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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 07:35
Proche-orient. Le lâche abandon du peuple palestinien (Pierre Barbancey, L'Humanité, 30 janvier 2020)

Proche-orient. Le lâche abandon du peuple palestinien

Jeudi, 30 Janvier, 2020

Le plan présenté par Donald Trump donne le feu vert à Israël pour l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain. Le monde entier se tait.

 

C’est ce qui est appelé une répartition des rôles. Main dans la main, tels des marionnettistes, Donald Trump et Benyamin Netanyahou se sont partagé les effets d’annonce pour un « deal » qui se veut historique. De quoi contenter d’abord l’actuel locataire de la Maison-Blanche, marchand de biens de son état, pour qui le troc est une façon de faire de la politique. Devant un parterre choisi d’aficionados – des élus républicains, des représentants de l’aile droite de la communauté juive mais également des ambassadeurs de certains pays arabes –, Trump a dressé le cadre de ce qu’il a appelé son « plan de paix ». Il a pris bien soin de ne pas entrer dans les détails, mais les références bibliques à la Terre sainte laissaient peu de place à d’improbables interprétations.

À nouvelle politique, nouveau langage diplomatique

Rien d’étonnant en réalité puisque les États-Unis, depuis plusieurs mois, ont dit leur accord avec l’ensemble de la politique israélienne menée ces derniers temps sous la houlette de Benyamin Netanyahou. Le gendre de Trump, Jared Kushner, poussé dans ses retranchements par la journaliste de CNN, Christiane Amanpour, a lâché le morceau. Jusqu’à ce mardi qui restera très certainement dans les annales de l’histoire, la commaunauté internationale reconnaissait la ligne d’armistice de 1949 (brisée en juin 1967 par la guerre des Six-Jours), dite ligne verte, comme la frontière d’Israël. Peu importe pour celui qui a été chargé par son beau-père de dresser le fameux plan. Il l’a dit tout de go. « Peu importe 1967, ce qui compte c’est ce qui existe en 2020 », a-t-il expliqué en substance. Il est allé même plus loin, accusant les Palestiniens d’avoir « baisé » (screw up) toutes les chances qui leur avaient été offertes. À nouvelle politique, nouveau langage diplomatique.

Ce qui existe, c’est la politique du fait accompli poursuivie sans relâche par Israël depuis plus de cinquante ans maintenant. Une colonisation continue, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, visant à marginaliser toujours plus les Palestiniens sur leur propre territoire. Dans un livre (1), l’avocat israélien Michael Sfard, au combat exemplaire contre l’occupation dans les territoires palestiniens, décrit, arguments juridiques à l’appui, de quelle manière cette politique s’est forgée avec des arguties juridiques visant à aider les États soutenant Israël à accepter la politique du char, celle de la force, du dominant contre le dominé, du colonisateur contre le colonisé.

« Ma vision présente (…) une solution réaliste à deux États », a expliqué Donald Trump, évoquant un projet « gagnant-gagnant » pour Israéliens et Palestiniens. Gagnant-gagnant ? Israël a obtenu le feu vert des États-Unis pour annexer toutes les colonies de Cisjordanie et une bonne partie de la vallée du Jourdain. Il suffit de regarder la carte (page précédente) pour voir que cela ne laisse aux Palestiniens qu’un archipel dont on voit mal comment ces îlots pourraient constituer un État. Grande concession – mais absolument pas nouvelle –, un tunnel reliant la bande de Gaza aux territoires qui resteraient sous l’autorité palestinienne. Quelques arpents de sable du désert du Néguev seraient octroyés aux Palestiniens. Mais ce prétendu État n’aurait en réalité aucune prérogative. Il n’aurait même pas le contrôle des marchandises lui étant destinées et transitant par les ports d’Ashdod et d’Haïfa.

Plus le mensonge est gros, plus il passe

Le futur État palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs conditions, dont « le rejet clair du terrorisme », a martelé Donald Trump. Il a annoncé avoir envoyé une lettre à Mahmoud Abbas l’exhortant à saisir « une chance historique », et peut-être « la dernière », d’obtenir un État indépendant. « Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel État resterait ouvert et sans développement » de colonies israéliennes « pendant une période de quatre ans », a-t-il précisé. Plus le mensonge est gros, plus il passe. Quelques minutes plus tard, l’ambassadeur des États-Unis David Friedman vendait la mèche, affirmant qu’Israël pouvait annexer ses colonies « sans attendre ». Dont acte. Le gouvernement intérimaire de Benyamin Netanyahou va très certainement agir dans les tout prochains jours. Et il n’y a rien à attendre des prochaines élections israéliennes prévues le 2 mars prochain.

Pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l’International Crisis Group, le message adressé aux Palestiniens est clair et sans nuance : « Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer. » Le peuple palestinien se retrouve bien seul. Les pays arabes le soutiennent comme la corde le pendu. Si auparavant les capitales du Moyen-Orient entretenaient encore l’illusion, elles se sentent maintenant totalement affranchies de toute retenue. Le rapprochement des pays du Golfe avec Israël est maintenant une réalité. L’Arabie saoudite a dit « apprécier » les efforts de Donald Trump, tandis que l’Égypte a appelé Israéliens et Palestiniens à un examen « attentif » et « approfondi » du plan. Et les Émirats arabes unis ont même qualifié le plan de « point de départ important » pour les négociations de paix. Le Qatar a salué le plan tout en estimant que la paix ne serait durable qu’avec la naissance d’un État palestinien ayant « Jérusalem-Est pour capitale ». Mais ce n’est pas ce qui est envisagé. Serait octroyé aux Palestiniens le faubourg de Jérusalem Abou Dis. Pour le reste, il est évident que, contrairement au droit international, des populations seront déplacées, transférées. On parle même avec insistance d’« échanges » de populations de Galilée (au nord d’Israël) qui seraient envoyées en Cisjordanie !

Le droit de la force et la loi de la jungle

Seuls et abandonnés. Les Palestiniens ne peuvent même pas compter aujourd’hui sur l’Union européenne. À l’image de la France qui, via le ministère des Affaires étrangères, « salue les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix qu’il a présenté ». Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erekat, appelle l’Union européenne à reconnaître l’État de Palestine. Mais celle-ci fait la sourde oreille, prise dans ses propres contradictions politiques, économiques et de subordination à l’Otan sous contrôle des États-Unis.

Le peuple palestinien est la première victime de ce plan. Si celui-ci est mis en œuvre, les dégâts seront considérables dans l’ensemble du Moyen-Orient. D’autant que Trump et Netanyahou lient en réalité cette nouvelle étape de « normalisation » du Moyen-Orient à une confrontation tous azimuts avec l’Iran, présentée comme le grand Satan. Les répercussions risquent d’être terribles. En balayant d’un revers de main le droit international, le président américain et le premier ministre israélien affirment que les relations entre les pays et entre les peuples relèvent du droit de la force. De la loi de la jungle. La boîte de Pandore est ouverte. Dans les jours qui viennent, les manifestations vont se multiplier en Palestine. Et les soldats israéliens ont le doigt prêt à appuyer sur la détente avec la bénédiction de Donald Trump.

(1) Le Mur et la porte, Michael Sfard. Zulma « Essais ​​​​​​​», 672 pages, 25 euros. À paraître le 6 février.
Pierre Barbancey
Proche-orient. Le lâche abandon du peuple palestinien (Pierre Barbancey, L'Humanité, 30 janvier 2020)

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