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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 05:00
Etats-Unis, Europe: droits des travailleurs, la chasse est ouverte (Bruno Odent, 4 juin 2020, L'Humanité)
Jeudi, 4 Juin, 2020

Etats-unis, Europe : droits des travailleurs, la casse est ouverte

Allongement « temporaire » du temps de travail, baisse du salaire minimum, voire dérogations sur la sécurité sont avancés de Washington à Berlin en passant par Paris. Sous couvert de favoriser un redémarrage rapide et compétitif, patronat et libéraux lancent une offensive brutale. La course au dumping social a (re)commencé.
 

 

Le patronat a sonné sa charge du déconfinement. « Après une crise exceptionnelle qui a si largement amputé la production de richesse », il faudrait, soulignent nombre d’organisations, comme, en France, l’Institut Montaigne proche du Medef, « avoir l’audace » de dérogations au moins provisoires aux réglementations sociales et environnementales, et s’affranchir des contraintes que font peser ces « normes sociales sur la compétitivité ». Autrement dit : l’heure serait à un dumping multiforme pour sauver les économies. Cette offensive augure d’un formidable aiguisement de la lutte de classe.

Trump appelle à « la plus grande souplesse »

À l’avant-garde de la dérégulation, on retrouve, sans surprise, les États-Unis de Donald Trump. Le locataire de la Maison-Blanche a signé, le 19 mai, une ordonnance demandant à toutes les agences fédérales états-uniennes de montrer « la plus grande souplesse » dans l’application « des réglementations fédérales » pour « accompagner un prompt rétablissement de l’économie ». Sont visés rien de moins que le salaire minimum ; les règles portant sur le montant des heures supplémentaires ; la sécurité au travail ; la protection des consommateurs ou même celles visant à contrôler « les excès » de la spéculation financière.

Un forcing à un retour rapide des firmes états-uniennes en pole position peut ainsi être entamé. Quitte à interpréter de « façon très souple », ou à carrément s’asseoir, le cas échéant, sur une réglementation jugée « par trop contraignante ». Plusieurs organisations de la droite nationale-libérale ultra ne se contentent pas d’applaudir : comme The Heritage Foundation (Fondation du patrimoine), qui conteste régulièrement jusqu’à la légalité des droits syndicaux, elles plaident pour que les « assouplissements » envisagés ne soient « pas limités à la période de la crise du Covid-19 » mais « deviennent permanents ».

Les raisons pour lesquelles l’administration Trump s’engage ainsi à fournir immédiatement les armes aux firmes de son pays pour qu’elles écrasent une partie de leurs dépenses salariales ou sociales sont limpides : il faut leur donner les moyens de vite revenir en force sur un marché international où les couteaux sont déjà tirés, pour être les premières, donc les plus… compétitives.

Le syndicat états-unien AFL/CIO, peu coutumier de réactions vigoureuses à l’égard de l’exécutif, a réagi immédiatement à l’ordonnance Trump du 19 mai en prévenant : « Nos dirigeants élus doivent agir en conformité avec les intérêts des salariés, de l’emploi, des services publics et des protections sociales. Le mouvement syndical n’acceptera rien de moins que cela. »

En france, la haine des 35 heures

De l’autre côté de l’Atlantique, une offensive de même type est engagée pour baisser « les coûts » salariaux et sociaux. Les mêmes justifications sont avancées. Le vénérable Institut Montaigne, think tank du patronat français, revendique des « aménagements nécessaires » pour « être en capacité de faire face » dans un monde de concurrence exacerbée. Ses « experts » arguent qu’un allongement du temps de travail serait une « solution inéluctable » et ont placé, une nouvelle fois, les 35 heures dans leur ligne de mire.

La vieille antienne sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus » revient en force. Le patron des patrons français, Geoffroy Roux de Bézieux, enfonce le clou sacrificiel : « Il faudra, dit-il, se poser tôt ou tard la question des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire. »

Les dirigeants politiques français sont très perméables à cette idée. Le chef des Républicains, Christian Jacob, n’écarte pas l’hypothèse d’un retour aux 40 heures en expliquant doctement sur France Inter que « cette réponse permettrait de gagner sur les fronts du pouvoir d’achat et de la compétitivité des entreprises ».

Au sein de l’exécutif hexagonal, on s’est mis d’évidence sur une longueur très voisine. Même si on avance plus prudemment, compte tenu des réactions très fortes enregistrées du côté de la gauche et des organisations syndicales. « L’enjeu, c’est de permettre à tout le monde de reprendre le travail plein pot. (…) Il faudra probablement plus travailler que nous ne l’avons fait avant », relève la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher. Le premier ministre, Édouard Philippe, est plus évasif, mais quand il est interpellé sur le sujet, sa réponse ne laisse quasiment aucune place au doute : « Si nous voulons dépasser ce cap et ce coup dur (de la crise-pandémie – NDLR), dit-il, il faudra nous en donner les moyens. »

Les conquis sociaux sont présentés ainsi, à chaque fois, comme des fardeaux dont il faudrait se débarrasser au plus vite si l’on veut avoir une chance de retrouver les équilibres essentiels. Lesquels ne se mesurent toujours pas en dépit des brutaux enseignements des crises, sanitaire et économique, à des critères d’utilité sociale ou publique. Mais à ceux de la compétitivité, des profits et de l’enrichissement des actionnaires.

Le patronat allemand dans les starting-blocks

En Allemagne, moins touchée par le Covid-19, le patronat s’est lancé, avec un temps d’avance, dans cette course effrénée au dumping social pour virer en tête sur les marchés de l’Europe et du monde déconfinés. Des parlementaires du Parti chrétien-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel n’ont pas hésité à relayer au Bundestag l’appel du patronat en réclamant rien de moins qu’une « baisse du salaire minimum ». Dans un « programme pour la croissance de l’Allemagne », ces députés, membres de la puissante commission Économie et Énergie de la CDU, soulignent le besoin de « donner à l’économie les meilleures chances pour la reprise ». Sous le feu des critiques des syndicats, de Die Linke et du SPD, la proposition a été, pour l’heure, remisée. Elle confirme néanmoins que chacun se prépare à un retour à la « normale » très brutal, marqué par des surenchères antisociales aussi dévastatrices pour la cohésion intérieure des différents pays que pour les équilibres intra-européens. Au détriment de pays qui, comme l’Espagne et son nouveau gouvernement de gauche (lire ci-contre), ont augmenté en 2019 le salaire minimum et cherchent aujourd’hui à protéger leurs citoyens les plus démunis avec le versement d’un revenu minimum garanti.

Bruno Odent

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