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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 09:13

 

Le président des États-Unis conduit un projet national-libéral dont l’objectif est de restaurer ou d’accentuer la suprématie de l’empire US sur le reste du monde en usant de tous les moyens de l’hyperpuissance, diplomatiques et militaires, commerciaux et économiques, financiers et monétaires.

Donald Trump est régulièrement présenté comme « un dément » jouant avec le feu et la fureur ; il serait « un clown », voire « un agent du Kremlin », selon une abondante chronique essayiste et journalistique s’appuyant sur la personnalité fantasque du potentat de l’immobilier devenu président. Cette focalisation présente un inconvénient majeur : elle empêche de discerner le virage stratégique que le locataire de la Maison-Blanche et son équipe ont engagé au pas de charge depuis leur accession aux affaires. Ce qui permet sans doute de se rassurer à bon compte en suggérant que l’ère Trump ne constituerait finalement qu’une parenthèse malheureuse dans l’histoire d’une démocratie au-dessus du lot. Le cauchemar s’achèverait au plus tard avec la fin du mandat de l’imposteur, selon le récit si abondamment diffusé par un establishment démocrate en plein désarroi qui focalise ses attaques sur la personnalité du président plutôt que sur le fond.


La stratégie du deal

« Il délire. Mais cette folie ne manque pas de méthode. » Comme le héros de Shakespeare dans Hamlet, Donald Trump sait où il va. Le locataire de la Maison-Blanche cherche à imposer un nouvel ordre national et international mieux à même de garantir la suprématie de Washington et des mastodontes de Wall Street. Pour « rendre sa grandeur à l’Amérique », en vertu du mot d’ordre vedette de sa campagne victorieuse en 2016, il déploie une démarche systématique dans des actions empreintes d’une « stratégie du deal », selon sa propre qualification.

Il s’agit rien moins que de s’autoriser à user, sur chaque dossier, de toute la panoplie de la force dont dispose l’hyperpuissance, du militaire au monétaire, en vue d’imposer un nouveau type de relations au reste du monde.

« Les États-Unis “trumpistes” veulent rester au centre du jeu sur des marchés ouverts. »

D’aucuns caractérisent la démarche comme un « isolationnisme ». À tort. Car elle ne possède aucune des caractéristiques d’un quelconque repli sur soi. Tout au contraire, les États-Unis « trumpistes » veulent rester au centre du jeu sur des marchés ouverts. Simplement, ils entendent modifier les normes internationales, voire les ignorer, quand ils considèrent celles-ci comme autant de « règlements déloyaux ».
Leur critique du multilatéralisme vise à en transformer les règles de fonctionnement en leur faveur. S’ils menacent de paralyser l’Organisation mondiale du commerce, les États-Unis de Trump savent aussi en user quand elle condamne Airbus contre Boeing en octobre 2019, les autorisant à décréter en représailles des sanctions sur quelque 7,5 milliards de dollars de biens et services européens. À l’issue de chantages du même ordre, ils seront parvenus, non à liquider l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain) mais à en modifier le contenu au détriment des « partenaires » canadiens et mexicains.

Il faut en substance rapprocher les lois du monde pour qu’elles se confondent avec les lois des États-Unis. Et quand une évolution en ce sens apparaît inaccessible, il convient de quitter carrément le navire. C’est ainsi que Donald Trump brandira un doigt d’honneur à l’adresse du monde entier en sortant de l’accord de Paris sur le climat. Sa priorité sur ce dossier-là, ce sont les intérêts des majors. Ces gros producteurs d’hydrocarbures états-uniens doivent pouvoir continuer d’étendre sans heurts les forages offshore et l’exploitation des gaz et pétroles de schiste. En vertu d’un forcing qui permet aux États-Unis de s’installer comme premier producteur mondial d’hydrocarbures. Et donc à réduire leur dépendance en matière d’énergie.

« Le locataire de la Maison-Blanche cherche à imposer un nouvel ordre national et international mieux à même de garantir la suprématie de Washington et des mastodontes de Wall Street.  »

Un choix géostratégique, dès lors que le « commandant en chef » entend se désengager relativement du Moyen-Orient sur le plan militaire pour achever un « pivot » vers l’Extrême-Orient, entamé il y a presque dix ans. Les forces de l’US Army sont redéployées de la sorte vers la Chine, concurrent économique redoutable devenu l’ennemi potentiel numéro un.

 

Inflation historique des dépenses militaires

Destinées à fournir un des arguments majeurs à la diplomatie du deal, les dépenses militaires de l’administration Trump connaissent une inflation historique. Elles ont été augmentées coup sur coup de 10 % en 2018 et en 2019. Et elles doivent être portées en 2020, selon la loi de programmation adoptée en décembre dernier par les démocrates et les républicains au Congrès, à 738 milliards de dollars (680 milliards d’euros). Soit un chiffre quasiment équivalent au total des dépenses annuelles engagées par un pays comme la France (711 milliards d’euros en 2018) ou aux dépenses d’armement cumulées des huit puissances militaires qui suivent les États-Unis (Chine, Russie, Royaume-Uni et France compris).
Cette démonstration de force seconde opportunément la salve d’offensives unilatérales dans la guerre commerciale entamée depuis 2018 contre la Chine, l’Europe et le reste du monde. Elle déclenche une très dangereuse course aux armements.

En Europe, les États membres se voient instamment priés d’augmenter leurs dépenses au sein de l’Alliance atlantique (OTAN). Et le président Macron, qui a programmé une hausse considérable et régulière des dépenses militaires de la France pour qu’elles soient portées à 2 % de son PIB d’ici 2025, cède de fait au chantage d’un Donald Trump tonitruant qui est allé jusqu’à menacer sinon de couper les vivres à l’OTAN.
Quant à la Chine, considérée désormais comme le rival numéro un et objet donc d’une « surveillance » militaire particulière, elle a multiplié son budget militaire par cinq en moins de vingt ans.

 

L’arme de la dérégulation financière

« Nous devons, pouvons et serons en position dominante dès que nous cesserons de nous encombrer avec la régulation. » Gary Cohn, un des ex-conseillers spéciaux de Donald Trump, puisé dans le vivier des cadres dirigeants de la banque Goldman Sachs, avait clairement nommé les objectifs, quand la Maison-Blanche s’est attachée dès 2017 à démanteler les timides garde-fous antispéculation instaurés par l’administration Obama au lendemain du krach financier de 2007-2008 (les lois dites Dodd-Frank et la règle Volcker).

« À la faveur de cette hypertrophie financière apparaissent des bulles spéculatives de plus en plus menaçantes. Ce qui fait croître d’autant le risque d’une crise financière d’une ampleur inédite. »

Gonflé d’aise, le Dow Jones célèbre le trumpisme en battant record sur record. Il s’approche dé­sormais des 30 000 points. Problème : à la faveur de cette hypertrophie financière apparaissent des bulles spéculatives de plus en plus menaçantes : immobilier, bitcoins (monnaie électronique), produits financiers dits « dérivés », titres boursiers formés par l’agrégation de prêts étudiants ; très nombreux sont les secteurs affectés. Ce qui fait croître d’autant le risque d’une crise financière d’une ampleur inédite.

Dumping à tous les étages

Le vote de la réforme fiscale, dans les derniers jours de 2017, revêt une dimension clé du trumpisme. Elle a constitué « un véritable big bang », selon les mots du New York Times, en faveur des plus fortunés et des multinationales.
Le choc économique et social sera redoutable tant à l’intérieur des États-Unis que sur le reste du monde. Car la réforme est conçue comme une arme de guerre commerciale. Le taux de l’impôt sur les sociétés a été réduit de 35 % à 21 %, au service de la compétitivité et donc de l’hégémonie des firmes états-uniennes sur le marché mondial.

La réforme a mis en place également toute une série de dispositions alléchantes qui permettent de drainer les capitaux vers la place états-unienne. Et les résultats sont tangibles. Comme le prouve la décision du fabricant d’ordinateurs Apple qui a « rapatrié » dès 2018 quelque 250 milliards de dollars de bénéfices aux États-Unis.

 

Débauche de surenchères xénophobes et ultra-droitières

Sur le plan intérieur l’effet du big bang fiscal en faveur des plus riches et du business va se traduire par une nouvelle explosion des inégalités. D’autant qu’il a torpillé, au passage, l’Obamacare (la réforme du président précédent), en supprimant les crédits d’impôts qui permettaient aux plus démunis de souscrire des polices d’assurance privées pour se couvrir de la maladie.

Cette évolution-là meurtrit l’électorat populaire et constitue un vrai talon d’Achille pour Trump. Lequel a assis, on le sait, son succès en 2016 sur le vote d’une partie de la classe ouvrière blanche. Elle contribue d’évidence à accentuer une certaine bipolarisation droite / gauche qui caractérise le débat politique, avec notamment l’émergence du mouvement « socialiste » de Bernie Sanders.

Trump veut se prémunir d’un éventuel vote sanction en pratiquant de nouvelles fuites en avant populistes, en jouant de surenchères racistes et/ou démagogiques. Comme la construction du mur avec le Mexique, le soutien, en dépit de tragédies de plus en plus récurrentes, aux groupes de pression du marché libre des armes à feu, ou encore son récent engagement spectaculaire aux côtés des militants anti-avortement, en flirtant de plus en plus ouvertement avec les influents milieux évangélistes. 

 

Bruno Odent est journaliste à L’Humanité.

 

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