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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 06:00
Une épidémie qui contamine l’économie mondiale - L'Humanité, 30 mars 2020
Lundi, 30 Mars, 2020

Une épidémie qui contamine l’économie mondiale

Décryptage. Fuite des capitaux du Sud vers le Nord, augmentation du chômage, baisse des revenus… La propagation du Covid-19 menace les travailleurs dans le monde entier.

 

Avec l’épidémie de coronavirus, c’est une saignée sociale qui se prépare. La crise sanitaire s’est vite transformée en crise pétrolière et boursière, avec une chute des prix des hydrocarbures en février, et des cours des actions en mars, qui signe l’éclatement de la bulle financière accumulée depuis dix ans. Les signaux de l’économie mondiale sont désormais dans le rouge, avec une perspective de baisse de l’activité pour au moins un trimestre du fait des mesures de confinement pour plus de 2 milliards d’humains.

1. Le spectre du chômage de masse

L’Organisation internationale du travail (OIT) tire la sonnette d’alarme. Son directeur général, Guy Ryder, estime que « jusqu’à 25 millions de personnes pourraient se retrouver au chômage ». Il prévoit également « une baisse du revenu des travailleurs allant jusqu’à 3 400 milliards de dollars ».

Ce scénario, dans son hypothèse la plus pessimiste, serait plus grave que la crise de 2008-2009, qui a vu la destruction de 22 millions d’emplois. Déjà aux États-Unis, plus de 3 millions de personnes se sont inscrites dans les registres des chômeurs la seule semaine passée (voir page 2). « Dans un monde dans lequel seule une personne sur cinq peut bénéficier d’indemnités de chômage, les licenciements constituent une véritable catastrophe pour des millions de familles », dénonce l’organisation, qui s’attend aussi à un développement d’un « sous-emploi » synonyme de diminution des revenus.

2. Une baisse des revenus déjà tangible

L’OIT prévoit également, dans un rapport d’étape, une augmentation de 8 à 33 millions du nombre de travailleurs pauvres dans le monde. La baisse des revenus est déjà une réalité dans certains pays, notamment ceux où sévit l’économie informelle. Au sud de l’Italie, on craint d’ores et déjà des émeutes de la faim. Jeudi, un groupe de Palermitains s’est présenté dans un magasin Lidl avec les chariots pleins, exigeant de ne pas payer. La scène s’est répétée le lendemain. En effet, dans le Mezzogiorno, nombre de personnes (plus de 3,7 millions) travaillent au noir, sans contrat, et ne bénéficieront pas des dispositifs de chômage partiel. La police a été déployée pour éviter les vols. Plusieurs voix, dont celle du ministre du Mezzogiorno, appellent à l’élargissement du revenu de subsistance. « Maintenant, il faut mettre l’argent dans les poches des Italiens où jusqu’à aujourd’hui nous n’avons pas réussi à le mettre », a déclaré Giuseppe Provenzano. Le gouvernement a d’ores et déjà prévu d’accorder 400 millions d’euros de bons d’achat et de débloquer 5 milliards d’euros pour aider les communes à faire face à l’augmentation de la pauvreté. La question est stratégique en Italie. Leoluca Orlando, maire de gauche de Palerme, voit la main de la mafia dans les révoltes de la faim. Une hypothèse à laquelle souscrivent les services secrets. Marco Minniti, l’ancien ministre démocrate de l’Intérieur, dit craindre que les organisations criminelles ne s’érigent en défense du droit au revenu et à la santé.

De son côté, l’Inde, qui est confinée, a elle aussi pris des dispositions, budgétant 20,6 milliards d’euros afin de financer des distributions de riz et légumineuses supplémentaires à 800 millions de personnes.

3. Un risque pour les prix des denrées agricoles

La baisse d’activité n’épargne pas le secteur agroalimentaire. « La pandémie du Covid-19 affecte les systèmes alimentaires et toutes les dimensions de la sécurité alimentaire partout dans le monde. Aucun pays n’est épargné », s’est inquiété jeudi le directeur général de l’Organisation des nations unies pour la nourriture (FAO), Qu Dongyu, invitant à ne pas casser les « chaînes de valeurs alimentaires », de la production à la logistique.La semaine dernière, les prix du blé ont augmenté quand a couru la rumeur que Moscou pourrait limiter ses exportations, après avoir placé en congés sa population. Le soja latino-américain a également vu son prix croître, à la suite d’inquiétudes sur la chaîne de transports. La menace d’une hausse des cours des céréales est particulièrement inquiétante pour certains pays du Sud, dépendants des importations en la matière.

4. La menace de faillites d’entreprises

Le confinement a pour effet une baisse de l’activité. Ainsi, selon l’Insee, l’économie française ne tourne plus qu’à 65 % de sa capacité normale. Sous l’effet d’une baisse de la consommation des ménages, un mois de confinement coûterait à l’Hexagone 3 % de son PIB. L’Italie s’attend à une contraction de 5 % de l’indicateur. Au niveau mondial, le Fonds monétaire international (FMI) estime que les effets du coronavirus pourraient être pires que ceux de la crise financière de 2008.

Les États cherchent en mobilisant des liquidités à conjurer les faillites d’entreprises, afin que l’économie puisse repartir de plus belle, une fois le confinement passé. Ils ont mis à disposition des sommes vertigineuses : le G20 qui s’est tenu jeudi prévoit 5 000 milliards d’euros pour soutenir l’économie. On sait déjà que Washington a mis sur la table 2 000 milliards de dollars, Berlin plus de 1 000 milliards d’euros, Rome 50 milliards. Ces sommes ne sont pas destinées à être dépensées forcément ; il s’agit pour une grande part de garanties sur les prêts que pourraient souscrire des entreprises en difficulté. Elles comprennent également des dispositifs de chômage partiel. Certains pays envisagent des nationalisations temporaires. C’est le cas à Berlin, mais aussi à Paris, où une nationalisation de la compagnie aérienne Air France est sur la table. Si ces annonces peuvent apparaître surprenantes, on avait déjà connu ce phénomène en 2008 : les contribuables avaient épongé les pertes, puis les firmes avaient été remises sur le marché.

5. Une machine à dette

Les débats au sein de l’Union européenne le montrent : le modèle économique n’est pas remis en cause. Si Bruxelles vient en aide aux États membres qui auraient besoin de financement, ce pourrait être par le truchement du mécanisme européen de stabilité, avec les critères que l’on connaît à la clé.

La crise passée, le tour de vis pourrait être sévère pour certains pays déjà lestés, comme l’Italie, d’une dette avoisinant 135 % de leur PIB. Les pays du Nord ne sont pas les seuls à être touchés. Le Fonds monétaire international (FMI) est en train de devenir « actionnaire » de nombreux États : plus de 80 pays ont déjà adressé une demande d’aide d’urgence. Cela est la conséquence d’une baisse d’activité, mais aussi d’une fuite des capitaux. À la mi-mars, le FMI avait déjà enregistré 42 milliards d’euros quittant le Sud pour revenir dans les pays riches.

Gaël De Santis

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