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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 10:42

SAUVEZ L'ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ

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Aux gouvernements du monde entier:

"Nous condamnons la décision du président Trump de suspendre le financement américain à l'OMS et nous vous demandons instamment de veiller à ce que l'OMS et toutes les autres organisations internationales menant la riposte face à cette pandémie soient correctement financées et que tout potentiel vaccin ou traitement soit développé et distribué de manière juste et équitable. Ce virus nous affecte tous et nous sommes engagés dans cette lutte ensemble. Nous devons affronter cette menace commune en coopérant, notre humanité commune doit transparaître dans notre réponse."

Appel pour sauver l'organisation mondiale de la santé après la décision irresponsable et agressive de Trump de suspendre le financement des Etats-Unis
Jeudi, 16 Avril, 2020 - L'Humanité

L'OMS, un outil de coopération globale indispensable

L’agence onusienne fait de la santé un droit fondamental de tout être humain. Elle offre un indispensable espace de coordination devant les périls sanitaires planétaires.

 

Le monde n’a pas attendu les embardées de Donald Trump pour voir les États-Unis dynamiter les initiatives multilatérales consacrées aux enjeux de santé publique. À la fin de la Grande Guerre, Washington s’opposait déjà au rattachement de l’Office international d’hygiène publique, créé une décennie plus tôt à Paris, par la jeune Société des nations. Les ravages de la grippe espagnole, puis la dévastation de la Seconde Guerre mondiale imposent pourtant la création d’un organisme international dédié au redressement sanitaire, à la prévention des épidémies, à la lutte contre les maladies infectieuses qui semaient partout la mort.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prend corps en 1948, sous la tutelle de l’Organisation des Nations unies. Sa constitution fixe pour horizon le niveau de santé le plus élevé possible pour tous les êtres humains, la santé étant ici comprise comme un « état de ­complet bien-être physique, mental et social et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Dès le début des années 1950, l’agence supervise de vastes campagnes de vaccination contre la tuberculose et la poliomyélite ; la décennie suivante est marquée par la mise en place d’un dispositif de surveillance des maladies infectieuses graves (choléra, peste, fièvre jaune, variole, typhus) et, dans les années 1970, l’OMS promeut une approche de la santé reliée aux enjeux de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation, à l’eau, à une alimentation saine. Elle dresse alors une liste de médicaments essentiels à tout système de santé de base. Première confrontation avec les géants de l’industrie pharmaceutique, qui contestent le principe même d’une telle liste.

L’organisme est critiqué pour ses positions antilibérales

Les orientations de l’agence suscitent l’hostilité des États-Unis, qui finissent par suspendre leur cotisation, au milieu des années 1980. Les efforts se concentrent, à la même époque, sur un fléau nouveau : le Sida. La pandémie prend un tour tragique en Afrique, où les plans d’ajustement structurel ont démoli les systèmes publics de santé et laissé les populations exsangues. Sa critique de ces thérapies de choc libérales vaut à l’agence d’être marginalisée, au profit de la Banque mondiale, qui se pique alors de santé publique en finançant des programmes ouverts aux « parte­naires » privés.

Au tournant des années 2000, avec l’émergence de nouvelles maladies infectieuses potentiellement pandémiques, l’OMS revient au-devant de la scène. En s’ouvrant à son tour à des « coopérations » avec des acteurs non étatiques, ONG, lobbies de l’industrie pharmaceutique, opérateurs privés comme la Fondation Bill et Melinda Gates. Avec la pandémie de grippe H1N1, en 2009, on la suspecte d’avoir cédé aux pressions des laboratoires pharmaceutiques en exagérant la menace, encourageant ainsi la production et la vente massive, aux États, de médicaments et de vaccins. Trois ans plus tard, un comité d’experts de l’ONU blanchit l’agence, tout en relevant « l’absence de procédures suffisamment solides, systématiques et transparentes pour révéler, reconnaître et gérer les conflits d’intérêts ».

En 2013, lors de l’épidémie d’Ebola qui frappe 26 000 personnes et fait 10 900 morts en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, l’agence est au contraire accusée d’avoir tardé à réagir. Une nouvelle expertise onusienne relève des défaillances, l’organisation se réforme pour être capable d’apporter des réponses « adéquates et sérieuses » aux flambées épidémiques. En quittant son poste, au printemps 2017, sa directrice générale, Margaret Chan, admet des retards et des erreurs dans la lutte contre Ebola.

Son successeur, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, promet « des ripostes solides dans les situations d’urgence ». Le 30 janvier 2020, il décrète « l’urgence de santé publique de portée internationale » devant l’épidémie de coronavirus née deux mois plus tôt à Wuhan, en Chine. Une procédure rare, qui signale une situation « grave, inhabituelle ou inattendue » appelant une réponse globale coordonnée. Dans les capitales occidentales, ses alarmes sont reçues avec circonspection ou dédain ; on néglige ses recommandations tout en critiquant ses complaisances supposées pour la gestion de cette crise sanitaire par Pékin. Le 11 mars, l’OMS qualifie le Covid-19 de « pandémie mondiale ». « Cela va disparaître, restez calme, ­répétait ce jour-là Donald Trump. Tout se déroule bien. Beaucoup de bonnes choses vont avoir lieu. »

Rosa Moussaoui
Jeudi, 16 Avril, 2020 - L'Humanité

Pourquoi Donald Trump torpille l’Organisation mondiale de la santé en pleine pandémie

En pleine pandémie, le président des États-Unis a décidé de couper les vivres à l’Organisation mondiale de la santé. Détournant l’attention de sa gestion calamiteuse de la crise, il accentue en même temps son forcing pour un ordre mondial nouveau dominé par Washington et Wall Street.

 

Donald Trump assène un nouveau coup de poignard à toute la communauté internationale. Après le climat, le commerce ou les réfugiés, le voilà qui, dans sa course à un nouvel ordre mondial rétablissant ou confortant la domination de l’empire états-unien, adresse une fois encore un bras d’honneur à l’ONU. En pleine pandémie de coronavirus, son plus gros contributeur ne décide rien de moins que de couper les vivres à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle serait, à ses yeux, coupable de « mauvaise gestion » du Covid-19 et de « dissimulation de la propagation du virus ». L’offensive, qui masque mal la propre impéritie du président, est aussi criminelle et anachronique que l’est, au XXIe siècle, la suprématie des multinationales américaines et de la finance de Wall Street sur le monde.

Comment cette offensive s’inscrit dans la politique internationale des États-Unis

Lors de son discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre de l’année dernière, Donald Trump résumait sans fard sa philosophie politique : « L’avenir n’appartient pas aux mondialistes. L’avenir appartient aux patriotes. » De fait, depuis son accession à la présidence des États-Unis, il n’a cessé de décliner son slogan « America First », en dénigrant les organisations et les structures internationales (allant même jusqu’à traiter l’Otan d’ « obsolète » avant de se rétracter) et s’affranchissant autant que possible de toutes les participations, les engagements et les accords passés, prenant pour cela tous les prétextes.

Le locataire de la Maison-Blanche a ainsi annoncé que son pays sortait des accords de Paris sur le climat, a suspendu sa participation financière à l’Unesco et l’Unrwa (agence onusienne de protection des réfugiés palestiniens) pour mieux soutenir Israël. Il s’est également retiré de l’accord sur le nucléaire iranien, pourtant garanti par le Conseil de sécurité de l’ONU. C’est dire si la suspension de la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), bien que grave, n’est pas si étonnante. Cette décision s’inscrit totalement dans la politique de Trump. En cette période, elle est à mettre en lien avec l’offensive en cours menée contre la Chine.

Le Covid-19 et une supposée inféodation de l’OMS à Pékin ne sont qu’un prétexte pour tenter d’endiguer la Chine. Sa puissance économique inquiète et son soft power tend à supplanter celui des États-Unis. S’agissant du virus proprement dit, cette guerre larvée entre les États-Unis et la Chine s’est traduite par une paralysie des Nations unies. Alors qu’en 2014, une résolution avait été votée concernant le virus Ebola, cette fois, malgré la pandémie, aucun mécanisme pour la coordination de la lutte et pour l’assistance aux victimes n’a été élaboré.

Forcing pour un ordre mondial nouveau, fondé sur le national-libéralisme

Alors qu’émerge comme jamais, à l’heure de la pandémie, un immense besoin de coopération, de partage et de solidarité pour vaincre le fléau, Donald Trump continue son offensive nationaliste. Il ne sépare pas le traitement de la crise de cette ligne stratégique visant coûte que coûte à rétablir ou à approfondir la suprématie états-unienne. Comme lorsqu’il n’hésite pas à tremper, à la mi-mars, dans une tentative d’OPA sur le laboratoire biopharmaceutique allemand CureVac que l’on dit proche de l’élaboration d’un vaccin.

La stratégie est totalement dévouée aux champions de Wall Street. Même ceux de l’Internet et du numérique dans la Silicon valley qui ont, un temps, en début du mandat du magnat de l’immobilier, contesté ce changement de pied, s’y sont totalement ralliés. Ravis de la puissance nouvelle que leur a conférée la réforme fiscale adoptée à la fin 2017, un extraordinaire dumping en faveur des firmes américaines qui a consisté notamment à réduire l’impôt sur les sociétés de 35 % à 20 %.

Le trumpisme a mis tous les moyens de la puissance dont disposent les États-Unis pour restaurer ou accentuer l’hégémonie de Wall Street. Cette offensive tous azimuts est passée par un retour en force de la dérégulation financière, au mépris des enseignements du krach de 2008. Elle s’est appuyée sur le Penta­gone, qui a bénéficié de hausses historiques d’environ 10 % de son budget, chaque année entre 2017 et 2019.

Forte de cette méthode économico-­militaro-diplomatique, baptisée souvent « diplomatie du deal », l’administration Trump a déclenché une guerre commerciale ciblant beaucoup, on le sait, la Chine. Mais d’autres pays réputés proches n’y ont pas échappé ; comme le Mexique et le Canada, contraints d’accepter un reformatage de l’accord de libre-échange nord-américain, Alena. Même l’Europe a été mise sous pression. Et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a été priée de revoir ses arbitrages en faveur du maître, sinon de disparaître, elle aussi, comme l’OMS aujourd’hui.

L’OMS « bouc émissaire » de l’impéritie du président étatsunien

Même si elle s’inscrit dans le droit-fil de sa stratégie internationale, la décision de Donald Trump de couper les vivres de l’OMS repose également sur des considérations de politique intérieure : l’OMS lui sert de « bouc émissaire » au moment où sa responsabilité dans l’immense crise sanitaire et sociale que traverse le pays apparaît au grand jour. Deux enquêtes publiées durant le week-end pascal par le New York Times et le Washington Post ont montré à quel point il avait décidé d’ignorer tous les conseils et avertissements, non seulement des autorités compétentes mais également de son propre staff, notamment un mémo de Peter Navarro, son conseiller au commerce, qui annonçait clairement l’étendue du désastre à venir.

Fidèle à son mode opératoire habituel – déni, anti-intellectualisme (position ­anti-science, en l’occurrence), rejet des normes et règles –, le président milliardaire assurait pourtant, dans les jours suivants, que le virus n’allait pas tarder à disparaître. Avec 600 000 cas confirmés et 25 000 morts, il lui est désormais difficile de minimiser l’épidémie. Les signes de « coût politique » se multiplient : le décrochage de sa cote de popularité et la défaite d’un juge républicain sortant à la Cour suprême du Wisconsin (État clé qu’il avait remporté en 2016) constituent deux sérieux signaux d’alerte quant à sa capacité à être réélu en novembre prochain.

Aux abois, Trump mobilise sa tactique habituelle : faire diversion sur des thématiques susceptibles de contenter sa base électorale. Il accuse ainsi les gouverneurs démocrates de mener une « mutinerie » contre lui. À cet ennemi intérieur, Trump a adjoint un ennemi extérieur avec l’OMS, symbole d’un multilatéralisme honni par les adeptes de l’« America First ».

Pierre Barbancey, Christophe Deroubaix et Bruno Odent

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