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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 06:40

Santé. Les Grenoblois au secours de leur clinique

 

Lundi, 17 Février, 2020 - L'Humanité

Alors que son actionnaire principal envisage la vente de la « Mut », usagers et soignants s’unissent pour préserver l’accès pour tous à des soins de qualité.

 

Au service de cancérologie du groupement hospitalier mutualiste de Grenoble, Nicolas Albin, cancérologue, ne cache plus ses inquiétudes. « À ce stade, c’est un problème éthique. La santé est-elle une marchandise comme les autres ? » Le brouillard qui entoure le devenir de la « Mut », comme l’appellent affectueusement les habitants, se fait de plus en plus pesant. Le personnel a appris il y a tout juste un an que l’actionnaire majoritaire de la clinique, Adrea Mutuelle, envisageait sa cession à un groupe privé lucratif. C’est pour l’éviter que médecins et employés ont décidé de créer une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) et de prétendre à son rachat. Classée sous le statut d’établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic), la Mut assure une mission de service public, au même titre qu’un hôpital public, sans but lucratif : les patients y sont traités de la même manière, quelle que soit leur situation. Une offre de soins précieuse qui serait fortement menacée en cas de vente à un acteur lucratif. « En cancérologie, on opère mais on propose aussi un accompagnement, des soins de support. Tout cela pourrait disparaître avec une gestion privée lucrative, puisque ce ne serait plus assez rentable », s’inquiète le médecin.

Avec 437 lits, 1 100 salariés et 200 médecins, la Mut est le deuxième acteur de santé en Isère après le CHU Grenoble-Alpes. Si sa vente au privé lucratif n’est pas encore avérée, le destin de la clinique grenobloise de Belledone, absorbée par le géant C2S l’année dernière, fait planer le doute. D’autant plus que l’intégration d’Adrea Mutuelle dans un nouveau groupe laisse penser à un montage financier. « Notre sentiment est qu’il veut dégager des fonds et vendre au plus offrant », s’inquiète Jean-Philippe Moutarde. Dans le quartier Saint-Bruno où il réside, à deux pas de la clinique, ce mutualiste dans l’âme est bien décidé à ne pas voir partir la Mut dans les filets d’un groupe privé lucratif. « Il y a un attachement presque familial des Grenoblois à la clinique. Une génération l’a vue naître, l’autre y est née », s’émeut-il. Avec d’autres habitants, il a mis sur pied un collectif d’usagers prêt à défendre bec et ongles l’esprit de la Mut, créée en 1957.

Dangers sur la maternité et le service des urgences

Aux côtés du personnel, plusieurs fois appelé à débrayer, les usagers ont multiplié les rassemblements et réunions pour défendre le statut d’Espic. Une pétition contre la vente atteignait ce week-end plus de 13 000 signatures. Une mobilisation sans relâche qui émeut jusqu’à la mairie de la ville aux trois roses. « Certaines activités hospitalières sont rentables et d’autres par nature coûteuses. Un repreneur à but lucratif ne s’embarrassera sûrement pas de ces dernières. (…) L’esprit mutualiste, dont vous vous devez de porter la concrétisation, empêche de sacrifier l’égal accès aux soins de qualité sur l’autel de la rentabilité », a écrit le maire de Grenoble, Éric Piolle (EELV), le 7 février au président d’Adrea Mutuelle.

Au-delà de la vente, c’est aussi le flou entretenu par l’actuel propriétaire, qui n’a pas répondu aux sollicitations de l’Humanité, que dénoncent les défenseurs de la Mut. « C’est très opaque. Adrea a choisi la stratégie d’en dire le moins possible », regrette Joëlle Estivals, représentante du collectif des usagers. La Grenobloise craint notamment que le rachat de la Mut par le privé lucratif ne signe la fin de la maternité. « Elle a pourtant très bonne réputation, on y expérimente une des neuf maisons de naissances en France. Ce sont des maternités alternatives où les femmes peuvent accoucher comme à la maison », note-t-elle. Les urgences, activité peu rentable par excellence, soulèvent elles aussi de vives inquiétudes. Si le service venait à fermer, ses 33 000 passages annuels se déporteraient sur le CHU, où la situation est déjà très tendue, à l’image de la majorité des hôpitaux publics. « Il y a un vrai risque sanitaire », met en garde le cancérologue Nicolas Albin. Le médecin craint qu’un nouvel actionnaire privé ne prenne la ­décision d’arrêter les remboursements de dépassements d’honoraires et les soins les moins rentables : un changement qui sonnerait le glas de l’égalité des patients et exclurait les moins fortunés de la Mut.

Une situation que la création d’une société coopérative d’intérêt collectif préviendra, espère le médecin. C’est avec cette nouvelle société, étendard de la démocratie en entreprise, où une personne est égale à une voix en assemblée générale, que le personnel de la Mut s’est porté candidat à son rachat le 10 février. « C’est une façon pour les médecins et les salariés de prendre leur destin en main et de défendre le statut d’Espic de la clinique », s’enthousiasme-t-il. Si le cancérologue admet que l’aspect financier du projet n’est pas encore au point, « il tient la route d’un point de vue médical ». Il est d’ailleurs appuyé par le maire Éric Piolle. « La Scic est un projet qui embrasse (les garanties d’une offre de soins précieuse) et il est donc tout à fait logique que la ville soutienne cette belle, riche et ambitieuse initiative », a-t-il écrit le 10 février dans un courrier de soutien. L’édile a aussi précisé que, dans le cas où la candidature de la coopérative serait retenue par Adrea Mutuelle, la ville de Grenoble s’allierait aux salariés et usagers, invités à prendre part au projet, dans sa gouvernance. Mais, pour le moment, la patience est de mise : l’actionnaire majoritaire de la clinique n’a pas encore communiqué sur l’avenir de la Mut.

Marie Toulgoat
Santé. Les Grenoblois au secours de leur clinique mutualiste (L'Humanité, Marie Toulgoat, 17 février 2020)

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