dans un texte autobiographique, ne s'exclame-t-il pas : « Dans l'histoire de la peinture il n'y a pas de génie, hélas ! » ?). Ami intime de Picasso (qui fut son parrain quand il se convertit au catholicisme), il ne l'a jamais suivi, même de loin, dans le champ miné du cubisme. Ami intime de Modigliani, il s'est contenté de lui adresser un merveilleux poème (« Pour lui prouver que je suis poète »). Max Jacob n'avait qu'une seule école : la sienne. Elle resta figurative et n'eut qu'en de rares circonstances des velléités modernistes. Cela n'en fait pas nécessairement un mauvais artiste. Dans la bonne biographie qu'elle vient de lui consacrer, Béatrice Mousli ne semble pas prendre en considération les fruits de son art. Elle se contente de signaler ses expositions et les réactions qu'elles suscitent. Mais rien sur le créateur, comme si l'homme et le peintre avaient été dissociés sur la table de dissection du légiste (en l'occurrence, le biographe). C'est dommage, car l'entreprise est honnête et même utile. Mais il y a des légèretés : par exemple, elle rappelle les circonstances de l'arrestation de Max Jacob, son internement à Drancy, mais elle oublie de dire à quel point Picasso, Cocteau et Sacha Guitry se sont démenés pour obtenir l'élargissement du malheureux poète, qui est mort le jour où arriva l'ordre de sa libération, le 5 mars 1944. Par contre elle cite l'article nécrologique paru dans Je suis partout - « Max Jacob est mort. Juif par sa race, breton par sa naissance, romain par sa religion, sodomite par ses mœurs, le personnage réalisait la plus caractéristique figure de Parisien qu'on pût imaginer, de ce Paris de la pourriture et de la décadence dont le plus affiché de ses disciples, Jean Coteau, demeure l'échantillon également symbolique. » Heureusement, en avril, les Lettres françaises évoquent ce décès en d'autres termes : « Après Saint-Pol Roux, Max Jacob vient d'être assassiné par les Allemands. Comme Saint-Pol Roux, Max Jacob a eu contre lui son innocence. Innocence : la candeur, la légèreté, la grâce du coeur et de l'esprit, la confiance et la foi. La plus vivace intelligence, la véritable honnêteté intellectuelle. » Depuis lors, le poète est resté vivant dans nos mémoires. Mais le peintre, pas assez.

Gérard-Georges Lemaire

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