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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 07:16
Personnes âgées. Ehpad, le cri d’alarme (L'Humanité, Jean-Jacques Régibier, 7 avril 2020)
Mardi, 7 Avril, 2020

Personnes âgées. Ehpad, le cri d’alarme

Alors que le nombre des décès dans les maisons de retraite explose, les personnels dénoncent l’insuffisance criante des mesures prises pour faire face à la pandémie.

 

L’épidémie invisible a cessé de l’être. Le nombre de victimes recensées du coronavirus dans les Ehpad a explosé au cours des derniers jours, passant de 371 personnes à 2  189 entre le 1er et le 5 avril.

Aussi, la part des décès des résidents des maisons de retraite dans le bilan global des victimes de l’épidémie ne cesse de croître. Au niveau national, environ un tiers des morts du Covid-19 sont des résidents des maisons de retraite. Dans le Bas-Rhin, l’un des départements les plus touchés par le coronavirus, ce pourcentage frôle depuis lundi les 40 % (176 décès dans les Ehpad, 277 en dehors). Pour Hélène (1), aide-soignante dans un établissement d’Arles (Bouches-du-Rhône), le manque de matériel de protection explique en partie la vitesse de propagation du virus. Dans sa maison de retraite, le premier cas confirmé de coronavirus a concerné un membre du personnel, mardi dernier. Le lendemain, une résidente était contaminée et, à la fin de la semaine, une douzaine de résidents étaient suspectés. « J’ai fait la toilette d’une personne sur laquelle il y avait un doute, mais je n’avais pas de masque FFP2. J’ai eu peur. La résidente a toussé tout le long de la toilette, qui dure 40 minutes. Elle avait 39°C de fièvre. Nous sommes plusieurs à nous succéder dans la même chambre, pour la toilette, le goûter, les soins. Mais on remet toutes la même blouse. J’ai ajouté un tablier en plastique et pui s, sur le masque, j’ai attaché une taie d’oreiller… »

« Un seul masque pour 7 h 30 de travail »

Infirmière dans un Ehpad en campagne, près de Dijon, Cécile pointe elle aussi le non-respect des règles d’hygiène dû au manque d’équipements – « un seul masque pour 7 h 30 de travail », précise-t-elle. Elle déplore aussi le caractère tardif des restrictions au sein de son établissement. « Le 1er  avril, un karaoké a été organisé avec les 45 résidents dans la salle commune… Du grand n’importe quoi ! » Délégué CGT des Ehpad du groupe privé Orpea, Guillaume Gobet, qui travaille à Royat, près de Clermont-Ferrand, confirme : « Sur mon établissement, on a mis en confinement le 27 mars. Mais on a continué pendant plusieurs jours à faire manger les résidents dans la même salle, les uns à côté des autres. Mes collègues me disent que, dans de nombreux Ehpad du Sud, c’est toujours le cas. » Certains résidents, sous dialyse, ont aussi fait des allers-retours entre Ehpad et hôpital. « S’ils ont été contaminés, toute la salle à manger peut l’être. »

Pour Cécile, de Dijon, la surcharge de travail aggrave la situation sanitaire. « Tous les congés annuels ont été supprimés. Je travaille 6 jours sur 7. On est épuisées », lâche cette jeune infirmière qui explique pourtant avoir choisi ce métier « par passion ». Comment assurer une décontamination efficace quand on a une seule auxiliaire de vie pour 25  chambres ? interroge aussi Guillaume Gobet. « Résultat : une fois le Covid entré, les Ehpad deviennent des nids à virus. »

« Moi, j’achète des lingettes pour bébé pour nettoyer mes résidents », dit Cécile, qui ajoute : « On en est là dans les Ehpad. On compte le nombre de pommes de terre qu’on met dans les assiettes pour être sûrs de ne pas manquer à la fin du service. Quand on a travaillé toute sa vie, payer plus de 2 000 euros par mois pour ça, je trouve ça révoltant. » Une réalité qui n’avait pas attendu le coronavirus pour s’exprimer. « Cela fait trois ans, appuie Guillaume Gobet, qu’on dénonce cette situation auprès des ARS, du gouvernement. On a fait de nombreuses grèves. Mais nous n’avons jamais été pris au sérieux. Je ne sais plus comment faire pour être entendu. »

(1) Les prénoms ont été changés.

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