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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 05:28
Pékin pris pour cible par l’occident. L’ objectif ? Réduire l’influence chinoise (L'Humanité, 19 avril 2020)
Dimanche, 19 Avril, 2020 - L'Humanité

Pékin pris pour cible par l’occident. L’ objectif ? Réduire l’influence chinoise

Alors qu’elle tend à s’affirmer sur la scène internationale, la seconde puissance mondiale fait l’objet d’une offensive coordonnée. L’accumulation de défis et d’incertitudes économiques la pousse à la riposte.

 

La Chine se tient sur une ligne de crête. Au centre des recompositions géopolitiques, sa position l’expose. À ce titre, le coronavirus agit comme un accélérateur de tendances. Les autorités chinoises aimeraient voir dans les événements actuels un révélateur des faiblesses structurelles occidentales et l’avènement d’une nouvelle ère dans laquelle elle donnerait le tempo face à une Amérique tentée par l’isolationnisme. Après des décennies de discrétion érigée en dogme, la seconde puissance mondiale tend désormais à s’affirmer. C’est le cas depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping en 2012 et l’émergence des nouvelles Routes de la soie qui ont permis au pays de proposer un autre récit du monde lié au développement, mais aussi de se projeter hors de ses frontières, de mettre un pied dans l’environnement proche de ses rivaux et d’occuper la place laissée vacante par les politiques d’austérité.

l’Organisation mondiale de la santé est accusée d’être aux mains de Pékin

Ainsi s’est-elle taillé la part du lion dans les ports pakistanais, sri-lankais, grecs ou italiens, mais également en Afrique et en Amérique latine, quitte à créer de nouvelles dépendances économiques. Sujette aux critiques, la Chine a annoncé, la semaine dernière, un gel temporaire des dettes africaines. Selon la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement, la dette du continent envers la Chine est passée de 28 % en 2005 à environ 46 % du total en moyenne, du fait des prêts à 0 % contre 2 à 3 % du côté occidental. La Chine réfute régulièrement les accusations liées à un piège des obligations en arguant qu’elle s’expose aussi en tant que créancière et surtout que cette dette sert le développement local. Elle commence également à faire preuve d’une certaine prudence dans les accords passés en les conditionnant – fait nouveau – à des engagements contre la corruption ou à une limite de mandats dans le respect des Constitutions locales, comme ce fut le cas au Kenya.

Cette surexposition de Pékin donne lieu à une offensive musclée. Entre la guerre commerciale initiée par Donald Trump et les manifestations à Hong Kong, 2019 a marqué un tournant dans la campagne antichinoise. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est accusée d’être aux mains de Pékin, d’avoir sciemment sous-estimé l’importance du coronavirus et, en instance, d’avoir contribué à l’impréparation des autres pays ! « On a vu renaître les préjugés néoconservateurs. La compréhension du monde passerait par une division entre pays démocratiques ou non. Cette analyse est resservie à l’aune du coronavirus avec l’idée selon laquelle si la Chine avait été démocratique, le monde n’en serait pas là. Il me semble que son retard à l’allumage soit moins dû à des questions de transparence qu’à une volonté de maintenir la croissance à tout prix, et donc la stabilité sociale », souligne Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences-Po. À l’absence totale de transparence, le chercheur oppose la pratique d’une « transparence contrôlée ». Tout en renforçant son emprise sur les médias, Pékin a laissé libre cours aux critiques sur les réseaux sociaux afin de comprendre les dysfonctionnements à la base dans la gestion de l’épidémie.

Affirmation de puissance ne vaut pas impérialisme

La montée en puissance chinoise passe également par les instances internationales. Depuis l’élection de Donald Trump, la seconde puissance mondiale a vu dans le retrait des États-Unis de plusieurs organisations l’occasion de profiter de cette vacance de leadership. Toutefois, note Barthélemy Courmont, directeur de recherches à l’Iris, « la Chine ne veut pas devenir une hyperpuissance et hériter du fardeau que ce statut impose. Pékin a suivi de près les déboires de Washington depuis deux décennies et ne veut pas connaître le même destin ». Affirmation de puissance ne vaut donc pas impérialisme. En parallèle d’une volonté marquée de s’affranchir du consensus de Washington, avec la création d’une banque de développement des pays émergents destinée à se poser en alternative au FMI, la Chine occupe désormais une place stratégique au sein du système international d’après guerre et des agences onusiennes. « La Chine a longtemps observé une diplomatie discrète. On observe une volonté de jouer un rôle plus important, mais les diplomaties occidentales doivent faire preuve de cohérence. Ces dernières ont très longtemps accusé Pékin de ne pas jouer le jeu. Aujourd’hui, les autorités chinoises surinvestissent ce rôle à leur manière. Charge aux Européens de rééquilibrer cette influence », explique encore Jean-Louis Rocca. La Chine entend profiter du répit dans la crise sanitaire pour faire valoir sa position sur l’échiquier mondial. Le pays a ainsi versé 20 milliards de dollars à l’Organisation mondiale de la santé et proposé son aide à quatre instances afin d’aider les pays en développement à améliorer leur système de santé. Pour discréditer cette démarche, les critiques se sont tournées vers l’envoi de médecins chinois à l’étranger. Mais quel pays agit sans arrière-pensées ?

Pékin entend faire émerger une nouvelle multipolarité

Cette bataille est engagée depuis le pivot stratégique de Barack Obama vers l’Asie qui a mené Pékin à multiplier les initiatives en mer de Chine, à créer la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures et le projet des nouvelles Routes de la soie. Cette nouvelle architecture, dans laquelle la Chine offre son aide en échange de débouchés commerciaux, a poussé les États-Unis, la France, l’Inde et le Japon à développer une réponse économique et militaire par le biais de la stratégie dite indo-pacifique.

Aujourd’hui, la riposte de Pékin se fait plus véhémente, comme l’illustrent des textes de l’ambassade de Chine en France qui critiquent ouvertement la défaillance des autres puissances dans leur gestion du coronavirus. Le ministère français des Affaires étrangères n’a pas tardé à exprimer sa « désapprobation » à l’ambassadeur Lu Shaye. Jean-Louis Rocca précise : « Personne ne sait ce qu’il se passe vraiment au niveau de l’appareil central chinois, mais il est probable que leur montée au créneau soit un aveu de faiblesse. Ils se sentent menacés par l’accumulation de crises et l’incertitude économique. Dans ce contexte, le nationalisme est ravivé, la Chine entend se défendre contre les attaques de l’étranger, mais fait preuve d’une méconnaissance des opinions publiques européennes. En conséquence, ses communiqués sont contre-productifs. » La Chine, comme ses rivaux, a intégré l’idée que la crise actuelle laissera des vainqueurs et des vaincus. Plutôt que de s’enfermer dans un duel mortifère avec Washington, Pékin entend faire émerger une nouvelle multipolarité. Et raviver le concept millénaire de Tianxia, où « tout ce qui existe sous le ciel » trouve sa place dans la gouvernance mondiale. Pas sûr que les conflictualités actuelles y contribuent.

Wuhan révise ses chiffres

Accusée de minimiser le nombre de morts du coronavirus, Wuhan a révisé, vendredi, ses chiffres à la hausse avec 1 290 décès supplémentaires, expliquant que les patients décédés à domicile n’avaient pu être initialement pris en compte comme c’est le cas en France. Ces statistiques font grimper de 50 % le bilan de la ville. Ce nouveau décompte porte à 4 632 le nombre de décès en Chine.

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