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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 05:56
UN POMPIER PYROMANE EN CHARGE DU « PACTE VERT EUROPÉEN » (L’HUMANITE – Vendredi 5 Juin 2020 - Gérard Le Puill)

Ce 5 juin  est la journée mondiale pour le climat. Elle se déroule deux semaines après la journée mondiale  pour la biodiversité qui avait lieu le vendredi 22 mai. Histoire de donner à penser qu’elle prend en compte de tels dossiers, la Commission européenne a récemment publié un texte sur axé sur la protection de la nature intitulé « Biodiversité »  et un autre intitulé « De la ferme à la fourchette ». Ce second texte doit inspirer les ministres de l’Agriculture  des 27 pays membres de l’Union européenne  dans leurs débats  sur la prochaine réforme de la Politique agricole commune (PAC). Mais le premier préconise de laisser en friche 10% des terres agricoles en Europe, ce qui se traduirait par plus d’importations  et donc de déforestation en Amazonie et ailleurs !   

Au fil des ans  et des élargissements  de l’Europe,  la Politique agricole commune  devient  de moins en moins commune  et de plus en plus incohérente. Ainsi,  selon le texte intitulé « Biodiversité », dont la charge a été confiée  au vice-président de nationalité néerlandaise Frans  Timmermans, la biodiversité sera  favorisée en Europe en laissant  10% des terres agricoles européennes sans la moindre culture. Parallèlement, 25%  de la surface  agricole utile passerait en agriculture biologique d’ici  2030, une préconisation qui semble ignorer que les conversions dépendent  du nombre de paysans se sentant capable de sauter le pas chaque année, ce qui suppose aussi d’avoir de marchés en face. Toujours selon la Commission, l’usage des produits de traitement des cultures diminuerait de 50% en cinq ans tandis que la plantation 3 milliards d’arbres augmenterait les superficies forestières en Europe.

Une course à handicap pour les paysans européens

Avec toutes ces mesures mises bout à bout, la production agricole européenne reculerait sensiblement. De plus, une Europe qui imposerait  de telles mesures   à ses paysans handicaperait la compétitivité de ces derniers par rapport à ceux des pays tiers qui exportent des céréales, des viandes, du soja, du sucre de canne, de l’huile de palme, de l’éthanol et du diester en Europe. D’autant que la Commission continue de négocier  des accords de libre échange avec de nombreux pays tiers. Le CETA conclu avec le Canada est entré en vigueur dès sa signature, avant même d’avoir été ratifié par les pays membres de l’Union européenne. L’accord conclu en juin 2019 entre la Commission européenne et les pays de Mercosur  permettra à ces quatre pays d’Amérique du sud, dont le Brésil de Bolsonaro,   d’exporter des volumes accrus  de viandes bovines, porcines et de volailles   en Europe  sans prélèvements douaniers aux frontières communes  de l’Union. S’y ajoute un accord de même type qui vient d’être conclu entre le Mexique et la Commission. Parallèlement,  cette dernière négocie toujours avec l’Australie et la Nouvelle Zélande  qui veulent aussi exporter des quantités croissantes  de viandes et des produits laitiers en Europe.

La Commission n’a pas calculé ce que  seraient les conséquences d’un recul sensible de la production agricole en Europe. Elle semble ignorer que nous sommes  dans un monde où le réchauffement climatique  accroît  l’insécurité  alimentaire. Laisser 10% des terres agricoles européennes en friche  et étendre  la superficie  forestière sans même évoquer l’agroforesterie  est pour le moins incohérent. De plus, la Commission occulte-  de manière totalement cynique, où par une totale méconnaissance de réalité- le fait  que pratiquer de la sorte  revient à ruiner les paysans  européens en les soumettant   à une concurrence encore plus déloyale que celle qu’ils subissent aujourd’hui. Car les exportateurs des pays tiers que nous avons cités  n’ont pas ces contraintes environnementales  à respecter. Cette double peine obligerait les paysans européens à moins produire via le gel des terre et la réduction des fertilisants. Mais elle leur imposerait des prix plus bas, en même temps, via la concurrence des produits importés depuis des  pays pratiquant le dumping  social, fiscal et environnemental.

Incompétence  et lobbying potentiellement corrupteur

Pendant  que l’Europe  planterait 3 milliards d’arbres dans les 27 pays membres, ses importations accrues de viande bovines, porcines et de volailles auxquelles s’ajouteraient  le sucre de canne et le soja, cette politique d’importations accrues depuis le Brésil  se traduiraient par plus de 3 milliards d’arbres supplémentaires abattus  dans la forêt amazonienne. Dès lors se posent plusieurs questions. Faut-il  attribuer ces propositions de la Commission à  une incompétence  globale du collège des commissaires ? Doit ajouter que cette incompétence et  le cynisme qui va avec sont aggravés par le poids  des lobbyistes potentiellement corrupteurs  qui agissent en permanence  dans les locaux de la Commission comme dans ceux du Parlement européen ?

Car le lobbying est une pratique admise de longue date  auprès de la Commission européenne,  comme auprès du Parlement européen. Pour le «moraliser», la  Commission et le Parlement ont même créé le 23 juin 2011 « un registre  de la transparence, commun et public, en vue  de fournir des informations sur ceux qui cherchent  à influencer les politiques européennes». Ecrire cela c’est déjà  reconnaître que ces lobbyistes ont des intentions plutôt louches et ce rappel figure dans une note récente du Parlement  européen. Cette note nous indique aussi  qu’en « janvier 2020, 11.882 organisations  étaient inscrites au registre, dont  7.526 personnes accréditées auprès  du Parlement européen. L’inscription à ce registre  est obligatoire pour obtenir un badge d’accès en tant que lobbyiste pour le Parlement européen », lit-on dans cette note. Mais on n’y trouve aucune information sur les méthodes utilisées  par ces lobbyistes  pour tenter d’influencer la politique de la Commission et du Parlement en faveur d’intérêts très particuliers.

Ne pas confier  à des pyromanes la mission de pompier

 A Paris, le Conseil économique,  social et environnemental (CESE) a rendu public le 27 mai dernier son avis intitulé «Le rôle de l’Union européenne  dans la lutte contre la déforestation importée ». La déclaration du CESE  indique que  « la déforestation en Amazonie  atteignait un nouveau record, avec la disparition  de 1.202 kilomètres carrés  de forêt de début janvier à la fin janvier  2020, soit une augmentation  de 55% par rapport à la même période l’année dernière, selon   les données de l’Institut national de recherche spatiale  du Brésil (INPE) ». Du coup, « le CESE préconise d’adopter en 2020 un Plan d’action de l’UE contre la déforestation importée sous la responsabilité du Conseil européen, dont le suivi  et la coordination seront confiés au vice-président  de la Commission européenne en charge du Pacte vert pour l’Europe, sous la supervision et le contrôle du Parlement  européen ».

Cette préconisation  semble cohérente a priori. Mais elle semble ignorer les conséquences à venir  du « Pacte vert » de Bruxelles sur « la déforestation importée ». Agé de 59 ans, l’actuel  vice-président  de la Commission européenne  en charge du Pacte vert  pour l’Europe  est le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans. Sa carrière débute en 1987 comme diplomate, mais il rejoint la Commission européenne den  1994 comme assistant  du commissaire  Hans van den Broek . De 2007 à 2014, il a été ministre des Affaires étrangères de son pays avant de devenir commissaire européen en 2014, puis  vice-président depuis 2019 dans le cadre de son second mandat.

C’est donc à cet homme  que le CESE demande  d’arrêter « la déforestation importée».

Le CESE  demande donc  au pompier Frans Timmermans d’éteindre l’incendie   en Amazonie en ne voyant pas que ce qu’il préconise pour l’Europe  fait de lui un pyromane en Amérique du sud et ailleurs.

 

 

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