Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 05:40
Aérien. Air France taille dans l’emploi avec l’aval du gouvernement (L'Humanité, Cypien Boganda, 19 juin 2020)
Vendredi, 19 Juin, 2020

Aérien. Air France taille dans l’emploi avec l’aval du gouvernement

La compagnie tricolore annoncera le 3 juillet les détails de son plan d’économies, qui pourrait supprimer jusqu’à 10 000 emplois. Les 7 milliards d’euros d’aides de l’État à la compagnie sont subordonnés à des « réformes structurelles ».

 

La direction d’Air France annoncera début juillet aux organisations syndicales son plan de réduction des coûts. Selon les sources, entre 8 000 et 10 000 postes pourraient être supprimés, au sein d’Air France et de sa filiale régionale, Hop !. Ces coupes claires passeraient par des ruptures conventionnelles collectives (RCC) pour les personnels navigants et par un plan de départs volontaires pour les personnels au sol. Le gouvernement a d’ores et déjà donné son aval au plan de suppressions de postes, à condition que les apparences soient sauves. « Il y aura des ajustements nécessaires, mais je demande à Air France qu’il n’y ait pas de départs forcés », déclare le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

En réalité, cette restructuration était en quelque sorte la condition sine qua non à l’aide accordée en pleine pandémie par l’État, qui est aussi actionnaire de la compagnie. Pour mémoire, le gouvernement avait accepté de mettre 7 milliards d’euros sur la table, dont 4 milliards en prêts bancaires garantis par l’État, et 3 milliards en prêts directs. Dans son plan de soutien au secteur aéronautique, le gouvernement le rappelle en toutes lettres. En échange de l’enveloppe allouée à Air France, la compagnie devra « prévoir des réformes structurelles sur la maîtrise des coûts et des efforts de productivité (…), notamment à travers la négociation de nouveaux accords avec les organisations représentatives du personnel ». Nous y sommes…

Les syndicats craignent que le volontariat ne soit qu’un vœu pieux. « Je ne vois pas comment ils vont éviter les licenciements secs, alerte Karine Monsegu, de la CGT. Nous estimons à 10 000 le nombre de suppressions de postes : ils ne vont jamais trouver un tel nombre de volontaires au départ. Je rappelle que la moyenne d’âge pour les personnels au sol dans le court-courrier, c’est 51 ans. Cela fait au moins onze ans avant de percevoir sa retraite ! Si ces gens partent avec deux ans de salaire en guise de chèque, que feront-ils une fois dehors ? »

Au sein de la compagnie, beaucoup estiment que la crise du Covid ne fait qu’accélérer le plan de vol de Ben Smith, le nouveau PDG, qui avait annoncé la couleur dès la fin de l’année dernière : le groupe visait un résultat opérationnel de 2,5 milliards d’euros d’ici à 2024 (contre 1,15 à l’époque), avec un doublement de sa marge opérationnelle (7 % contre 4 %). Ce plan impliquait un développement accéléré de Transavia, la filiale low cost de KLM, pour tout ce qui est moyen-courrier ; et une hypothétique montée en gamme d’Air France pour les vols longue distance.

« Tout est cousu de fil blanc, confirme un commandant de bord qui connaît la boîte par cœur. La pandémie actuelle sert de prétexte à la direction pour pousser les feux. La seule ambition du nouveau PDG, c’est de couper les branches les moins productives pour gagner en rentabilité. Ce qui signifie, en l’occurrence, se débarrasser du court et du moyen-courrier. »

De fait, les salariés de Hop !, filiale court et moyen-courrier d’Air France, craignent le pire. « En théorie, nous ne conserverions que 30 avions sur 51, indique Joël Rondel, secrétaire du CSE (CGT). Largement en dessous de notre seuil de rentabilité… Je suis sûr qu’ils sont en train de siffler la fin de la partie : dans quelques années, nous n’existerons plus. Pour l’instant, Air France a encore besoin de nous pour alimenter le hub de Charles-de-Gaulle. Mais demain ? » Le syndicaliste redoute que la direction déroule le tapis rouge à Transavia, au détriment de la filiale historique d’Air France : « Ils vont nous liquider et refiler à Transavia tous les slots (créneaux de décollage/atterrissage – NDLR) que nous possédons à Orly. L’aéroport étant saturé, ces slots valent de l’or… »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette stratégie ne fait pas l’unanimité au sein du groupe. « Les mesures proposées aujourd’hui, c’est la première vague, assène Grégoire Aplincourt, pilote et membre du syndicat Spaf. Dans deux, trois ans, quand on se rendra compte que notre clientèle affaires a fui la compagnie parce qu’elle ne voulait pas voler sur Transavia, on nous présentera une nouvelle addition ! » 

Cyprien Boganda

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011