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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 07:32
Le Caire (2018)

Le Caire (2018)

Égypte. Moubarak est mort sans avoir rendu de comptes aux Égyptiens

Mercredi, 26 Février, 2020

Président pendant trente ans, renversé par la déferlante révolutionnaire de février 2011, l’ex-militaire s’était employé à couvrir son pays d’une chape de plomb.

 

L’ancien président égyptien Hosni Moubarak, qui a régné pendant trente ans sur l’Égypte, renversé en 2011 par un soulèvement populaire qui réclamait la justice sociale et la fin de la répression policière, est décédé mardi à l’âge de 91 ans, dans un hôpital militaire. Des funérailles militaires en son honneur sont organisées aujourd’hui.

Rien ne le prédestinait à être président. Numéro deux du régime, il se trouvait derrière Anouar el-Sadate lorsque celui-ci a été tué lors d’une parade militaire. Immédiatement installé, il a fait de la stabilité et de la sécurité les principes de son pouvoir avec, comme piliers, la police, les services de renseignements et lui-même, se présentant comme l’homme capable d’empêcher le chaos. Il avait bien compris que, pour gagner les faveurs des pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, il fallait montrer patte blanche et se faire le garant de l’accord de paix avec Israël, signé par son prédécesseur, et s’investir, avec modération, dans la résolution du « conflit » israélo-palestinien. Peu importait alors, pour Washington, Paris ou Londres, qu’il maintienne l’état d’urgence qui se traduisait, pour les Égyptiens, par une restriction des libertés civiles, une quasi-interdiction de rassemblement et un développement des arrestations arbitraires et des emprisonnements sans charge. Les États-Unis allaient même jusqu’à verser à l’égypte 2 milliards de dollars par an en aide militaire et économique.

Sous sa présidence, il a fait de l’armée un état dans l’état

Aimant se présenter comme le père de tous les Égyptiens, Hosni Moubarak, né en 1928 dans le delta du Nil, avait du bagout. On l’entendait souvent dénoncer la corruption et le népotisme dans un pays qui souffrait (et souffre encore) de conditions économiques qui font la part belle au secteur privé. Ce n’était que paroles. Il entendait se faire remplacer à la tête de l’État par un de ses fils, Gamal, et son entourage – familial et amical – croquait à pleines dents dans les opportunités financières qui s’offraient, au détriment du peuple soumis à toutes les contraintes. L’armée, dont il était issu, a ainsi pu devenir un État dans l’État, contrôlant de larges secteurs économiques (routes, transports, tourisme, etc.) Selon l’Unicef, en 2009, 25 % des enfants de moins de 15 ans vivaient dans la pauvreté.

Sous Moubarak, la démocratie n’était qu’un vernis. Toute opposition était muselée. Les organisations progressistes, dont le Parti communiste, étaient démantelées et poursuivies. Ce fut également le cas des Frères musulmans, mais ces derniers bénéficiaient de l’espace existant – le pouvoir ne pouvait s’y attaquer – au sein du réseau des mosquées, d’où les discours politiques emplissaient la sphère publique, et les organisations caritatives relayaient les messages de la confrérie. Comprenant cela, Moubarak a favorisé l’émergence du mouvement salafiste, opposé aux Frères musulmans, rapidement soutenu par l’Arabie saoudite.

À vrai dire, Hosni Moubarak avait une pauvre idée de ce dont l’Égypte et les Égyptiens avaient besoin. La révolte qui a éclaté en 2011 l’a visiblement surpris. Alors que des millions de personnes se rassemblaient dans les villes, comme sur la place Tahrir, au Caire, pour crier « Le peuple veut la chute du régime », il continuait ses atermoiements. L’ami américain avait bien compris que l’homme était fini. Dans une ultime manœuvre pour sauver le régime, le redoutable chef des services de renseignements, Omar Suleiman, était nommé vice-président. Mais il était déjà trop tard. Le 10 février 2011, alors que tout le monde attendait qu’il annonce sa démission dans un discours télévisé, il n’abdiquait toujours pas. Le lendemain, 11 février, Omar Suleiman lisait une déclaration signant la fin du règne de Moubarak, après dix-huit jours de manifestations et 800 morts. Sous la pression de la rue, alors que les chefs militaires voulaient le laisser libre, il était enfin arrêté. Dans une mise en scène digne des meilleures séries B, il se présentait devant la cour chargée de le juger allongé sur un lit roulant. D’abord condamné à la prison à vie, une peine commuée en appel. Il a finalement recouvré sa liberté en mars 2017 et fini sa vie tranquillement, dans un hôpital militaire avec vue sur le Nil.

Pierre Barbancey
Égypte. Moubarak est mort sans avoir rendu de comptes aux Égyptiens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 février 2020)

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