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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 05:14
Bolivie. La retorse mécanique du coup d'Etat contre Evo Morales - Rosa Moussaoui, L'Humanité, mercredi 10 juin 2020
Mercredi, 10 Juin, 2020

Bolivie. La retorse mécanique du coup d’État contre Evo Morales

Une expertise indépendante de chercheurs établis aux États-Unis juge « erronées » les conclusions du rapport de l’Organisation des États américains qui a ouvert la voie au renversement d’Evo Morales.

 

Le 11 novembre 2019, sous la menace de la police et de l’armée, le président bolivien de gauche, Evo Morales, s’envolait pour le Mexique, tandis qu’une sénatrice d’extrême droite issue de la bourgeoisie revancharde presque inconnue, Jeanine Añez, prenait ses quartiers au palacio Quemado en brandissant la Bible. Dans les troubles qui suivirent, des manifestations de paysans dénonçant le putsch furent écrasées dans le sang ; un déchaînement de violence raciste s’abattit sur les populations indigènes.

Voir aussi : La Bible à la main, une sénatrice s’approprie le pouvoir en Bolivie

Un mois plus tôt, le Tribunal supérieur électoral (TSE) proclamait la victoire d’Evo Morales, certifiant que l’avance du président socialiste (47,06 % des voix) sur son principal adversaire de droite, Carlos Mesa (36,52 %), dépassait le seuil de 10 % requis par la loi bolivienne pour éviter un second tour. Aussitôt, la mécanique du coup d’État s’enclenchait. Avec, pour rouage central, l’Organisation des États américains (OEA), à l’origine d’audits compilés dans un rapport concluant à une fraude électorale généralisée. « Compte tenu de toutes les irrégularités observées, il est impossible de garantir l’intégrité des données et de certifier l’exactitude des résultats », annonçait l’OEA le 10 novembre. Ces déclarations eurent pour conséquence de galvaniser l’opposition de droite et ses séides au sein des appareils militaire et policier. Elles furent aussitôt reprises par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo pour justifier l’éviction d’Evo Morales.

Invalidation des allégations de fraude

Dans son rapport final publié en décembre, l’organisation régionale donnait encore un blanc-seing aux putschistes en faisant état d’une « manipulation délibérée » des résultats de l’élection présidentielle. Elle assurait encore disposer des « preuves irréfutables d’un processus électoral entaché de graves irrégularités ». Problème : ces « preuves » tiennent à des données truquées. Le New York Times le reconnaissait dans son édition de dimanche, en s’appuyant sur une expertise indépendante des données fournies par les autorités électorales boliviennes au quotidien américain.

Conduite par Francisco Rodriguez, économiste spécialiste de l’Amérique latine à l’université Tulane, en Louisiane, Dorothy Kronick, de l’université de Pennsylvanie, et Nicolas Idrobo, statisticien, cette étude conclut bien à des irrégularités… mais dans le rapport de l’OEA : « Un examen attentif des données électorales boliviennes suggère que l’analyse initiale de l’OEA qui a soulevé des questions de truquage des votes – et a aidé à expulser un président – était erronée. » Francisco Rodriguez incrimine, entre autres, des problèmes « méthodologiques » : « Une fois ces problèmes corrigés, les résultats de l’OEA s’estompent et il n’y a plus de preuve statistique de fraude. » Ces allégations de fraude, validées par le Département d’État, avaient été largement reprises par la presse américaine et présentées, sans recoupement, comme des faits incontestables. Elles ont ouvert la voie au renversement d’un président élu, puis à l’installation d’un pouvoir sans aucune légitimité démocratique.

Des élections générales prévues en septembre

Avec la pandémie de Covid-19, les nouvelles échéances électorales, initialement fixées au 3 mai, ont d’abord été reportées ; sous la pression populaire, le Parlement a finalement approuvé, au début du mois, le projet de loi prévoyant des élections générales le 6 septembre. Dans un contexte de crise politique et de fortes tensions sociales, le parti d’Evo Morales, le MAS, n’a rien perdu de son ancrage. Son candidat à la présidentielle, Luis Arce, ancien ministre de l’Économie, conserve dans les sondages une confortable avance sur ses adversaires.

Cernée par les scandales de corruption – en particulier les malversations liées à l’achat de respirateurs, qui ont conduit à l’arrestation et au limogeage du ministre de la Santé (voir notre édition du 21 mai ) –, la « présidente par intérim », elle, fait face à la colère qui s’exprime ouvertement désormais dans la rue. En réponse à ces protestations, le pouvoir de fait déploie les tanks à La Paz comme à Cochabamba. Au nom de l’austérité, il envisage la suppression de trois ministères : Cultures, Sports et Communication. Économie attendue : 28,5 millions d’euros. Moitié moins que les budgets supplémentaires alloués à la police et à l’armée ces deux derniers mois pour l’achat d’équipements et de matériel de répression. Les putschistes fourbissent leurs armes.

Bolivie. La retorse mécanique du coup d'Etat contre Evo Morales - Rosa Moussaoui, L'Humanité, mercredi 10 juin 2020
Démission d’Evo Morales : réaction de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF
 
La Bolivie vit ce soir des heures dramatiques. Le président Evo Morales a  démissionné pour éviter, comme il l’a déclaré, « un bain de sang ».
 
Les événements des derniers jours en Bolivie relèvent d’un conflit de classes exacerbé, d’un racisme déchaîné, d’une opposition enragée contre le système d’Etat plurinational constructeur de la redistribution des richesses et la conquête de la souveraineté nationale.
 
Sous le fallacieux prétexte de fraude électorale, la droite dont la logistique est assurée par les services nord-américains a refusé sa défaite, puis l’invitation au dialogue et enfin la convocation de nouvelles élections. Elle n’a pas accepté la victoire d’Evo Morales conquise grâce au vote déterminant des indigènes tellement il est
insupportable à la bourgeoisie, en majorité blanche, et pour une partie des couches moyennes, sorties de la misère par Morales lui-même, d’accepter le verdict des urnes. 
 
Les violences ne relèvent pas de la spontanéité. Des groupes paramilitaires y font régner la terreur : élues tondues, battues, incendies de domiciles de partisans de Morales, y compris celui de sa sœur, chasse aux indigènes. 
  
Face au déchainement, Evo Morales a cru devoir se retirer.  Existait-il une autre solution ?
 
Dans cette Bolivie aux dizaines de coups d’Etat depuis les années 1960 et jusqu’à l’élection d’Evo Morales en 2005, entre dictatures, violations des droits surtout des indigènes, inflation, corruption, trafics de drogue et refuge de chefs nazis comme Adolf Eichmann et Josef  Mengele, une porte s’est ouverte avec Evo Morales vers la démocratie et le mieux vivre pour les plus pauvres. Insupportable pour les plus riches, intolérable pour ceux qui ont largement bénéficié du développement économique (5% de croissance) et qui ne veulent pas partager.
 
Et pourtant. La prospérité économique et la refondation démocratique du pays doivent être mises au compte de la politique menée depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales avec un processus de récupération des richesses naturelles  au profit de conquêtes sociales en matière de santé et d’éducation et d’une vaste modernisation économique.  Je veux exprimer ce soir mon souhait que les violences cessent en Bolivie et que la vie et la dignité de tous soient respectées.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, député du Nord. 
 
Paris, le 11 novembre 2019.

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