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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 17:56
Air France : les milliards d’argent public seront cher payés par les salariés (L'Humanité, Stephane Guérard, 27 avril 2020)
 
Près de 10 000 postes ont été supprimés par Air France lors de la dernière décennie.
 
Lundi, 27 Avril, 2020

Air France : les milliards d’argent public seront cher payés par les salariés

L’État, premier actionnaire du groupe, a assorti les prêts et garanties de prêts consentis à de nouvelles restructurations sociales. Un plan de départs volontaires est sur le tarmac. Les exigences environnementales sont, elles, plus évanescentes. Explications.

 

Pour les salariés d’Air France, le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron risque de leur coûter très cher. Au lendemain de l’annonce par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire du déblocage de 7 milliards d’euros de prêts directs ou bancaires garantis par la puissance publique, le directeur général de la compagnie aérienne n’a pas fait mystère, samedi, du donnant-donnant assorti à ce plan d’aides par l’État français, actionnaire majeur du groupe (14,3 % des parts, quasi au même niveau que les Pays-Bas). « La première étape consisterait donc à proposer des plans de départs volontaires, a expliqué Ben Smith, patron d’Air-France/KLM, au site des Échos. L’étape suivante serait d’offrir à ceux qui resteront dans le groupe des plans de formation et des possibilités de mutation en rapport avec nos besoins. »

Un huitième plan de suppression de postes en dix ans

Les représentants des salariés ont sûrement été heureux d’apprendre de la bouche de leur grand directeur que ce huitième plan de suppression de postes en dix ans « se fera de toute façon en très étroite concertation avec les partenaires sociaux, comme nous le faisons depuis (mon) arrivée ». Jeudi dernier, le sujet n’était pas à l’ordre du jour du Comité social et économique central conduit par Anne Rigail, directrice générale de la compagnie française. C’est que, depuis, le calendrier s’est emballé. Vendredi, Bruno Le Maire annonçait donc le plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale », composé de 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % par l’État et de 3 milliards de prêt direct de l’État. Ces mesures « pour sauver les 350 000 emplois directs et indirects qui vont avec » doivent encore recevoir le feu vert de la Commission européenne. Mais ce soutien « n’est pas un chèque en blanc », a prévenu le ministre de l’Économie. « Nous avons fixé des conditions à Air France. Des conditions de rentabilité car c’est l’argent des Français, donc il faut qu’Air France fasse un effort pour être plus rentable, et des conditions écologiques. Air France doit devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement de la planète. » Pour pousser à la roue, Bruno Le Maire a laissé entendre que l’État participerait à un renforcement des fonds propres de la compagnie, au même titre que le gouvernement néerlandais, qui a lui aussi promis de 2 à 4 milliards d’euros de cash à KLM.

Cette fois, l’exécutif a clairement choisi d’user de la crise pour hâter la restructuration

Début avril, le gouvernement estimait que, de la prise de participation à la nationalisation, tous les scénarios étaient possibles pour venir en aide au transporteur aérien. Ce dernier ne tourne plus depuis le début du confinement qu’à 3 % de son activité normale, perd 25 millions d’euros par jour malgré le recours massif au chômage partiel (76 % des salariés) et n’entrevoit qu’un retour à 80 % de son activité pour 2021. Cette fois, l’exécutif a clairement choisi d’user de la crise pour hâter la restructuration de la compagnie. Celle-ci sera avant tout sociale. Ben Smith a reçu pour mandat de donner un coup d’accélérateur à son plan, présenté l’an dernier, de suppression de 400 postes, essentiellement en région et au détriment de sa filiale HOP !, dont la fin devrait être précipitée, mais aussi dans les fonctions support non opérationnelles, avec recours accru à la sous-traitance. En revanche, cette restructuration n’aura de vert que son emballage. Les 20 milliards d’euros de soutien gouvernemental aux grandes entreprises, dont Air France, ont été suffisamment dénués de contreparties environnementales pour que les injonctions de Bruno Le Maire à l’égard du transporteur soient vite oubliées. Le remplacement des vieux et polluants A340 et A380 par des A350 et A220 moins gourmands est prévu de longue date. Mais si Air France a pour mission d’élaguer dans ses destinations desservies par ailleurs par le TGV, Ben Smith a bien l’intention d’user d’Orly et des bases de Montpellier, Bordeaux, Nantes, Nice, Marseille et Lyon comme tremplins pour la filiale à bas coût Transavia. On est donc loin de la demande de la CFDT de mise en cohérence de l’avenir du groupe avec les enjeux d’aménagement du territoire, de transport multimodal et de rupture avec des politiques publiques « qui ont encouragé et favorisé le développement du modèle low cost ». On est encore plus loin de l’appel de la CGT à la « nationalisation verte d’Air France, permettant la préservation des emplois et une adaptation aux exigences environnementales ».

Pour ce qui est des conditions environnementales, lire aussi notre article : Lobbying. Covid-19, la bonne excuse anti-écolo des groupes français

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