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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 07:15
Dépendance. Vers une hécatombe dans les Ehpad ? (Alexandra Chaignon, L'Humanité, 23 mars 2020)
Lundi, 23 Mars, 2020

Dépendance. Vers une hécatombe dans les Ehpad ?

L’accroissement des cas de coronavirus, dans les établissements accueillant des personnes âgées, fait craindre le pire aux soignants. Ils prédisent un désastre si rien n’est fait.

 

Douze décès dans un Ehpad du Doubs, plusieurs dans l’Hérault, des foyers infectieux un peu partout sur le territoire… Les établissements, tout comme les services hospitaliers, accueillant les personnes âgées dépendantes ne sont pas épargnés par le coronavirus, particulièrement virulent pour les plus fragiles. « On commence à avoir de plus en plus de cas », confirme Romain Gizolme, directeur de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). De nombreux professionnels du secteur de la dépendance, exerçant notamment dans les zones de circulation du virus, restent alarmistes et tirent la sonnette d’alarme.

Le taux de contamination est exponentiel

Dans une lettre adressée au ministre de la Santé, ils font part de leur inquiétude, redoutant la mort de quelque 100 000 personnes sur les « plus d’un million de résidents » si rien n’est fait. « Cette population est assortie d’un taux de mortalité de 15 %, ce qui pourrait se traduire par plus de 100 000 décès dans l’éventualité d’une généralisation que nous n’osons imaginer », alertent les signataires. Ils rappellent que leurs patients, dont la moyenne d’âge est de 85 ans, cumulent en moyenne « près de huit maladies chroniques » et constituent « une cible à très haut niveau d’exposition au risque d’infection au coronavirus ».

En outre, cette population n’est jamais prioritaire en réanimation, déjà en temps normal. Ce que confirme Christophe Trivalle, gériatre et chef de service à l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif. « Compte tenu de leur comorbidité, on se pose toujours des questions en amont. C’est une pratique habituelle. On parle là de patients polypathologiques, très dépendants. Certains ne survivraient pas à un séjour en réanimation. Et ce serait de l’acharnement thérapeutique. Pour quelques malades, la question se pose mais, souvent, le Samu, les services de réanimation tentent de les récuser. Là, on ne pourra pas négocier. » Dans les services de gériatrie qu’ils gèrent, le nombre de cas a été multiplié par 13 en une semaine. « En soins de longue durée, on a secteur très infecté. Sur une unité de 34 patients, 9 au moins sont atteints. Le week-end dernier, ils n’étaient que 2. Au total, on doit avoir 26 cas », énumère-t-il, inquiet. À ce jour, il ne déplore qu’un décès d’une personne atteinte du Covid, « mais dont la mort n’est probablement pas liée », et deux malades « pas bien du tout ». « Au début, ils développent une forme pas trop grave, avec un peu de fièvre. Mais apparemment, au bout de 5, 6 jours, ça s’aggrave. On y arrive. »

La difficulté face à l’augmentation des cas, c’est aussi les moyens humains. « On essaye de renforcer les équipes, explique Christophe Trivalle. On rouvre des lits. On est en train de monter une unité “Covid” dans un couloir qui avait été fermé. Mais, de base, on manque de personnel. Et les boîtes d’intérim rechignent à venir dans les secteurs infectés. »

Pas assez de personnels ni de matériels

Mais cet isolement n’est pas forcément transposable dans les Ehpad. « Il faut trouver des moyens d’isolement. En résidence, les gens vivent dans leur logement. Et il est compliqué de demander aux vieux messieurs et vieilles dames de déménager », précise Romain Gizolme, qui reconnaît qu’on « fait avec les moyens, humain et matériel, du bord ». Mais à ce stade, et sans vouloir « minimiser la situation », ce dernier refuse de parler « d’hécatombe » : « La plus grande vigilance s’impose. Il faut que nous ayons des masques dans la durée et en nombre suffisant », assure-t-il. Pour éviter le désastre, les auteurs de la lettre au ministre de la Santé réclament sans délai la livraison de pas moins de « 500 000 masques par jour » à l’ensemble du personnel soignant. « Une mesure centrale » alors qu’il « est encore temps de limiter la propagation du virus au sein de ces structures ».

Un point de vue pas forcément partagé par tous. « C’est terrible, ils ont décidé de sacrifier les petits vieux », s’émeut ainsi Laurent Picon, aide-soignant à l’hôpital de Beaumont, dans l’Oise, et délégué syndical SUD. « L’hôpital de Beaumont est en train de monter une unité Covid gériatrie pour accueillir les patients de l’unité de gériatrie aiguë contaminés, où d’ailleurs les personnels, qui sont possiblement porteurs du virus, n’ont pas de masque. Mais on n’a pas de réanimation sur place. À Pontoise, on ne voudra pas d’eux. Ça veut dire qu’ils mourront là. C’est terrible… » témoigne-t-il, la voix entrecoupée de sanglots.

Alexandra Chaignon
 

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