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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 07:36
Leïla Shahid à Brest, au côté de Claude Léostic, ancienne présidente de la plateforme française des ONG pour la Palestine, le 31 octobre 2019 (photo Ismaël Dupont)

Leïla Shahid à Brest, au côté de Claude Léostic, ancienne présidente de la plateforme française des ONG pour la Palestine, le 31 octobre 2019 (photo Ismaël Dupont)

Leïla Shahid : « Trump et Netanyahou ont pris en otage la question israélo-palestinienne »

Mercredi, 29 Janvier, 2020 - L'Humanité

Ancienne ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid dénonce la collusion entre Trump et Netanyahou, et regrette le peu de poids des Européens.
 

Leïla Shahid

Ancienne ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne

Quel est le but ultime recherché par Donald Trump avec ce plan?

Leïla Shahid Nous assistons à une mascarade rarement vue dans la politique internationale, entre deux hommes qui sont en train de couler. Trump fait face à une enquête qui pourrait lui coûter très cher pour entreprendre un deuxième mandat. Netanyahou est à quelques semaines d’une élection et espère, en annonçant un soi-disant plan de paix, prendre le pas sur son adversaire, Benny Gantz. Il est assez effrayant de voir comment la paix et la stabilité dans le monde dépendent de deux hommes qui sont comme des chiens enragés pour rester au pouvoir. Ils ont pris en otage la question israélo-palestinienne. Il est tragique de voir comment les puissances dans le monde, à commencer par l’Union européenne, n’arrivent pas à compter face à cette immense manipulation. Ce « plan de paix », dont on parle depuis trois ans, est soudainement révélé le jour même où le Sénat américain doit statuer sur Trump et la Knesset sur Netan- yahou. Il ne faut pas être naïf.

Ce qu’ils proposent, d’ailleurs, ne correspond qu’à ce qui peut leur rapporter des voix afin de rester au pouvoir. Ce faisant, nous assistons à la décomposition des relations internationales. Nous payons également la facture de la division de l’Union européenne. Comment peut-on proposer un accord en l’absence d’une des parties principales, la partie palestinienne ? Il n’y a même pas une partie arabe. Ceux qui ont assisté en juin, au Bahreïn, à la première phase du plan, la phase économique, ne représentent que leur pays et ils n’ont parlé que d’argent. Le conflit israélo-palestinien a toujours été au cœur de ce qui se passe en Méditerranée. Jamais ça n’a été aussi clair qu’aujourd’hui. Mais ils ont fabriqué un ennemi fictif qui s’appelle l’Iran et sont prêts à susciter un nouveau conflit.

Depuis que ce plan est évoqué, Trump n’a jamais parlé d’un État palestinien. Qu’est-ce qu’il faut comprendre ?

Leïla Shahid S’il devait y avoir un État palestinien, Donald Trump n’aurait pas déclaré que Jérusalem est la capitale de l’État d’Israël, il n’aurait pas annulé les résolutions concernant les réfugiés, il n’aurait pas arrêté l’aide aux Palestiniens, il n’aurait pas fermé l’ambassade de Palestine à Washington, il n’aurait pas soutenu Israël uniquement comme l’État du peuple juif. C’est pour cela que le président Abbas ne parle pas à Trump et à Netanyahou depuis plus d’un an et demi.

Ils auront beaucoup de mal à faire adopter ce plan. Ils seront surpris. Pas seulement par les Palestiniens, pour qui il est hors de question d’accepter un tel plan et qui retrouveront peut-être leur unité. Et ça va redonner du tonus à ceux qui, dans le monde arabe, défendent leur dignité, comme les Libanais, les Algériens ou les Irakiens qui se lèvent pour réclamer leurs droits.

Ce plan est une tentative pour revenir à l’annexion totale des territoires palestiniens, exclure la question des réfugiés et celle de Jérusalem. Mais cela va plus loin. Ils cherchent à dire ainsi que l’État des Palestiniens est en Jordanie. C’est pour cela qu’Abdallah II, le roi jordanien, est en tournée actuellement. Il met en garde sur les conséquences pour le royaume hachémite dont on voudrait faire l’alternative à un État palestinien. Il est évident que cela ne marchera pas. Mais cela va aggraver la déstabilisation de la région. Ils prennent en otage la partie la plus faible, qui est sous occupation militaire.

Quelle est la marge de manœuvre des Palestiniens ?

Leïla Shahid Elle n’est plus d’ordre diplomatique pour une bonne et simple raison qu’il n’y a plus de diplomatie au Proche-Orient. Ni chez les Palestiniens, ni chez les Égyptiens, ni chez les Jordaniens. Depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir, il a détruit tout ce qu’on appelle les termes de référence des négociations de paix qui ont commencé en 1993. Cela fait vingt-sept ans que nous essayons de discuter. Mais il est évident qu’il n’y a aucune négociation de paix. Ce qui est nouveau est que le premier ministre israélien a avec lui un président américain qui se fiche du droit international, de l’équilibre international, de la paix. Nous sommes dans un monde de brutes, un monde qui a perdu ses repères.

Les Palestiniens se battent depuis un siècle. Ils ne se font pas d’illusions. Le monde arabe a été scindé en deux avec la défection de l’Arabie saoudite, des émirats arabes unis et du Bahreïn, à cause du conflit avec l’Iran, qui se retrouvent alliés aux Israéliens. Il y a une situation de guerre civile provoquée par les Américains avec l’occupation de l’Irak en 2003 qui a abouti à la décomposition de ce pays. C’est également le cas de la Syrie. Je redoute ce qui peut se passer au Liban. Sans parler de la Libye et du Yémen. Les pays arabes ont été collectivement en faveur des Palestiniens et de leurs droits. Ce monde arabe est décomposé.

Après un siècle de luttes, je ne pense pas qu’un an ou deux de plus ou de moins vont changer quelque chose. Nous sommes arrivés au bout d’une approche de négociations directes. Les accords d’Oslo sont morts depuis longtemps, malheureusement. L’Union européenne était une alternative à la super-puissance américaine. Aujourd’hui, il n’y a même plus ce minimum d’accord qui existait auparavant entre Washington et Bruxelles. Il faut donc que les Palestiniens retrouvent leur capacité à rester sur leur territoire, d’être résilients et de continuer à être ouverts, c’est-à-dire proposer une coexistence avec Israël mais sur des bases claires : un État qu’Israël respectera. Ce qui est loin d’être l’idéologie de ceux qui gouvernent Israël aujourd’hui.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey
Leïla Shahid, entretien avec Pierre Barbancey :  Trump et Netanyahou ont pris en otage la question israélo-palestinienne (L'Humanité, 29 janvier 2020)

Proche-orient. Washington et Tel-Aviv rayent les Palestiniens de la carte

Mercredi, 29 Janvier, 2020 - L'Humanité

Donald Trump et Benyamin Netanyahou se sont mis d’accord pour dépecer la Cisjordanie. Toutes les colonies doivent être annexées à Israël, de même qu’une grande partie de la vallée du Jourdain.

 

En présentant son « plan du siècle » pour le Proche-Orient depuis la Maison-Blanche, Donald Trump arborait, hier, sa tête des grands jours, fier de lui, dominateur et méprisant. À ses côtés, le premier ministre israélien, son « ami » Benyamin Netanyahou, qui, lui aussi, ne cachait pas sa joie. Et pour cause. La carte est sans ambiguïté. Pas un dirigeant israélien n’avait osé en rêver. Trump l’a fait. Sous les yeux admiratifs des leaders du Parti républicain et des représentants les plus à droite de la communauté juive des États-Unis, il a, d’un trait de plume, cassé la Cisjordanie, en glissant toutes les colonies d’implantation dans les nouvelles frontières d’Israël. C’est ce qu’on appelle une annexion totale. Pareil pour la majeure partie de la vallée du Jourdain. C’est ce qu’il qualifie d’« un grand pas vers la paix», parlant d’une «solution à deux états réaliste» et saluant «le courage» de Netanyahou! Mais Jerusalem est«une capitale indivisible», a -t-il affirmé sous les applaudissements d’une salle qui lui était toute acquise. «Mais je l’ai déja fait pour vous», a-t-il lancé, en référence au transfert de l’ambassasde américaine dans cette ville, ce qui ne l’a pas empêché d’évoquer une hypothétique capitale palestinienne dans une partie de Jérusalem-Est (sic).

Trump parle surtout des nouvelles frontières d’Israël

En l’espace de quelques mois, les États-Unis ont reconnu l’annexion par Israël du plateau du Golan syrien, occupé depuis 1967, reconnu également Jérusalem comme capitale d’Israël, allant même jusqu’à y transférer l’ambassade américaine, jusque-là à Tel-Aviv. Récemment, les autorités américaines ont fait savoir qu’elles ne considéraient pas les colonies d’implantation juives en Cisjordanie comme contraires au droit international. C’est le côté « récompenses » pour Israël. S’agissant des Palestiniens, il en va tout autrement. Les États-Unis ont suspendu, depuis septembre 2018, leur aide à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) et entendent maintenant ne plus considérer comme réfugiés les descendants des victimes de la Nakba (la catastrophe, en arabe, référence au départ forcé des Palestiniens en 1948), dont le but est d’en finir avec le droit au retour de ces réfugiés comme reconnu par la résolution 194 de l’ONU. Quant à la conférence qui s’est tenue au Bahreïn en juin 2019, portant sur le volet économique de ce plan et à laquelle les représentants palestiniens ont refusé de participer, elle s’est soldée par un échec, tant la démarche était grossière.

Netanyahou peut bien qualifier Donald Trump de « plus grand ami qu’Israël ait jamais eu ». Les Israéliens sont les grands gagnants de ce qui s’apparente de plus en plus à une grande escroquerie. À la veille de cette présentation, le président américain avait reçu, séparément, le premier ministre israélien et son adversaire électoral Benny Gantz. Il leur aurait demandé de mettre en œuvre ce plan immédiatement. « Vous avez six semaines pour cela, si vous le voulez », leur a-t-il dit, selon un officiel états-unien. Netanyahou, qui espère encore gagner le scrutin législatif prévu le 2 mars en Israël – le troisième en moins d’un an –, compte d’abord annexer la colonie de Ma’aleh Adumim, la troisième plus grande de Cisjordanie, où vivent 38 000 personnes, situé à cinq kilomètres de Jérusalem-Est et sur la route menant à la ville palestinienne de Jéricho. De longue date, les Palestiniens ont fait remarquer qu’une telle éventualité signifierait la non-continuité de leur futur État. Après Ma’aleh Adumim, la vallée du Jourdain serait dans le collimateur israélien mais son annexion demande plus de doigté car cela pourrait déstabiliser la Jordanie voisine, l’un des deux pays arabes, avec l’Égypte, à avoir signé un traité de paix avec Israël.

Mais cet État est-il vraiment envisagé par Trump ? Il parle surtout des nouvelles frontières d’Israël. Les territoires palestiniens seraient totalement morcelés. Et qui dit territoire dit habitants. Quid des Palestiniens vivant actuellement dans les zones où se trouvent les colonies qui pourraient être annexées ? Il est évoqué un statut de résident, à l’instar de ce qui est pratiqué à Jérusalem-Est. Mais on parle aussi beaucoup de déplacement de population. Fervent soutien du plan, le leader chrétien évangéliste Mike Evans, par ailleurs « conseiller pour la foi » de Donald Trump, mis dans le secret la veille, a précisé que cet « État » palestinien doit être démilitarisé et « n’aura pas le contrôle de l’espace aérien aux Palestiniens, pas plus que l’habilitation à signer des traités ».

Depuis plusieurs mois, le président Mahmoud Abbas refuse toute discussion avec Trump. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) pas plus que le Hamas ne peuvent accepter un tel plan. Les États-Unis le savent. Peu leur importe en réalité. Fin 2018, Jared Kushner, gendre de Trump, évoquait une possible publication de ce plan, même sans les Palestiniens, allant jusqu’à dire: « Nous n’avons pas besoin d’eux. » Ces Palestiniens méprisés pourraient pourtant très vite se rappeler au bon souvenir de Washington et de Tel-Aviv. Aujourd’hui ils devraient descendre par milliers dans les rues des villes de Cisjordanie et de Gaza pour crier leur refus. C’est la « Journée de la colère ». L’armée israélienne a été mise en état d’alerte. Sans doute le début d’une révolte de grande ampleur. En satisfaisant son ami Netanyahou, Trump vient tout simplement de mettre le feu au Proche-Orient.

Pierre Barbancey

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