Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 05:37

 

L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanite.fr, prend l’initiative d’ouvrir ses colonnes pour repenser le monde, avec l’ambition d’être utile à chacune et chacun d’entre nous. Cette initiative aura des prolongements avec la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics permettant de poursuivre ces écrits.

Aujourd’hui : « L’État : vrai recours, grand retour », par Ian Brossat, porte-parole du PCF.

 

 

« Quoi qu’il en coûte ! » D’une phrase prononcée par Emmanuel Macron le 12 mars 2020, l’État faisait son grand retour. Les déficits ? Oubliés. L’État prendra à sa charge une grande partie des graves conséquences économiques du confinement. Les services publics exsangues ? Derrière nous. L’État providence, mis à mal méthodiquement depuis l’élection de Macron, est désormais un « bien précieux ». Ses serviteurs, les fonctionnaires, dont les conditions de travail se dégradent inlassablement, et qui étaient hier encore soit méprisés, soit matraqués ? Des héros de la nation.

Comme l’explique l’historien Thomas Branthôme, ce recours à l’État en temps de grave crise sanitaire s’apparente à un « appel à l’aide » de la part de citoyens sidérés par une épidémie soudaine et aux conséquences imprévisibles. Les mêmes qui, hier encore, ne juraient que par la réduction de la place de l’État, trop présent, trop lourd, trop gourmand, s’en sont fait les défenseurs : de l’État viendrait le salut sanitaire, économique et social. Mais qu’en est-il précisément, quelques semaines plus tard ?

Une fois de plus, le décalage entre le discours présidentiel et les faits est cruel. Nous pourrions nous en étonner si cette distorsion ne constituait pas un mode de gouvernement systématique de l’ère Macron. Nous pourrions nous en amuser si les conséquences n’étaient pas dramatiques.

« Nous attendions un État stratège, à même de construire une réponse économique et industrielle, en se saisissant des prérogatives qui sont pourtant les siennes et des outils existants. »

Car si les Français ont appelé au secours l’État, un autre sentiment a rapidement prédominé : la honte. La honte de constater que, dans la sixième puissance mondiale, la réponse gouvernementale n’a pas été à la hauteur. Nous attendions un État fort, capable d’organiser la riposte sanitaire et de mettre à disposition de chacun l’équipement nécessaire, et avant tout des personnels soignants. Nous attendions un État stratège, à même de construire une réponse économique et industrielle, en se saisissant des prérogatives qui sont pourtant les siennes et des outils existants, tels que les réquisitions d’usines ou les nationalisations d’entreprises. Il n’en a rien été. La pénurie de masques a frappé partout les soignants et les travailleurs clés, n’en déplaise au chef de l’État. La réponse industrielle de la France a été minimaliste, faute de volonté politique. Enfin, aux engagements se sont substitués des promesses et des renoncements. Face aux défaillances successives, les Françaises et les Français ont opté, contraints, pour la débrouille généralisée, pour le meilleur – les élans d’entraide et de solidarité – et souvent pour le pire.

Mais de quel État parle-t-on ? Ses fonctionnaires ? Évidemment non : en ordre de bataille dès les premiers jours, ils se sont mobilisés nuit et jour, dans des conditions parfois indignes, pour éviter l’effondrement complet de services pourtant indispensables à la population. Rendons-leur hommage.

 « Ce dont on parle ici, c’est la défaillance d’un gouvernement et d’une idéologie qui consiste à appliquer une méthodologie bien éprouvée. »

Ce dont on parle ici, c’est la défaillance d’un gouvernement et d’une idéologie qui consiste à appliquer une méthodologie bien éprouvée. Cette dernière est une valse libérale en trois temps : d’abord, couper les budgets et sabrer les effectifs des services publics, au nom de l’efficacité et de la compétitivité ; puis constater, faussement surpris, la dégradation du service rendu aux habitants, et s’en émouvoir publiquement ; enfin, pour y remédier, proposer la privatisation de pans entiers de notre société.

À cette attaque en règle de notre pacte social s’ajoute une grande transformation qui s’est opérée ces dernières années au sein de l’administration. D’un État productif, nous sommes passés à un État normatif. Renonçant de lui-même à son pouvoir, dans le champ industriel et économique notamment, l’État a fréquemment laissé faire, et plus souvent encore contribué activement à son affaissement. Le sens de l’action publique s’éloigne du terrain, et ce sont celles et ceux qui ont l’honneur de la déployer qui en sont les premières victimes. La décision se perd dans les strates administratives complexes, incompréhensibles des citoyens. Toute responsabilité se dissout. Le fiasco des masques en constitue une bonne illustration : personne n’assume l’effondrement des stocks, avant que le président n’en vienne même à nier la réalité de la pénurie elle-même.

« La relance économique ne doit pas perpétuer le monde d’avant, mais servir de levier pour imposer partout une ambition sociale et écologique, créer de l’emploi et revaloriser les travailleurs clés. »

Oui, nous avons besoin d’un grand retour de l’État. Pas seulement d’un État pompier, mais un État qui assume sur la durée une ambition pour les services publics, aussi bien la santé, l’éducation, les transports, le logement, la sécurité ou encore la justice. Alors que les budgets ont été drastiquement réduits, année après année, que les hôpitaux, les maternités et les tribunaux disparaissent les uns après les autres, que des dessertes ferroviaires sont abandonnées, que les enseignants exercent leur métier dans des conditions indignes, que la transition écologique est sous-financée et instrumentalisée, nous sommes à la croisée des chemins. La récession frappe durement notre pays. L’État mobilise des dizaines de milliards d’euros pour venir en aide aux secteurs les plus touchés par la crise : c’est indispensable, mais cela ne suffit pas. La relance économique ne doit pas perpétuer le monde d’avant, mais servir de levier pour imposer partout une ambition sociale et écologique, créer de l’emploi et revaloriser les travailleurs clés.

Ni grand discours ni promesse, ce sont des décisions qui sont attendues : simples, claires, efficaces, redonnant du sens à l’action publique, offrant aux citoyens des services publics de qualité, et aux fonctionnaires des conditions de travail dignes. Un État transformé qui retrouve sa capacité productive, un État fort qui ne laisse pas le marché dicter sa loi, un État ambitieux qui lutte contre toutes les inégalités et toutes les discriminations.

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011