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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 17:43
Dossier de l'Humanité: la volonté de développer les fonds de pension et les lobbys financiers, au coeur de la réforme des Retraites et de la baisse du Taux du livret A

Finances. Les fonds de pension bien au cœur du projet de réforme

Vendredi, 17 Janvier, 2020- L'Humanité

Trois articles du texte de loi, actuellement devant le Conseil d’État, favorisent directement les plans de retraite par capitalisation, donc profitent aux organismes de gestion d’actifs et aux assureurs comme BlackRock, Axa ou Amundi.

 

L’article 64 du projet de réforme des retraites est très clair sur le sujet. Il entend « renforcer l’attractivité de l’épargne retraite », en ratifiant les ordonnances prises du fait de la loi Pacte, qui promettaient la libéralisation de ce type de produits ­financiers. Le but est donné : « Le développement de cette épargne de long terme procurera aux entreprises davantage de financements en fonds propres pour accompagner leur croissance et financer l’innovation. » Il s’agit donc bien de placer l’épargne retraite sur les marchés d’actions. Le gouvernement promet d’ailleurs, toujours dans l’article 64, «  l’assouplissement des modalités de sortie en rente ou en capital et l’ouverture de tous les produits d’épargne retraite aux assureurs, aux gestionnaires d’actifs et aux fonds de retraite professionnelle supplémentaire ». Ce qui fait dire à l’économiste atterré Henri Sterdyniak que « les bénéficiaires du méfait (la dégradation du système public de retraite) sont ainsi clairement désignés ».

AG2R, la BNP, le Crédit agricole… Un cercle fermé

Il s’agit des fonds de gestion d’actifs, à savoir, en France, Amundi, qui détient 1 400 milliards d’euros, filiale du Crédit agricole. Il y a aussi Axa IM, qui gère environ 700 milliards d’euros, et la BNP Paribas Asset (500 milliards). Ces structures, comme leur nom l’indique, gèrent notamment l’argent des fonds de pension et des assureurs. Ce sont eux qui proposent les solutions d’épargne retraite, à savoir, en France, Axa, AG2R, la BNP, le Crédit agricole… Un cercle fermé. Et puis, il y a les géants états-uniens : BlackRock (7 000 milliards d’actifs, dont les deux tiers constitués d’épargne retraite) et Vanguard (près de 6 000 milliards). Ces sommes donnent le vertige. Il faut réaliser que la moitié de l’argent en circulation sur les marchés financiers dans le monde provient de la retraite par capitalisation, donc des fonds de pension. Cela les rend particulièrement vulnérables aux crises financières, mais aussi susceptibles de provoquer de terribles krachs boursiers.

« Cela fait des semaines que le gouvernement prétend que son projet vise à “sauver le régime de retraite par répartition” et qu’il n’est pas question de développer la retraite par capitalisation, ou encore que le lien entre les retraites et Blackrock relève du “fantasme”. Pourtant, le projet de loi rendu public montre précisément le contraire », affirme Attac dans une note publiée ce jeudi. Le Figaro jugeait d’ailleurs que l’Humanité alimentait ce « récit de suspicion », précisant que « la polémique BlackRock n’est que le dernier avatar en date de l’association poisseuse Macron-­Rothschild », « un amalgame à l’odeur nidoreuse ».

L’heure n’est pourtant pas à la suspicion. Le ministre de l’Économie le dit bien, s’il y a une polémique autour des fonds de pension, « c’est surtout parce qu’il n’y a pas de BlackRock français ou européen, il faut en construire un », assure-t-il dans le Parisien de ce jeudi. Son appel a été entendu, voire anticipé. Depuis la publication du rapport Delevoye, Predictis, MeilleurPlacement, Groupama, SwissLife, Axa, Generali, Amundi, Société générale, LCL, Crédit agricole, Aviva, BNP Paribas et bien d’autres ont tous mis sur le marché leur nouvelle offre de plan épargne retraite (PER). « L’assureur Axa, dans une de ses documentations, évoque très clairement “la baisse programmée des futures pensions”, à la suite de la mise en œuvre de ce qu’Axa appelle encore la “réforme Delevoye sur les retraites”, pour inciter ses clients à épargner pour leur retraite à travers un PER », a repéré Attac.

 

3,8 à 4 milliards d’euros de cotisations en moins à compenser

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, les sommes versées annuellement en France dans le cadre de ces produits d’épargne-­retraite s’élèvent à 6,6 milliards d’euros, une paille rapportée au total des 325 milliards d’euros de pensions de retraite versés. Et un énorme marché à conquérir. « C’est une explosion, un développement exponentiel de la capitalisation en France », note ainsi Maxime Combes, porte-parole d’Attac. Il ajoute : « C’est très important pour un assureur ou un gestionnaire d’actifs de voir son marché gagner 15 ou 20 % par an. Il y a très peu de marchés comme ça. »

Maintenant que les bénéficiaires sont clairement identifiés, reste à constituer le gâteau qu’ils vont se partager. L’article 13 du projet de loi limite le calcul des cotisations et des droits à la retraite aux salaires jusqu’à 10 000 euros par mois (contre 27 000 euros dans le système actuel). Au-delà de ce plafond, les cotisations baissent de 28 % à 2,8 %, et le montant des pensions n’augmente plus. C’est 3,8 à 4 milliards d’euros de cotisations en moins, qu’il faudra compenser. Ces milliards seront en revanche immédiatement disponibles pour les produits par capitalisation, à usage des plus riches.

L’article 15 se charge de renforcer l’attractivité des plans d’épargne retraite. « Il s’agit de favoriser fiscalement la capitalisation sur la partie des salaires qui ne serait plus couverte par la répartition », résume Henri Sterdyniak. Autrement dit, les versements effectués sur un plan d’épargne retraite seront déductibles des impôts sur le revenu, toujours en favorisant les plus aisés. « Pour 1 000 euros versés, un contribuable payant l’impôt sur le revenu obtiendra 300 euros de déduction d’impôt s’il se trouve dans la tranche à 30 %, 410 euros s’il est dans la tranche à 41 %, 140 euros s’il est dans la tranche à 14 % », a calculé Attac. Une réforme inégalitaire jusqu’au bout.

Pierric Marissal

 

Les retraités des fonds de pension en première ligne du krach qui vient

Vendredi, 17 Janvier, 2020

En dépit des 5 000 milliards d’euros perdus dans la crise de 2008, les réformes en cours visent à permettre aux Bourses de siphonner davantage l’épargne populaire.

 

« J ’ai vu l’essentiel de ma retraite partir en fumée en quelques jours. » Technicien dans l’informatique, Anthony Smith habite à Londres. Comme des millions de salariés britanniques, il comptait se garantir un maintien de son niveau de vie après passage à la retraite en versant 10 % de son salaire tous les mois sur le fonds de pension de son entreprise. Il pensait pouvoir bénéficier d’une rente d’environ 15 000 livres (17 620 euros) par an, qui aurait complété la très maigre retraite de base forfaitaire de 560 livres (660 euros) par mois versée à tous par l’État britannique. Ses économies ne se remettront pas du krach financier de 2008. Un tiers du capital qu’il a épargné va disparaître.

Jane McGovern habite à San Francisco, elle travaillait comme cadre dans une entreprise pharmaceutique. Pour compléter les maigres revenus garantis par la sécurité sociale états-unienne et arrondir sa retraite, elle a opté pour le fonds de pension privé de son entreprise. En octobre 2008, elle déplore l’écroulement de la valeur de son placement : « Depuis cet été, ça n’arrête pas. En l’espace de quelques mois, mon capital a fondu de 40 %. »

Les témoignages comme ceux-là ont pris la forme d’une sinistre rengaine, il y a moins de douze ans, au lendemain du krach financier, tant ils correspondaient au sort commun dans les pays anglo-saxons, où prévaut un système par capitalisation. Des dizaines de millions de petits épargnants salariés ont été ruinés. Nombreux sont ceux qui ont sombré dans la grande pauvreté, contraints de survivre avec le maigre filet de garantie public ou de différer, quand ils n’ont pas perdu leur emploi, leur départ jusqu’à… 75 ans, voire au-delà. Le choc fut d’une telle ampleur qu’il ne s’est plus trouvé grand monde à l’époque pour défendre la capitalisation, y compris parmi les « experts » qui l’avaient déjà promue, en Europe, comme un complément indispensable aux revenus tirés des systèmes publics par répartition. Le « fiasco des fonds de pension anglo-saxons » faisait la une de divers titres peu suspects d’esprit critique à l’égard du libéralisme. Le diagnostic, il est vrai, était bien trop accablant. Les pertes desdits fonds ont culminé à 5 400 milliards de dollars (environ 5 000 milliards d’euros), soit plus de deux fois la valeur du PIB (l’ensemble des richesses produites) d’un pays comme la France en un an.

« Lorsque la Bourse montait, on a porté trop d’attention aux systèmes par capitalisation, les systèmes de retraite ont été individualisés. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi, et les salariés risquent de se retrouver avec des retraites minables », concluait en octobre 2008 Pierre Habbard, de la Tuac, la commission syndicale consultative de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) regroupant les pays les plus développés, organisme qui appuyait pourtant déjà fortement l’extension de régimes « complémentaires » par capitalisation.

Douze ans plus tard, tous ces constats sans appel, ces témoignages terrifiants ont totalement disparu de l’analyse des gouvernants des grandes puissances occidentales. Dans son « Panorama des pensions 2019 », l’OCDE n’y fait plus aucune allusion et appuie au contraire ostensiblement, en France, les réformes d’Emmanuel Macron, en plaidant l’instauration d’un meilleur « mix » entre régimes public et privé. Soit, traduit du sabir technocratique, un appel pressant à accorder une part croissante aux fonds de pension ou aux assurances-vie dans la gestion de la couverture vieillesse.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, il s’agit de siphonner l’épargne populaire vers les marchés financiers, toujours plus voraces, pour tenter de doper vaille que vaille un système à bout de souffle, malade de cette financiarisation. Ce qui ne manque pas de faire surgir, au passage, l’émergence du besoin d’une tout autre mondialisation.

Aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les fonds de pension des entreprises ont pu évoluer vers un recours quasi systématique à des plans d’épargne à « cotisations définies » en lieu et place des garanties offertes par les anciens modèles à « prestations définies », soit le versement de pensions-rentes garantissant un maintien du pouvoir d’achat des retraités. Un vrai changement de paradigme qui a permis de drainer l’épargne des salariés, futurs retraités, vers la Bourse tout en transférant sur leurs épaules l’intégralité du risque induit par ces placements.

En Europe, des sociétés comme le géant états-unien BlackRock ou l’assureur français Axa sont aux avant-postes de ces efforts de captation de l’épargne populaire par les marchés financiers. À l’heure de la très faible rentabilité des emprunts d’État, pour cause de taux d’intérêt de la BCE voisin de zéro, ils font le forcing pour banaliser les placements en actions. Axa invite ainsi à souscrire des contrats d’assurance-vie dits Excelium, un placement en partie constitué d’actions avec, donc, risque avéré de perte en capital. L’un des produits d’épargne phares de BlackRock, l’ETF (Exchange Traded Fund), est, lui, carrément indexé sur l’évolution des cours du Dow Jones ou du CAC 40.

Ce serait à ces dizaines de millions de salariés « ordinaires » d’affronter seuls, comme de vulgaires petits boursicoteurs, le risque d’une rapide dévalorisation de leurs « actifs ». Soit un véritable cataclysme en cas d’éclatement de la gigantesque bulle spéculative qui s’est accumulée sur les Bourses ces derniers mois. Un déchaînement d’une intensité inégalée qui ferait passer l’ouragan financier de 2008 pour un aimable zéphyr.

Bruno Odent

Le Livret A à son taux le plus bas

Vendredi, 17 Janvier, 2020 - L'Humanité

Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé, mercredi, la baisse de la rémunération de « l’épargne préférée des Français ». Un appel à la capitalisation.

 

Le gouvernement n’a que faire des classes populaires. Même pas effrayé par l’énormité du message politique à quelques mois des élections municipales, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a confirmé, mercredi, la baisse du ­Livret A. À partir du 1er février, son taux de rémunération va passer de 0,75 % à 0,5 %, son niveau le plus bas depuis sa création en 1818. Le gouvernement, qui avait déjà décidé en 2018 un gel du taux à 0,75 %, applique ainsi la formule de calcul qu’il avait introduite à l’époque. Les 55 millions de titulaires du Livret A, et les 300 milliards d’euros que représentent leur placement, ainsi que les détenteurs de Livrets de développement durable sont concernés. Déjà négatif, le rendement du Livret A devrait encore se réduire, alors que l’inflation repart à la hausse. En janvier 2019, déjà, l’association nationale de défense des consommateurs calculait que l’écart d’un point entre inflation et la rémunération de l’épargne « se traduisait par une perte de 3,6 milliards d’euros de pouvoir d’achat pour les Français ».

Maintenir le taux du Livret A aurait été « incohérent par rapport à notre politique de diversification des placements », a expliqué Bruno Le Maire dans un entretien au Parisien, ce jeudi. « Je veux dire aux ménages : diversifiez votre épargne ! » La baisse de rendement, à l’image de la réforme des ­retraites, est un moyen de pousser les Français vers la capitalisation. L’idée est de faire sortir cet argent de ces comptes réglementés par l’État et gérés par les banques, pour des placements plus risqués sur les marchés financiers, en particulier les actions.

Un manque à gagner pour le logement social

« Quand on met en perspective la baisse du taux du Livret A avec la réforme de la fiscalité du capital (mise en place du prélèvement forfaitaire unique et transformation du l’ISF en impôt sur les placements immobiliers), on voit bien la volonté du gouvernement de réorienter l’épargne vers des actifs financiers », analyse Pierre Madec, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques. Le ministre a d’ailleurs saisi cette occasion pour faire la promotion des produits financiers créés par le gouvernement comme « notre plan d’épargne retraite, extrêmement attractif ». Il a aussi annoncé un accès facilité au Livret d’épargne populaire (LEP), un placement réglementé par l’État comme le Livret A mais en partie destiné à financer les entreprises et PME françaises. Reste qu’en ces temps d’incertitudes, convaincre les Français de lâcher leur Livret A pour un produit plus risqué ne sera pas si simple. Malgré un rendement négatif, ils ont continué à y investir massivement : 14 milliards d’euros en 2010, contre 9,5 milliards en 2018.

La baisse du Livret A serait bénéfique pour les « milliers de Français qui attendent un logement social », a justifié le ministre de l’Économie. De fait, 60 % de l’argent placé dans le Livret A est géré par la Caisse des dépôts et sert à financer à taux préférentiel la construction de HLM. En se répercutant sur les 180 milliards d’euros empruntés par les bailleurs sociaux, la baisse du taux du Livret A va leur faire économiser quelque 300 millions d’euros. Une somme bienvenue, mais loin de compenser les coupes d’argent public dans le logement social : plus de 3 milliards en trois ans. « Pour les HLM, c’est une bonne nouvelle à court terme, observe Pierre Madec. Mais à long terme, si les Français arrêtent de placer dans le Livret A pour réinvestir ailleurs, cela va entraîner un manque à gagner pour le logement social, Il y a une incohérence dans le discours du ministre. »

Camille Bauer

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