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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:04
Révélation. Décryptage du protocole sanitaire pour la reprise de l’école (L'Humanité, 30 avril, Olivier Chartrain)

Révélation. Décryptage du protocole sanitaire pour la reprise de l’école

L’Humanité a pu consulter le projet de protocole sanitaire national, exigé pour encadrer le retour des élèves et des enseignants en classe, et qui doit être officialisé le 1er mai. Il laisse en suspens au moins une question, capitale : qui va, in fine, décider qu’un établissement peut ouvrir ou pas ?

 

Il était attendu, ce fameux protocole sanitaire national, véritable vade-mecum destiné à cadrer les conditions de la réouverture des établissements scolaires ! La plupart des syndicats avaient fait de son établissement un préalable absolu à tout retour en classe. Jeudi 30 avril, à la veille de la publication prévue du document définitif, c’est une version de travail qui a commencé à circuler et que l’Humanité a pu se procurer.

Un texte ultra-complet, mais difficilement applicable

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce texte d’une bonne cinquantaine de pages est ultra-complet. De l’accueil des élèves à la désinfection des locaux, de la gestion des circulations à l’intérieur des établissements à l’organisation des enseignements dits « spécifiques » (sports, ateliers, arts plastiques, sciences, musique…), de la cantine aux récréations, des sanitaires à l’aménagement des salles de classe… tout, ou presque, est envisagé. On notera tout de même que la question des internats, dont certains collèges sont dotés, ne figure pas dans le document que nous avons pu consulter – alors qu’elle pose des problèmes spécifiques comme, par exemple, l’existence fréquente de couchages collectifs.

« C’est plutôt positif » apprécie Frédérique Rolet, co-secrétaire général du Snes-FSU (principal syndicat du secondaire), « même si nous aurions préféré une autre méthode que celle qui a consisté à se précipiter pour annoncer des dates de reprise, avant même de présenter le protocole. » Du côté du Snuipp-FSU (primaire), qui a déposé un droit d’alerte le 29 avril, « on a le protocole, on ne va pas s’en plaindre » concède sa porte-parole, Francette Popineau, avant de tempérer aussitôt : « Mais il va être difficilement applicable ».

Un maximum de 15 élèves... dans une classe de 50 m2

Sans entrer dans le détail des 50 pages, quelques principes se dégagent. Il est acté – c’était une autre demande des syndicats – que les personnels (enseignants ou non-enseignants) présentant des facteurs de risque n’auront pas à reprendre les cours en présentiel. Ils pourront en revanche continuer à assurer des cours à distance. Pour les élèves, il est demandé aux familles de prendre la température des enfants chaque matin (mais aussi le soir, au retour) et de les laisser à la maison dès lors que celle-ci atteint ou dépasse 37,8 °C.

Le respect, en toutes circonstances, de la distance sanitaire d’un mètre minimum entre toute personne est érigé en principe absolu, «  dans tous les contextes et tous les espaces (arrivée et abords de l’école, récréation, couloirs, préau, restauration scolaire, sanitaires, etc.) ». Pour y parvenir, les salles de classe devront être réaménagées : pas de tables en vis-à-vis, par exemple. Un effectif maximal de 15 élèves par classe est fixé, dans une salle de 50  m2. « Il va falloir trouver des salles » objecte Francette Popineau, « car peu de classes font cette taille. » Le Snuipp aurait préféré, comme en Belgique, que l’on fixe une norme de 4 m 2 par personne (élèves et adultes), ce qui aboutirait à des effectifs de « 10 élèves par classe en élémentaire, et 5 ou 6 en maternelle. » Pour le Snes également, cet effectif de 15 par salle est trop élevé.

Autre souci : la coordination des transports scolaires

Pour éviter le « brassage », les entrées, sorties et récréation devront être décalées sur le principe d’une classe à la fois, et les circulations à l’intérieur des locaux organisées et fléchées afin d’éviter les croisements. Avec les goulets d’étranglement que constituent les entrées dans nombre d’établissements, la chose promet d’être plus facile à dire qu’à faire… Autre souci : la coordination des transports scolaires avec ces horaires d’entrée et de sortie décalés.

Dans le même ordre d’idée, ce ne seront plus les élèves qui se déplaceront d’une salle à l’autre entre chaque cours au collège, mais les enseignants. Le port du masque « grand public » est rendu obligatoire pour tous les adultes, fourni par leur employeur, qu’il s’agisse de l’État ou des collectivités locales. Obligatoire aussi pour les collégiens, mais il revient cette fois aux familles de se les procurer même si, au départ, les établissements doivent recevoir des stocks permettant d’en fournir à ceux qui n’en auront pas. En élémentaire, les enfants «  peuvent en être équipés s’ils le souhaitent et s’ils sont en mesure de le porter dans des conditions satisfaisantes  ». En maternelle, le port du masque est exclu. Tous les établissements seront aussi dotés de masques FFP1, afin d’équiper les élèves qui présenteraient des symptômes pendant la journée. Ceux-ci devront être isolés et pris en charge par l’infirmière scolaire… s’il y en a une.

Voir aussi : Réouverture des écoles : et si on écoutait les infirmières scolaires ?

Le lavage des mains posera aussi, à n’en pas douter, des problèmes. Il est prescrit à l’arrivée, à chaque entrée en classe, avant et après les récréations, avant et après tout passage aux toilettes, après avoir touché des objets ou des surfaces possiblement contaminés et enfin, après tout éternuement (dans le coude). De la difficulté à faire respecter une telle contrainte aux plus jeunes au manque de sanitaires et de points d’eau dans de nombreux établissements, que la possibilité d’utiliser du gel hydroalcoolique « sous la surveillance d’un adulte » ne palliera pas toujours, de nombreux paramètres risquent de faire obstacle au respect de cette règle.

Aux collectivités locales, l'organisation de l'entretien des locaux et de la restauration scolaire

Voilà pour les prescriptions les plus usuelles. Il faut y ajouter l’obligation d’un double nettoyage quotidien (nettoyage classique plus désinfection) des locaux, auquel s’ajoute l’obligation de désinfecter « plusieurs fois par jour » toutes «  les zones fréquemment touchées  » (sanitaires, poignées de portes, rampes, supports pédagogiques…) que les collectivités locales sont priées d’organiser. On doute que les effectifs actuels de personnel de mairie ou départemental présents dans les établissements suffisent à l’assurer. D’autant que la restauration scolaire repose sur les mêmes. Sur ce point, le projet de protocole recommande de «  privilégier la restauration en salle de classe sous la surveillance d’un adulte sous forme de plateaux ou de paniers repas. » Mais il n’exclut ni la possibilité de demander aux élèves d’apporter leurs repas ni, à l’opposé, la réouverture des cantines – avec dans ce cas une organisation stricte.

Qui veillera à l'application du protocole ? On ne sait pas...

Point capital : là où l’ensemble des prescriptions du protocole ne pourraient être respectées, l’établissement n’ouvrira pas. « Mais qui va vérifier si c’est applicable ou pas dans chaque établissement ? », demande Claire Guéville. « Le protocole répète « on veille à… » Mais qui c’est, ce « on » ? » s’interroge Francette Popineau. « Le texte n’est pas clair sur qui décide » poursuit-elle. « Jean-Michel Blanquer ne nous a pas apporté de réponse sur ce point » complète sa collègue du Snes. Toutes deux demandent deux choses. Premièrement, du temps : « Du temps pour que les équipes des établissements se préparent avant la rentrée des élèves », côté Snes et « du temps pour pouvoir tout mettre en place » côté Snuipp. Francette Popineau envisage le retour des élèves de primaire au mieux pour le 18 – alors qu’il est prévu le 12, selon les annonces du gouvernement (la journée du 11 étant consacrée à la prérentrée des enseignants). Deuxièmement, la validation du protocole par les instances représentatives du personnel, conseils d’école et conseils d’administration. Au Snuipp on va plus loin : « C’est à la commission de sécurité qu’il revient de valider le dispositif pour chaque établissement », martèle Francette Popineau. Sinon, entre collectivités locales, les directions des écoles et des établissements et les inspections académiques, la balle de la décision risque de rebondir longtemps.

Olivier Chartrain

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