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21 février 2020 5 21 /02 /février /2020 06:00
Allemagne. Le fascisme tue près de Francfort - Vendredi, 21 Février, 2020

"Pensées pour les 9 victimes de l'attaque survenue à Hanau, en Allemagne, qui visait deux bars à chicha. Les premiers éléments de l'enquête ne laissent guère de doute sur le fait qu'il s'agit d'un acte terroriste raciste. Soutien et solidarité avec les familles" - Ian Brossat

 

Allemagne. Le fascisme tue près de Francfort

Vendredi, 21 Février, 2020

La quasi-totalité des neuf victimes de la nouvelle attaque terroriste de l’ultradroite à Hanau, près de Francfort, sont des migrants turcs ou kurdes. Troisième du genre en moins d’un an, elle intervient dans un climat politique délétère sur fond de banalisation des idées nationalistes.

 

Neuf personnes ont été abattues et cinq autres grièvement blessées dans la nuit de mercredi à jeudi à Hanau, dans la banlieue de Francfort, alors qu’elles fumaient le narguilé au Midnight, un bar à chicha où elles buvaient un verre près d’un kiosque fréquenté par des migrants d’origine turque ou kurde. Le message laissé par le meurtrier, qui a perpétré seul, semble-t-il, ce bain de sang, ne laisse aucun doute sur ses motivations « profondément racistes », selon les mots de Peter Frank, le procureur général, qui diligente l’enquête déclenchée par le parquet fédéral antiterroriste. Il devait également souligner que l’auteur du massacre, trahi par le numéro minéralogique de son véhicule, avait pu être rapidement retrouvé à son domicile. Il y gisait mort aux côtés du corps de sa mère retrouvé également sans vie.

Avant de passer à l’acte puis de se suicider, Tobias R. a rédigé un sordide manifeste nationaliste et xénophobe de 24 pages qu’il a posté sur Internet pour signer son geste. Inconnu des services de police, il avait acquis une autorisation de port d’armes en tant que membre d’une association sportive pratiquant le tir.

Le plus terrible dans cet attentat est qu’il intervient dans un contexte politique très lourd, marqué par l’ascension et la banalisation de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le parti d’extrême droite était, il y a seulement une dizaine de jours, au cœur d’un retentissant scandale qui n’a pas fini d’ébranler le monde politique germanique. Des élus de droite (libéraux et chrétiens-démocrates) du Parlement de Thuringe ont mêlé leur voix à celles de l’AfD pour destituer le ministre-président, Bodo Ramelow (Die Linke), qui dirigeait le Land avec le SPD et les Verts, à la tête d’une coalition de gauche minoritaire.

L’État alerté depuis des années

Björn Höcke, le chef de file de l’AfD, qui obtint près de 24 % des suffrages à l’élection régionale du 27 octobre dernier, est une figure de « l’aile » (Der Flügel), la tendance présentée comme la plus radicalement nationaliste du parti. Il a dénoncé le monument mémoriel à l’holocauste juif installé au cœur de Berlin comme étant « une honte pour l’Allemagne ». Un « dérapage » pas vraiment incompatible avec la ligne générale d’un parti aussi violemment xénophobe que monétariste et anti-euro, puisque l’un de ses dirigeants les plus médiatisés, Alexander Gauland, président du groupe AfD au Bundestag, a qualifié, lui, la période nazie de « fiente d’oiseau » au regard de l’histoire nationale de l’Allemagne.

La banalisation de ces idées nationalistes nourrit le climat politique délétère qui suscite la vocation de fanatiques comme celui de Hanau. « Nous alertons l’État depuis des années sur ces dangers », a déclaré Ali Ertan Toprak, le président de la communauté kurde d’Allemagne, qui paye semble-t-il le plus lourd tribut dans l’attentat de ce mercredi soir.

La chancelière, Angela Merkel, est intervenue solennellement pour dénoncer « le racisme et la haine », « des poisons » qui menacent la démocratie comme la stabilité du pays. Les propos sont justes mais ils se répètent de scandale en scandale et de tragédie en tragédie sans un mot pour le fond de l’immense malaise qui traverse toute une société de plus en plus inégalitaire et dont la cohésion sociale est toujours plus mise à mal. C’est lui qui alimente la crise politique majeure que traverse le pays, au moins depuis les élections législatives de 2017, marquées par l’entrée en force de l’AfD au Bundestag.

Admiratif de Donald Trump

C’est le troisième et de loin le plus meurtrier des attentats fascistes commis en un an dans le pays. En juin dernier, un conseiller d’arrondissement de Kassel, Walter Lubke, membre de la CDU, a été abattu chez lui par un tueur, rattaché à un réseau de nationalistes ultras. Il avait eu le tort de se prononcer publiquement en faveur d’un meilleur accueil des migrants. En octobre, juste avant l’élection régionale de Thuringe, un autre meurtrier « solitaire », lourdement armé, s’en était pris à une synagogue de la ville de Halle, non loin de Leipzig. Miraculeusement, la porte de l’édifice religieux, plein car y était célébrée la fête de Yom Kippour, est restée close ce qui a empêché là aussi un bain de sang. Le jeune meurtrier avait néanmoins fait deux victimes en attaquant un restaurant de kebab et en exécutant une passante qui protestait.

Le « manifeste » posté par le tueur de Hanau est on ne peut plus édifiant. Il développe une hiérarchie de l’humanité au sommet de laquelle figurent « les Allemands » et au sein de laquelle les migrants, « inefficients et incapables », n’ont pas leur place. Il énumère deux douzaines d’États dont les populations « devraient être détruites ». L’assassin développe également une série d’assertions complotistes, selon lesquelles les États-Unis et, derrière eux, le monde occidental seraient menacés par une cinquième colonne très organisée et au fait des meilleures technologies de l’information.

Le passage le plus terrifiant du « manifeste » tient à l’admiration que le meurtrier voue à Donald Trump. Il appuie, sans surprise, la démarche du président des États-Unis qui vise « à la construction d’un mur avec le Mexique ». Mais il défend aussi l’idée qu’un milliardaire serait, « en raison de sa personnalité », le mieux à même de mettre l’économie américaine sur les bons rails. Et fournirait donc le moyen à la superpuissance de… sauver l’Occident. Des centaines de milliers de citoyens s’étaient donné rendez-vous hier soir à Francfort, Hanau et dans une soixantaine de villes allemandes, pour rendre hommage aux victimes et dire stop.

Bruno Odent

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