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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 20:40
Portrait. Mary Lou McDonald, la révolution irlandaise - Thomas Lemahieu, L'Humanité, 13 février 2020

Portrait. Mary Lou McDonald, la révolution irlandaise

Jeudi, 13 Février, 2020 - L'Humanité

Sans coup férir, son parti, le Sinn Féin, a emporté les élections. Et celle qui a succédé à Gerry Adams tente désormais de rassembler une majorité de gauche.

 

Elle ne savait pas que c’était impossible, alors elle l’a fait. Son parti, le Sinn Féin, supplantant, avec 24,5 % des voix, les deux vieux partis conservateurs, le Fianna Fail (22,2 %) et le Fine Gael (20,9 %), qui dominaient sans partage le paysage politique depuis des décennies. C’était inimaginable jusqu’à ces dernières semaines. Une preuve parmi tant d’autres : la télévision publique a attendu les trois derniers jours avant le scrutin pour l’inviter au débat des « grands » candidats, avec le premier ministre sortant, Leo Varadkar (FG), et son éternel rival, l’ancien ministre des Entreprises dans un précédent gouvernement, Micheal Martin (FF)… À l’issue des législatives, samedi dernier, c’est elle, Mary Lou McDonald, la présidente du Sinn Féin, qui a le mieux formulé le sens du bouleversement sans précédent au sud de l’île. « Une révolution par les urnes », a-t-elle proclamé.

C’est son tour, en somme. Deux ans à peine après avoir pris le relais de Gerry Adams, la figure tutélaire du Sinn Féin pendant trente-cinq ans, adulée par les uns et honnie par les autres, cette Dublinoise, oratrice hors pair, dénuée de l’accent des Irlandais du Nord, compte bien devenir la première taoiseach – première ministre – de l’histoire de la République d’Irlande. Elle a entamé, hier, des pourparlers avec les autres forces de gauche, en commençant par les Verts, afin de tenter de constituer une majorité alternative, sans les deux partis traditionnels de droite.

Exit les caricatures, elle incarne le nouveau visage du Sinn Féin

Même si les chances de réunir suffisamment d’alliés pour constituer une coalition majoritaire demeurent ténues, la présidente du Sinn Féin met fin, sans doute pour longtemps, à la marginalisation de son courant politique, sur fond d’épuisement des forces conservatrices de droite, le Fianna Fail et le Fine Gael, l’un comme l’autre responsables des saccages austéritaires et de l’explosion des inégalités depuis une dizaine d’années. Mary Lou McDonald a réussi à élargir de façon décisive l’assise électorale de son parti, si longtemps cantonné sous la barre des 10 % en République d’Irlande et systématiquement renvoyé à la semi-clandestinité des temps de l’Armée républicaine irlandaise (IRA).

Sans lien intime avec cet héritage, avec ses parts de lumière mais aussi d’ombre, Mary Lou McDonald a, après un très bref passage au Fianna Fail – où militaient ses parents –, adhéré au Sinn Féin à la fin des années 1990, dans la foulée des accords du Vendredi saint qui ont ouvert un processus irréversible de pacification en Irlande du Nord. Pas encore adolescente, en 1981, quand Bobby Sands, l’un des grands héros de la cause républicaine irlandaise, meurt, au bout de sa grève de la faim, dans les geôles de Margaret Thatcher, « Mary Lou », comme ses partisans ont réussi à imposer leur familiarité dans les débats publics, n’offre guère de prise à ses adversaires, jamais en reste jusque-là pour caricaturer le Sinn Féin comme un gang de malfaiteurs, de voyous, voire de terroristes.

Dans ce contexte, le succès électoral du Sinn Féin est dû avant tout à son programme de rupture avec les politiques antisociales des gouvernements successifs à Dublin : baisse et gel des loyers, construction de logements sociaux, investissements dans l’hôpital public, refus de tout report de l’âge de départ à la retraite, etc. Mais pas seulement : la perspective du Brexit, conjugué au lent déclin démographique des protestants en Irlande du Nord, dope les revendications identitaires des républicains catholiques du Sinn Féin visant à une réunification de l’île. Avec son expérience d’eurodéputée – entre 2004 et 2009, elle a été la première élue du Sinn Féin à Strasbourg, où elle avait rejoint le groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) –, McDonald a beaucoup œuvré en coulisses dans les négociations entre Bruxelles et Londres : c’est le Sinn Féin qui a, en premier, réclamé un « statut spécial » pour l’Irlande du Nord, afin de préserver les accords de paix. Cela ne l’empêche pas de rester lucide sur l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui. « Il faudrait être imprudents pour ignorer les vrais problèmes de l’Union européenne, qui ont conduit tant de Britanniques à vouloir la quitter, lançait-elle fin janvier. Le projet européen est loin d’être parfait. »

Son discours progressiste apporte un renouveau au parti

Mary Lou McDonald a également joué un rôle décisif dans une forme de « laïcisation » de son parti, longtemps très conservateur lui-même, à l’image de toute la société irlandaise, sur des questions déterminantes comme celle des droits des femmes. Et ce mouvement a pu également jouer en sa faveur, après la victoire, en mai 2018, à plus de 65 % du oui à l’abrogation de l’article constitutionnel interdisant l’interruption volontaire de grossesse en Irlande. La présidente, discrètement engagée sur ces questions depuis de longues années, a su imposer le virage nécessaire au Sinn Féin, histoire de lui permettre de recoller avec une société finalement plus avancée qu’il n’y paraissait, en se focalisant sur ses seuls représentants politiques et, bien sûr, ecclésiastiques. Avec Mary Lou McDonald à sa tête, le Sinn Féin a de bonnes chances de garder longtemps sa longueur d’avance. Qu’elle parvienne, ou non, à former l’indispensable coalition gouvernementale capable d’imposer les politiques de progrès et de justice réclamées par les électrices et les électeurs. L’Irlande jadis réactionnaire a d’ores et déjà tourné la page.

Thomas Lemahieu
 
Portrait. Mary Lou McDonald, la révolution irlandaise - Thomas Lemahieu, L'Humanité, 13 février 2020

Succès historique du Sinn Féin en Irlande: Premières conséquences politiques du Brexit

Avec plus de 530 000 voix en vote de première préférence et 24,5% des voix aux élections législatives irlandaises du 8 février, le Sinn Féin s’impose comme le premier parti en voix dans les 26 comtés du sud de l’Irlande. Cela assure au parti républicain 37 sièges au Parlement de Dublin. Si l’on y ajoute les résultats des élections dans les six comtés du Nord de 2017, le Sinn Féin, avec 700 000 voix, est aujourd’hui le premier parti dans toute l’Irlande.

Pour la première fois depuis la partition de l’île en 1921, la domination des deux partis qui s’échangent ou se partagent le pouvoir au Sud, le Fianna Fáil et le Fine Gael, est remise en cause.

Le Sinn Féin a bâti ce succès historique en approfondissant son orientation républicaine et sociale et en l’adaptant aux nouvelles conditions créées par le Brexit. Son manifeste électoral, intitulé «Donner une pause aux travailleurs et aux familles», est fondé sur la fin des politiques d’austérité néo-libérales, avec des propositions concrètes sur le système public de santé (ouverture de 1500 lits et embauches de médecins et d’infirmier.e.s), des aides pour les travailleurs indépendants, des investissements d’un milliard d’euros dans les transports publics, l’opposition au recul de l’âge de départ à la retraite, la fin des arnaques de la part des compagnies d’assurance privées. Le Sinn Féin allie cette exigence sociale, chiffrée, à une ambition politique majoritaire allant jusqu’à se déclarer clairement candidat à exercer le pouvoir. La décomposition du gouvernement sortant, les menaces sur le système de retraites, les ravages de la spéculation immobilière et les scandales provoqués par les abus des assurances ont marqué la campagne électorale.

Si les enquêtes d’opinion concluent au fait que la question du Brexit n’a sans doute pas été déterminante dans le résultat de ces élections législatives, il n’en demeure pas moins qu’elle aura constitué une des toiles de fond de ces élections. Les résultats du Sinn Féin dans les régions frontalières ne sont pas fortuits. Le sort de l’Irlande, comme l’ensemble de la «relation future» entre le Royaume-Uni et l’UE, n’est pas définitivement réglé, loin s’en faut. L’accord trouvé n’est pour le moment que «transitoire». Le résultat du Sinn Féin au Sud, combiné avec la résolution de la crise politique provoquée par les Unionistes au Nord, est incontestablement un appui majeur pour que les intérêts sociaux et démocratiques du peuple irlandais soient respectés dans ce contexte. Le Sinn Féin défend, à raison, l’application intégrale des accords de paix de 1998, dits «Accords du Vendredi saint», l’établissement d’un comité parlementaire sur l’unité de l’Irlande, et la perspective d’un référendum sur l’unité organisé à la fois au Nord et au Sud. Car le Brexit pose effectivement cette question.

Fabien Roussel a réaffirmé au Sinn Féin la profonde solidarité du PCF et lui a exprimé ses félicitations pour le résultat des élections. La solidarité historique du PCF avec la lutte du peuple irlandais et avec le Sinn Féin reste pleine et entière!

Vincent BOULET
Responsable Europe du PCF

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