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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 05:48

 

Renault annonce 15000 suppressions d’emplois (dont 4600 en France), autrement dit, la désindustrialisation va reprendre à plein régime.

Le bilan social et économique sera bien pire puisque pour une usine supprimée, ce sont des productions qui disparaissent et il y a toute une filière de sous-traitants qui disparaît avec. Des savoirs faire, des outillages spécifiques, des capacités de production vont être détruits.

Il faut noter que cela n’a rien à voir avec la crise sanitaire puisque les patrons de la métallurgie anticipaient il y a un an 100 000 pertes d’emplois dans l’automobile dans les prochaines années. Tout juste le coronavirus a-t’il précipité la restructuration capitaliste de la branche.

Cette refonte aura lieu dans tous les secteurs. Les capitalistes préparent « l’économie 4.0 » c’est à dire celle de l’automatisation avancée où tout est « autonome » ou « communiquant » grâce à l’intelligence artificielle, à la 5G et d’autres innovations technologiques ; Et avec une teinte de « vert » pour que ça passe mieux. En tant que tel, ce n’est pas forcément un souci (même si on doit interroger le sens et les objectifs de ce progrès). Mais dans le système capitaliste tel qu’il fonctionne, ça le devient : comme à chaque saut de modernisation dans nos économies développées, les innovations créeront peut-être autant d’emplois qu’elles en détruiront MAIS elles déclassent les technologies précédentes. Les industries qui en dépendent voient leur valeur ajoutée réduite et les productions sont transférées dans les pays à bas coût de main d’œuvre. C’est cela qui nous coûte très cher en emplois.

Nous verrons donc bientôt des cérémonies d’inauguration d’usines de production à la pointe de la technologie permettant de nous rassurer, mais dans le même temps nous subirons de plus en plus les pénuries des sacs en papier emballant notre farine, de notre aspirine, ou des petites pièces détachées de nos voitures...

La restructuration capitaliste de l’économie est une impasse.

Cela questionne d’autant plus les fameux « plans de relance »... vont-ils relocaliser des production de base, sachant que ce ne sera pas viable dans le cadre de l’économie libérale ? Probablement pas. Ou alors vont-ils financer cette restructuration de l’économie ? C’est plus crédible. Rappelons-nous qu’à plus petite échelle, le CIR (puis une partie du CICE) a servi à financer l’automatisation dans les banques et la grande distribution, au détriment de l’emploi...

Est-il impossible de relancer l’industrie ? Oui si l’on attend que le capital le fasse. En revanche, les États peuvent aussi développer de nouvelles formes d’industries nationalisées pour répondre aux besoins. Cela suppose de changer les règles de marché et de mettre la concurrence entre parenthèse dans certains secteurs pour que les standards de gestion ne fassent pas immédiatement couler ce qui est relancé (et aussi pour que cette relance ne soit pas le prétexte à une dégradation des conditions de travail des salariés de ces industries sous prétexte de compétitivité). Les États ont parfaitement été capables de développer des industries dans tous les domaines (aérospatiale, énergie, transports, pétrochimie... la plupart des fleurons français de l’industrie ont été boostés par leur caractère public puis privatisés). Il manque en revanche une grosse volonté politique qui soit à total contre-courant des dogmes actuels. Mais ça me paraît être la seule solution si on veut vraiment re-développer l’emploi industriel et être moins dépendants des pays sous-traitants.

Par ailleurs, un outil doit être regardé avec soin... les grandes surfaces n’ont pas correctement protégé leurs salariés pendant la crise, elles ont spéculé sur les denrées, elles exploitent leurs salariés, certaines ont osé réserver les masques aux détenteurs de leurs cartes clients, etc... la question de ces profiteurs de « guerre » doit donc être posée. Et je le fais dans ce sujet car je pense que c’est un outil insuffisamment pris en compte. La grande distribution est aujourd’hui un outil de pression sur les prix, et uniquement cela, ce qui aggrave toutes les dérives capitalistes (délocalisations, productions polluantes, abus de transport, mauvaise qualité...). Elle pourrait devenir un point d’appui dans les politiques publiques, une aide à la consommation responsable des citoyens. Elle dispose en effet de leviers énormes pour reporter les transports sur des modes doux ou renforcer le pavillon routier français, pour favoriser le développement d’agriculture de proximité (notamment primeur), et pour favoriser le développement de l’industrie française (notamment celle nationalisée). Avec les industries nationalisées, je pense donc que la création d’un nouveau grand service public de la distribution serait absolument nécessaire.

Je ne reviens pas sur le sujet des services publics : aujourd’hui le gouvernement va multiplier les gesticulations et les « Ségur » de manière à ce que « tout change pour que rien ne change ». Comme après le début des gilets jaunes on nous annoncera des milliards qu’on aura piqué dans d’autres lignes budgétaires. Et les vrais moyens (humains et matériels) seront à nouveau ratiboisés.

Il y a 3 ans, la CGT lançait une campagne « industrie et services publics ». Une nouvelle fois, la CGT a pointé les véritables sujets qui devraient occuper le débat public. Et sa crédibilité vient justement du fait qu’elle l’a fait AVANT la crise, parce que malgré ses difficultés et son affaiblissement, elle est en lien direct avec les besoins des travailleurs.

L’urgence absolue c’est de renforcer la CGT, pour développer notre outil de débat sur les solutions, et d’action pour les imposer (car les camps d’en face ne nous feront aucun cadeau).

Du côté du Gouvernement, il n’y a pas beaucoup de réaction aux annonces de Renault. C’est conforme à leur idéologie fanatique : l’Etat régule mais ne s’ingère pas dans l’économie, c’est le marché qui fait les arbitrages.

Il y a bien quelques vagues incantations sur la nécessité de rapatrier des productions, mais c’est juste un appel au civisme des patrons, donc le Gouvernement sait très bien que ça n’ira nulle part. Il n’utilise ni l’arme du contrôle des aides publiques, ni l’arme de la commande publique (encore moins de la nationalisation) pour arracher des relocalisations de productions aux patrons.

Pour noyer le poisson, le Gouvernement qui ne maîtrise qu’une chose (la com) multiplie les interventions médiatiques : il faut faire payer les riches (Attal), il faut que les entreprises fassent des efforts sur l’environnement (Borne), il faut planifier (Bayrou), il faut un plan inégalé pour l’hôpital (Macron), etc... ils savent que ce seront nos angles d’attaque donc ils vident les concepts par avance pour stériliser le débat en multipliant l’emploi de NOS mots à tort et à travers. D’où la nécessité d’être précis et de développer nos argumentations si nous voulons arriver à convaincre la masse observatrice de la population.

Puisque le déconfinement avance, organisons à nouveau nos réunions de syndiqués, et prenons bien les 3 temps nécessaires : discutons sur l’action syndicale immédiate (protection sanitaire, conditions de travail, emploi, salaires...), discutons sur les grandes mesures nécessaires pour changer de modèle économique, et discutons des actions à mettre en œuvre pour faire partager nos idées et mettre la pression aux patrons !

Laurent BRUN, le 29 mai 2020

 

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Réaction de Laurent Brun concernant le plan de relance franco-allemand

C’est une gigantesque arnaque de présenter l’Union européenne comme la solution à la crise alors qu’elle en est une des causes.

Le soi disant plan de relance franco allemand pose en lui même un certain nombre de questions (nouveau recul de souveraineté en matière de politique économique, conditions de remboursement qui pourraient amener une étape supplémentaire vers le fédéralisme, critères de sélection des projets...).

Mais c’est surtout une gigantesque arnaque idéologique qui vise à présenter l’Union européenne comme la solution à la crise alors qu’elle en est une des causes.

Pour les services publics, par exemple, les règlements de l’Union européenne consacrent l’obligation de mise en concurrence, le principe du « bénéfice raisonnable » (donc de la profitabilité du service public), et surtout les instruments « indépendants » de contrôle bureaucratique et financier qui ont fait grossir les « têtes » administratives et réduire les effectifs de production, un des problèmes révélé au grand jour dans cette crise.

Je ne développe pas sur le rôle de la banque centrale qui n’aide plus au financement des grands projets mais uniquement à la protection de la bourse et des grands patrimoines, sur les critères de convergence ou les contraintes budgétaires qui imposent aux états la réduction des budgets sociaux, sur la libre circulation des capitaux qui a organisé les délocalisations, etc.

Je ne reviens pas sur le fait que l’UE a été immédiatement au chevet des bourses mais n’a pas organisé une seule seconde la lutte contre l’épidémie (démarches de coopération des labos publics de recherche, mobilisation des forces productives pour fournir masques et matériel... nous n’avons rien vu de tout ça, ils n’ont même pas idée que ça aurait pu être leur rôle tellement ils sont éloignés de la coopération... tout juste parlent ils de raté sur la coordination des mesures prises par les États membres alors que justement cela n’a aucun intérêt car les états ont décidé les mesures en fonction de leurs capacités hospitalières, et des caractéristiques de leur pays).

Tous les maux ne viennent pas de l’Union Européenne mais l’Union Européenne est la caisse de résonance de tous les pires dogmes de l’ultralibéralisme.

Donc je ne soutiens pas le plan de relance européen. Et je regrette profondément la déclaration unitaire des organisations syndicales qui le soutiennent.

Laurent Brun

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