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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 06:55

 

Au Salon de l’agriculture, qui se tient jusqu’à dimanche, le sujet provoque des remous. Après l’échec des plans de réduction, les distances d’épandage autour des habitations provoquent la colère. Comment en finir avec la chimie et amorcer la transition ?

Au stand du syndicat majoritaire, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), on a beau chercher une conférence sur la sortie des produits phytosanitaires comme les appelle l’agro-industrie : rien. On y trouve en revanche « Le lancement de la campagne des protections individuelles des phytos ». Certes, le sujet est délicat et difficile à résoudre : « On ne peut pas dire aux agriculteurs : “Produisez beaucoup et pas cher”, avec des pratiques de plus en plus complexes, en leur enlevant les produits phytosanitaires », prévient d’emblée un producteur de céréales. Et pour cause ! Cela signifie rompre avec soixante ans de pratiques d’un système agricole qui fait de ces produits une arme de compétitivité et enferme les paysans dans des voies sans issue. Après douze ans de plans visant à en réduire l’utilisation, celle-ci a grimpé de 25 % entre 2009 et 2018. Massivement utilisés depuis la Seconde Guerre mondiale, herbicides, insecticides et fongicides permettent certes de lutter contre les maladies, plantes concurrentes ou ravageurs des cultures, mais à quel prix ? « À force, on a détruit les sols et la biodiversité », explique Jean-Marie Le Boiteux, professeur de biologie-écologie dans l’enseignement agricole.

1 Réorienter les aides

La politique agricole commune (PAC) a rempli sa mission fixée dès 1962 : nourrir la population européenne. Mais « elle a soutenu la productivité des systèmes en remplaçant le travail humain par la mécanisation et les intrants chimiques », explique Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, dont le syndicat propose « d’interdire les aides publiques à l’agriculture industrielle ». De fait, la PAC, 38 % du budget européen, a favorisé la concentration des exploitations : sur les 9 milliards d’euros alloués à la France tous les ans, deux tiers sont des aides à l’hectare. Cela a fortement incité à l’agrandissement, à la concentration des exploitations. « En même temps qu’on intensifiait et spécialisait les territoires, on a dû simplifier, l’emploi de la chimie a été une solution », continue Thibault Leroux, chargé de mission agriculture à France Nature Environnement (FNE). Une des clés serait donc de réorienter les aides de la PAC. Pour commencer, on pourrait « plafonner les primes pour mieux financer une agriculture moins industrielle », abonde Pierre Thomas, le président du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux). La plateforme Pour une autre Paac (politique agricole et alimentaire commune européenne), qui regroupe près de 40 organisations, propose de consacrer au moins 50 % du budget de la prochaine PAC (2021-2027) au maintien et au développement réel de systèmes agroécologiques. « Tant que l’on ne soutient pas un système qui va dans ce sens, on sera bloqué », conclut Thibault Leroux.

2 Assurer un revenu décent aux paysans

« Quand on a la tête dans le guidon, impossible d’envisager l’avenir et d’imaginer une agriculture sans chimie », lâche Pierre Thomas, le président du Modef. Selon l’Insee, 22 % des agriculteurs vivaient en 2016 sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 026 euros par mois. Un sur trois doit se contenter de moins de 350 euros par mois. Où va l’argent ? « Aux vendeurs de pesticides, aux industries de transformation et à la grande distribution », énumère l’éleveur de bovins bio dans l’Allier. Changer de système de production permettrait d’inverser cette tendance. « C’est complexe, il faut tout repenser », explique Jean-Marie Le Boiteux, secrétaire général du Snetap-FSU (Syndicat national de l’enseignement technique agricole public).

Ainsi, on pourrait « rémunérer les paysans en fonction de l’effort écologique consenti », propose le collectif Pour une autre PAC. Tout comme il est urgent de fixer des prix rémunérateurs. L’État, là, doit jouer son rôle. « Sauf qu’il n’y a pas de réelle volonté politique », dénonce Nicolas Girod. Il faudrait d’autant plus assurer un revenu « qu’on ne peut imaginer la sortie des pesticides sans augmenter le nombre d’actifs ». De fait, l’agriculture a subi un plan social massif : en 2018, selon les derniers chiffres de la Mutualité sociale agricole, il y avait 448 500 chefs d’exploitation, contre 513 600 dix ans plus tôt. Et 1,1 million en 1988.

3 Changer les pratiques vers l’agroécologie

Sur le plan agronomique, « beaucoup de techniques sont déjà connues depuis très longtemps, mais pas forcément simples », reconnaît Pierre Thomas. Cela passe notamment par la réintégration des pratiques agroécologiques. À chaque terroir, à chaque production, ses solutions. D’abord, « il faudrait allonger les rotations de culture et les diversifier », explique Thibault Leroux, de la FNE. Ce qui permet de limiter le retour des maladies. En clair, il faut en finir avec la spécialisation, celle des grandes cultures (maïs, blé, colza) dans le bassin parisien et de l’élevage (porc, lait) dans l’Ouest. Il faudrait aussi parvenir à mettre en place des prairies temporaires et incorporer des légumineuses comme les luzernes pour nourrir les animaux. Ce qui éviterait des importations de soja OGM d’Argentine, du Brésil ou des États-Unis. « À chaque terroir, des solutions locales, adaptées », prône le militant. Dans le Sud, par exemple, des variétés moins gourmandes en eau. Ou plus résilientes. Cela suppose aussi d’ « investir massivement dans la recherche agronomique », pointe Pierre Thomas.

4  Enseigner autrement l’agriculture

C’est dans les 200 lycées publics agricoles que se joue l’avenir des paysans et de nos assiettes : « Il faut montrer comment il est possible de produire autrement », revendique Jean-Marie Le Boiteux. Si l’agroécologie est entrée dans ces lycées agricoles en 2014, « elle reste une option parmi d’autres. Il faudrait que les programmes entiers soient construits autour de cet objectif de transformation ». Il le reconnaît : « C’est bien plus compliqué que quand on donnait une recette à suivre. Là, il faut transmettre une manière de raisonner globalement. » Difficile à faire passer depuis que la seule FNSEA siège aux commissions professionnelles consultatives – auparavant tripartite – chargées de définir les programmes. « C’est quand même un élément essentiel de blocage. » Enfin, pour l’enseignant, « les exploitations des lycées agricoles doivent servir de lieux d’expérimentation d’agroécologie. L’État doit les financer ».

5Partager et protéger le foncier

Alors qu’un tiers des agriculteurs partira à la retraite d’ici dix ans, « il faut installer plus de jeunes, en redistribuant une partie des terres pour que les exploitations soient moins concentrées », revendique Pierre Thomas. Le système d’accès aux terres est complexe. « Au départ d’un exploitant, la priorité va souvent à l’agrandissement d’autres », explique Max Schaffer, le directeur d’Optim-ism, une association qui promeut le bio et l’installation en Bretagne. L’échange de foncier agricole se fait via des commissions, et notamment les Safer, dans chaque département. « Les seuils ont été relevés. Il y a donc une partie d’échanges de fonciers qui n’est plus contrôlée, mais seulement soumise à déclaration », dénonce Nicolas Girod, qui, avec le Modef et les Jeunes agriculteurs, demande une nouvelle loi foncière pour « partager et protéger la terre ».

L’enjeu est d’autant plus grand que les terres agricoles disparaissent à vitesse grand V : 20 000 hectares sont artificialisés chaque année, selon un rapport de France Stratégie de 2019. Une autre partie est en friche. « L’enfrichement est au moins autant responsable de la perte de terres agricoles que le phénomène d’artificialisation », concluait un rapport parlementaire sur le foncier de décembre 2018. Des friches qui pourraient être remises en culture sans pesticides.

Pia de Quatrebarbes

 

SUIVRE L’EXEMPLE DU DIMÉTHOATE

En 2016, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire et de l’alimentation (Anses) interdit le diméthoate, un insecticide dangereux pour la santé humaine. Le produit était utilisé contre la Drosophila suzukii, un moucheron qui ravage les cerises. Interdire ce pesticide en France, alors que toute l’Europe l’utilisait, revenait à laisser les producteurs français plonger. « Le gouvernement a, à l’époque, activé une clause de sauvegarde, une disposition du droit européen. Il a ainsi pu interdire les importations sur le sol français de cerises en provenance de pays où la molécule était autorisée », relate Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. La majorité des pays producteurs de cerises ont fini par interdire l’insecticide eux aussi pour avoir accès au marché français

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