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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 06:59

 

Journaliste retraité, auteur de plusieurs livres récents sur l’agriculture et les enjeux climatiques, collaborateur régulier du site internet de l’Humanité, Gérard Le Puill, qui fut aussi paysan puis ouvrier d’usine entre de 1965 à 1983, a regardé hier soir l’allocution du président de la République. Il nous livre ses impressions.

 

Gérard Le Puill, en mai 2019, la publication de votre livre « Halte aux spoliations » (1) était une lettre ouverte au président Macron que vous accusiez de mener une politique spoliant les retraités, mais aussi les salariés et les paysans tout en ne faisant rien pour lutter contre le réchauffement climatique. Quel regard portez-vous huit mois plus tard sur son allocution de fin d’année ?

Gérard Le Puill. Le président de la République a cherché à nous parler de l’avenir du pays de manière assez vague dans le but évident d’occulter son bilan. S’agissant des actuels retraités dont je fais partie, il a réduit les pensions nettes de 10 millions d’entre nous de 1,82 % dès janvier 2018 en augmentant la CSG de 1,70 % sur les pensions brutes. Leur non-valorisation en cette même année 2018, pourtant indispensable pour tenir compte de l’inflation, a entraîné une baisse supplémentaire de leur pouvoir d’achat de 1,2 %. Ensuite, la petite hausse de 0,3 % en 2019 a réduit d’un nouveau point le pouvoir d’achat de ces mêmes retraités. Au total ils ont perdu au moins 4 % de pouvoir d’achat en deux ans. Du jamais vu avant l’arrivée de l’actuel chef de l’État à l’Élysée. Emmanuel Macron a débuté son quinquennat en commençant par spolier les retraités pour une raison simple. Il considérait qu’ils étaient moins bien armés que les actifs pour défendre leurs revendications. Mais ils ont souvent été les premiers à descendre dans la rue depuis deux ans. Au-delà de l’injustice qu’ils subissent après une vie de travail et de cotisations pour acquérir des droits, la remise en cause de ces droits, via une baisse sensible du pouvoir d’achat, révèle le cynisme politicien du président des riches qu’est vraiment Emmanuel Macron.

 

Qu’avez-vous pensé de sa volonté réaffirmée de mettre en place le système de retraite par points ?

Gérard Le Puill. Depuis son élection, le président Macron répète, sans rien démontrer, que le système par point est le plus égalitaire et le plus juste qui soit puisque, selon lui, « chaque euro cotisé donne les mêmes droits pour tous ». Non, il est seulement le système le plus individualisé. Avec ce système, les personnes qui ont été victimes de pertes d’emplois plusieurs fois dans leur vie, les obligeant à repartir à zéro après une période de chômage, ne bénéficieront d’aucun mécanisme de correction au moment de prendre leur retraite. Or regardons le fonctionnement de l’actuel système de la Caisse Nationale d’Allocation Vieillesse (CNAV) qui verse la pension de base des travailleurs du secteur privé. Il prend en compte les 25 meilleures de la carrière de chacun et de chacune pour le calcul de la pension. Cela donne un meilleur résultat que sur l’ensemble de la carrière. La CNAV calculait même cette pension sur les dix meilleures années jusqu’en 1993, année où est intervenue la réforme du premier ministre Balladur, sous le second mandat présidentiel de François Mitterrand. Moi je suis né en 1941 et la pension que je perçois de la CNAV a été calculée sur les 18 meilleures années de ma carrière. Dans le cadre du passage de 10 à 25 années, j’étais à mi-chemin entre les natifs de 1933 qui ont été les derniers à bénéficier du calcul sur les 10 meilleures années et les natifs de 1948 qui ont été les premiers à voir leurs pensions calculées sur la moyenne des 25 meilleures années. Du coup, la pension que je perçois de la CNAV a été réduite de 8 % par rapport à ce que j’aurais perçu elle avait été calculée sur 10 dix meilleures années de ma carrière qui s’est déroulée entre mes 18 ans et mes 60 ans dans trois métiers différents. Si le président et son gouvernement arrivent à faire passer la retraite par points, des millions d’hommes et de femmes ayant connu de longues périodes de précarité, voire seulement de bas salaires, dans leur parcours professionnel n’auront que des retraites de misère.

 

Dans votre livre vous interpellez aussi le président de la République sur la situation des paysans et sur les enjeux climatiques. Son allocution vous a-t-elle convaincu sur ces deux sujets.

Gérard Le Puill. À Rungis le 11 octobre 2017, Emmanuel Macron avait dit aux paysans : « Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production ». La loi a été votée le 2 octobre 2018. En 2019 les coûts de production ont augmenté sensiblement du fait des conséquences de la sécheresse. Mais les prix des céréales ont baissé tout comme ceux de la viande bovine et des fruits frais. La loi ne fonctionne pas car les enseignes de la grande distribution ne veulent pas l’appliquer et le gouvernent ne fait rien pour les y obliger. S’agissant du climat, Emmanuel Macron a dit hier soir qu’il n’y aurait plus de forage en France pour chercher du pétrole. Mais ce discours est ridicule sachant que notre pays importe 99 % du pétrole qu’il consomme tandis que la circulation sur route ne cesse d’augmenter au détriment du rail. S’agissant de centrales à charbon, elles ne produisent que 1,1 % de notre production annuelle d’électricité, contre 80 % en Pologne et plus de 40 % en Allemagne. Mais peuvent avoir leur utilité quand la demande est forte dans certaines de nos régions. Réduire nos émissions de CO2 passe d’abord par la réduction de la circulation sur route, par l’isolation des bâtiments et leur durabilité, par l’arrêt des délocalisations industrielles dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre et la réimportation des produits finis ce qui nous donne aujourd’hui un secteur automobile avec un déficit annuel de 9 milliards d’euros contre un excédent de 3,8 milliards en 2006, sans oublier les 531 000 emplois productifs perdus par le pays entre ces deux dates.

 

Finalement votre livre rédigé sous forme de lettre ouverte n’a donc pas influencé le président Macron. Pensez-vous qu’il lui soit seulement soit parvenu depuis sa parution ?

Je sais que mon éditeur lui en a adressé un exemplaire et j’ai la conviction qu’il a été lu par au moins un membre du service « communication » du président. En effet, bien que je ne sois pas accrédité à l’Élysée, je reçois par mail depuis le mois de septembre 2019, l’agenda et les discours du président alors que je ne recevais rien de tel auparavant. J’imagine que l’on cherche à me convaincre du bien-fondé de sa politique. Moi je participe surtout à des débats dans tout le pays, pour convaincre les Français qu’une autre politique est possible et urgente si on veut freiner le réchauffement climatique. Sur ce terrain-là, le président Macron ne porte aucune réflexion prospective.

Halte aux spoliations, lettre au président Macron de Gérard Le Puill, éditions du Croquant, 156 pages, 12 €

 

 

 

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