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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:53

 

L’Académie des sciences préoccupée des conséquences du changement climatique, alors que l’accord de Paris apparaît comme étant déjà hors de portée, a consacré un colloque à examiner les possibilités pour faire face.

*Ivan Lavallée est directeur de la rédaction de Progressistes

**Geoffrey Bodenhausen est chimiste, professeur à l’ENS

 

Dans l’atmosphère feutrée de l’auditorium André-et-Liliane-Bettencourt, l’Académie des sciences a organisé les 28 et 29 janvier 2020 un colloque consacré à la crise climatique.Nous revenons ici sur ces deux journées, dont les organisateurs principaux furent Sébastien Balibar, Jean Jouzel et Hervé Le Treut. Le colloque était introduit comme suit :

« Notre planète se réchauffe, l’acidité des océans augmente, la sécheresse sévit par-ci et les pluies torrentielles par-là, les forêts prennent feu, les ouragans battent tous leurs records, les glaciers fondent, la biodiversité recule… »

Réunis à Paris en 2015 pour la 21ème édition de la COP (conférence des parties), les pays du monde entier avaient reconnu la responsabilité humaine dans ce changement climatique et proposé de limiter le réchauffement nettement en dessous de 2 °C par rapport aux années 1880-1900. Pour y parvenir, chaque pays avait présenté des transitions énergétiques ambitieuses. Mais quatre ans plus tard, les transports, l’habitat, l’activité industrielle et agricole émettent toujours plus de gaz à effet de serre, et l’objectif semble hors d’atteinte. Il faudra s’adapter au réchauffement, mais les transitions énergétiques doivent être engagées d’urgence sur la base de solutions réalistes. Cela nécessite des efforts solidaires, de la recherche et beaucoup d’information.

Au lendemain de la COP 25 tenue en Espagne sous la présidence du Chili, et à l’occasion de ce colloque ouvert à tous, l’Académie des sciences propose au public de venir débattre des problèmes scientifiques, sociaux et politiques qui se posent à nos sociétés. »Des vingt-quatre interventions nous avons relevé les propos particulièrement alarmants de Valérie Masson-Delmotte sur les mesures de température et les conséquences du réchauffement degré après degré. Nicolas Meilhan a fait remarquer que les malus sur les voitures lourdes étaient tout à fait inopérants, que la mode des SUV a complètement annulé les progrès de l’efficacité des moteurs thermiques, que les mesures d’émissions de CO2 se feront en laboratoire, et non en conditions réelles, jusqu’en 2030.

 

DES PERSPECTIVES

Nous avons aussi relevé les propos qui, à défaut d’être rassurants, ouvrent des perspectives nouvelles. Ainsi, Isabelle Czernichowski-Lauriol a parlé du captage et du stockage du CO2 à grande échelle ; Philippe Malebranche de l’Alliance solaire internationale, donnant une vision assez optimiste des sources d’énergie renouvelables (éoliennes et panneaux photovoltaïques), sans trop s’attarder toutefois sur les problèmes d’intermittence ni de la logistique associée (quantité de béton nécessaire, centrales à gaz de recouvrement…). Jean-Marie Tarascon a évoqué des batteries moins coûteuses basées sur des matières abondantes, équipées de circuits de diagnostic, voire d’autoréparation en cas de défaillances.

Yves Bréchet a brossé des perspectives du potentiel de la production électrique nucléaire en circuit fermé avec recyclage partiel des combustibles, qui permettrait de retarder l’épuisement de ressources non renouvelables de 100 à 1000 ans, sans émettre du CO2, ce qui rejoint le propos de Valérie Masson-Delmotte sur la nécessaire électrification massive des activités humaines.

Posant le problème de la globalisation prise comme une possible chance pour l’humanité, Mireille Delmas-Marty a brossé un tableau des ressources contestées du droit supranational (« flou, mou ou doux ») et d’une refondation des nations, qui ne seraient plus fondées sur un récit national plus ou moins mythologique mais sur une anticipation commune du futur sanctionnée par un droit international RCD, à savoir responsabilité commune et différenciée. Elle pose là de fait un problème fondamentalement politique auquel d’une façon où d’une autre l’humanité sera confrontée bon gré mal gré, et plus tôt que tard. Pierre Léna a appelé à une meilleure préparation des instituteurs et autres enseignants.

Céline Guivarch et Henri Waisman ont essayé de nous montrer à quoi pourrait ressembler un monde atteignant l’objectif de l’accord de Paris « de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement sous les deux degrés ». Hervé Le Treut a abordé l’évolution des territoires sous l’influence des changements climatiques. Il note que nous avons de moins en moins la possibilité de modifier significativement l’évolution climatique par nos actions locales. Il est donc nécessaire de nous adapter préventivement à des évolutions qui relèvent à la fois de la part déjà irrémédiable des changements à venir et des retards ou échecs possibles des actions internationales. Les territoires ont dans ce cadre un rôle privilégié à jouer.

 

LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME CLIMATIQUE

Anny Cazenave a discuté du fonctionnement complexe du système climatique et de son évolution sous l’effet des forçages naturels et anthropiques, ainsi que des impacts du changement climatique sur les systèmes naturels et les sociétés humaines, les grands organismes internationaux et les agences spatiales que nombre de pays ont mis en place depuis environ trois décennies, qui fournissent une grande variété de systèmes d’observation de paramètres climatiques, aux échelles globales, régionales et locales. Ainsi, le GCOS (Global Climate Observing System) a permis de définir plusieurs dizaines de variables climatiques, essentielles appelées ECV (Essential Climate Variables), devant être observées de façon très précise sur le long terme, depuis l’espace ou du sol, pour mieux comprendre les processus en jeu et leurs interactions, et valider les modèles simulant les évolutions futures. Jean-Pierre Gattuso évoqua les services que nous rendent les organismes et les écosystèmes marins, soulignant les risques qu’ils encourent du fait de l’acidification de l’océan. Deux scénarios seront pris en compte : la poursuite des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le rythme actuel et leur diminution de manière à limiter la hausse de la température de la planète au-dessous 2 °C d’ici à 2100, en adéquation avec l’accord de Paris.

Le niveau de l’océan est monté de 5 cm en un siècle. L’océan est à la fois un acteur et une victime des changements climatiques. Olivier Boucher disserta sur les modèles  du  climat et  leurs limites. Ce propos est poursuivi par les  interventions de Venkatrami Balaji, Sonia Seneviratine et Isabelle Chuine, qui précisa les technologies disponibles et la prise en compte des événements extrêmes. Elle a donné une perspective de ces événements extrêmes : ainsi, une augmentation moyenne de 1,5°C n’exclut pas des augmentations locales de 5, voire 8 °C. Isabelle Chuine a montré à quel point la biosphère est menacée, et comment les arbres et autres végétaux auront de la peine à migrer vers des latitudes plus clémentes.

 

UN PEU DE POLITIQUE TOUT DE MÊME

La rédaction de Progressistes, invitée et présente en force, a été frappé par l’absence de toute dimension politique des débats. Le terme « capitalisme » n’a pas été mentionné une seule fois, le terme « sociétal » permettant de masquer les enjeux réellement politiques. Les appels aux normes et aux règles qui devraient être édictées par les États n’ont jamais été accompagnés d’avertissements du fait que nombre de ces mêmes États sont tombés sous la coupe d’oligarques peu enclins à se battre pour la planète. L’enjeu qui apparut en filigrane tout au long des exposés est que la préservation du climat et de l’environnement est incompatible avec une vision à court terme à l’échelle d’un territoire ou d’un pays. La question se pose à l’échelle  planétaire, comme relevé par Mireille Delmas-Marty, et nécessiterait une gestion à cette échelle et sur des constantes de temps incompatibles avec la boulimie d’accumulation de capital qui caractérise le système actuel de production et d’échanges. Mais, comme lors d’un célèbre procès,« la question ne sera pas posée ».

Ce sont là les limites de l’exercice, car si la technique et la science ne sont que des outils, c’est au niveau politique que ces outils doivent être mis en œuvre. Si le capital trouve profit dans le dérèglement climatique, alors il n’y a pas de raison pour qu’il actionne résolument lesdits outils. Une quinzaine de jeunes étudiantes et étudiants, emmenés par Serge Planton, avaient préparé quelques questions, assez timorées au demeurant, par exemple sur le rôle de l’expertise scientifique dans la parole politique. En effet, nombre de politiques émettent des avis, voire des injonctions, sans justification scientifique. Seule une question, du troisième groupe de jeunes intervenants, faisant allusion aux politiques publiques, aux innovations sociales et sociétales, aux conséquences de la sobriété choisie, a attiré quelques applaudissements. Les journées se sont conclues par quelques mondanités assez convenues de Cédric Villani, du prince de Monaco et de Laurent Fabius.

 

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