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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 07:28
Disparition. Manu Dibango, « l’Afropéen » aux bottes de géant - Fara C. - L'Humanité, 25 mars 2020

Mercredi, 25 Mars, 2020 - L'Humanité
Disparition. Manu Dibango, « l’Afropéen » aux bottes de géant
Fara C.

L’auteur franco-camerounais de Soul Makossa, saxophoniste de génie, est décédé mardi des suites du Covid-19. Il avait 86 ans.

Première personnalité internationale décédée des suites du Covid‐19, Manu Dibango, hospitalisé à Paris, nous a quittés ce mardi 24 mars, à l’âge 86 ans. Une bibliothèque vivante, vibrante de musique, vient de brûler. Malgré le chagrin qui nous étreint, résonne soudain en nous son rire éclatant qui, en réalité, cachait une secrète timidité. « Ça n’a pas été facile de trouver ma place », nous a-t-il soufflé, un jour, lors d’un de nos entretiens. « J’ai débarqué en France après trois semaines de bateau, en 1948. C’était peu après la fin de la guerre, il y avait de l’amour dans l’air. Plus tard, les vieux démons du racisme ont ressurgi. J’avais un pied en Afrique et l’autre en Europe. De part et d’autre, il y avait toujours quelqu’un qui me faisait comprendre que je n’étais pas vraiment du terroir, de son terroir. »

Né le 12 décembre 1933 à Douala (Cameroun), de parents baptistes, Emmanuel N’Djoké Dibango a baigné dès sa tendre enfance dans l’univers musical protestant, ses cantiques et ses negro spirituals aux fragrances de forêt équatoriale. Arrivé en France à l’âge de 15 ans, il choisira finalement de s’y établir. Il narre son incroyable odyssée dans son autobiographie, Trois kilos de café. En 1972, il enregistre Soul Makossa, qui squatte rapidement la cime des charts mondiaux, avec des millions de ventes dans le monde – dont 2 millions aux États-Unis. Quand Michael Jackson plagie ce tube, Manu obtient gain de cause, à la suite de l’action menée en justice par son manager historique, le regretté André Gnimagnon.

Il a partagé son talent avec le gotha de la musique, les Américains Herbie Hancock, Bill Laswell, les Africains Miriam Makeba, Hugh Masekela, Paco Sery, Ray Lema, les Jamaïcains Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, sans omettre les astres de France Dick Rivers, Nino Ferrer, Jacques Higelin, Michel Alibo, ou encore Paul Personne et Didier Lockwood, tous deux invités sur son album Afrijazzy (1986). Chef de file du décisif mouvement afro-européen, Manu Dibango se revendiquait « afropéen ». De ses bottes de géant, il arpentait sans répit la planète musique et enjambait allègrement les frontières. « Ce qui m’interpelle chez Manu Dibango, c’est le naturel avec lequel il joue et il tisse un matériau unique à l’aide des innombrables fils qui constituent l’identité africaine, depuis la terre originelle des ancêtres noirs, jusqu’aux nouveaux territoires sonores enfantés par la diaspora en Amérique et ailleurs », m’a déclaré, au tournant des années 1990, Herbie Hancock.
 

L’indéfectible lien entre les justes causes, les cultures et les hommes

Parmi les moments mémorables, il y a le concert « Libérez Mandela », à la Fête de l’Humanité le 12 septembre 1985, rassemblant Manu Dibango, Salif Keïta, Max Roach, Eddy Louiss et Bernard Lubat. C’est lors de la répétition que Christian Ducasse a immortalisé la rencontre de Manu Dibango, Max Roach et Salif Keïta avec le directeur de l’Huma, Roland Leroy. « J’observais au plus près Manu, d’habitude discret sur ses réels engagements, mais en première ligne lors de ce riche week-end à la Fête de l’Huma, souligne aujourd’hui le fameux photographe. Manu avait cette capacité à relier les cultures, les continents, les justes causes, les belles personnes. » Quant au légendaire batteur et compositeur Max Roach, il expliqua, en ce temps : « Manu Dibango illustre magnifiquement l’indéfectible lien unissant l’Afrique et l’Amérique, mais aussi l’Europe, où il a choisi de vivre. »

Dans son Soul Makossa Gang, ont défilé, au gré des décennies, les plus fertiles graines d’artistes. En 2019, dans le cadre de la fête de ses soixante ans de carrière, ses prestations scéniques, notamment à Jazz in Marciac, puis à Paris (au Grand Rex), laisseront, dans le cœur du public, un souvenir vivace de swing et de gaîté. On réécoutera ses nombreux disques, ainsi que les hommages de notre radio publique. Nous dédions notre page à sa famille, en particulier ses enfants, à sa manageuse Claire Diboa et son collaborateur Thierry Wendl.
Hommages, en podcast, notamment : sur FIP, deux concerts Live à FIP, Manu Dibango & Safari symphonique et Un dernier 105 pour la route ; sur France Musique, Manu Dibango, l’Afrique funky.
Fara C

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