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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 08:57
Comment Macron passe à l'attaque contre les chômeurs et leurs droits - Dossier de l'Humanité, jeudi 23 janvier - Cécile Rousseau et Mélanie Mermoz

Pôle emploi. 47 % d’offres illégales et « la misère à perpétuité »

Jeudi, 23 Janvier, 2020

Alors que les privés d’emploi sont au premier rang des victimes de la réforme de l’assurance-chômage et de celle des retraites, la CGT chômeurs a recensé une offre sur deux illégale sur le site Internet de Pôle emploi. De quoi renforcer encore la colère des précaires.

 

Un chiffre coup de poing dans un contexte social explosif. 47 % des offres sur le site de Pôle emploi sont illégales (46,61 %). C’est le constat dressé par la CGT chômeurs lors de sa troisième enquête nationale basée sur 1 521 offres sélectionnées à Paris (sur un jour) et en Seine-Saint-Denis (sur une semaine). Selon ces résultats, dévoilés par l’Humanité, presque une annonce sur deux serait donc non conforme dans les secteurs du commerce, du secrétariat-assistanat et du conseil-étude passés au peigne fin pendant deux jours par les militants répartis entre Montreuil (Seine-Saint-Denis) et Lorient (Morbihan). En cette période de régression sociale inédite, ce chiffre attise encore la colère des plus précaires visés par la réforme ultraviolente de l’assurance-chômage réduisant leurs droits de manière drastique, mais aussi par le projet de loi leur promettant des pensions microscopiques. Ce volume d’offres d’emploi « bidon » très important, recensé par la CGT chômeurs entretient cette spirale de la pauvreté tout au long de la vie d’après Pierre Garnodier, secrétaire général de la CGT chômeurs : « Onze millions de privés d’emploi et précaires vont se retrouver condamnés à la misère à perpétuité. Il n’y a pas assez de boulot et, parmi ces offres, la moitié sont illégales. Ça va être compliqué de travailler suffisamment pour prétendre à une retraite digne de ce nom. Les chômeurs seniors sont déjà dans des situations difficiles, on va tous avoir des décotes de 10 % avec leur âge d’équilibre.  »

Dans cette étude, les métiers du commerce et du secrétariat, déjà frappés par les petits contrats, se révèlent aussi un vivier d’annonces non conformes, avec respectivement 61 % et 45 % d’offres illégales à Paris. Sur l’ensemble du corpus analysé, 233 annonces n’existent pas ou ont un lien mort, 204 d’entre elles comportent une incohérence du lieu de travail : elles sont classées à Paris alors qu’elles sont en réalité en banlieue ou… à Marseille. 47 sont des contrats non raccords avec l’énoncé. Par exemple, un CDI est proposé alors qu’il s’agit d’une mission d’intérim ou d’un CDD. « On n’a pas pu tout vérifier, mais je soupçonne que cela soit beaucoup plus fort que cela », précise Vladimir Bizet-Guilleron, militant de la CGT chômeurs et conseiller Pôle emploi. « Les plateformes privées jouent sur le fait que, plus tu affiches un CDI, plus cela va attirer le candidat. On a trouvé des licornes. Il y avait une proposition de franchise pour un commerce dans les contrats à durée indéterminée, on n’avait encore jamais vu ça (140 offres illégales traitant de la vente de commerce ont été recensées – NDLR) ! »

Des offres au doute raisonnable

Autres cas frappants, un CDI de trois mois, mais aussi des horaires non précisés pour un temps partiel à foison, des mentions susceptibles d’induire en erreur… « L’annonce qui m’a le plus marquée, c’était un CDI d’hôtesse d’accueil qui, en creusant pendant un moment, se transformait en alternance de formation et de stage, sans que cela soit dans la même ville ! » déplore Chrystèle Savatier, de la CGT chômeurs de Loire-Atlantique qui s’inquiète pour l’avenir. « J’ai élevé mes deux enfants, j’ai pris des congés parentaux, je n’ai eu que des postes en CDD depuis un licenciement économique il y a dix ans. Entre le chômage et les retraites, c’est vraiment la double peine ! La seule chose qu’il nous reste, c’est la lutte ! » Alors que le contrôle des six millions de chômeurs a été renforcé via l’offre raisonnable d’emploi (ORE) depuis janvier 2019, seules 605 462 annonces étaient en ligne, hier, sur le site de Pôle emploi. Et donc loin d’êtres toutes conformes. « Certaines personnes pourraient se retrouver radiées pour avoir refusé des offres précaires et bidon notamment sur critères géographiques, rappelle Pierre Garnodier , cela touche en priorité les femmes. »

Comme l’assène Vladimir Bizet-Guilleron : « Nous sommes dans une fraude à grande échelle. On peut parler d’offres illégales et mensongères. Ce qui se passe à Pôle emploi, c’est comme le steak de cheval chez Spanghero, il y a tromperie sur la marchandise. » L’enjeu de la véracité des annonces de Pôle emploi est crucial selon le syndicat, dans un contexte où les privés d’emploi subissent une pression maximale pour accepter n’importe quel job. Avec le changement du mode de calcul du salaire journalier de référence au 1er avril, nombre de chômeurs vont voir leurs allocations baisser. Des droits rognés qui se retrouveront ensuite dans le montant des pensions car le projet de loi sur les retraites prévoit de baser leur calcul sur les indemnités perçues.Les conseillers de l’ex-ANPE militent depuis des années pour un contrôle humain renforcé sur les annonces issues des plateformes privées avant publication. 49 % des offres jugées illégales dans cette étude ne sont, en effet, pas traitées directement par l’opérateur public. Pour Yoan Piktoroff, délégué syndical de la CGT Pôle emploi, « les offres sont régies par intelligence artificielle dans un état d’esprit “start-up”. Elles devraient passer systématiquement par nous pour être validées, car le logiciel ne fait pas son travail. Il faudrait plus d’agents consacrés à cette tâche ». L’année passée, la CGT chômeurs avait trouvé sensiblement le même résultat d’une offre sur deux illégale. Contacté, Pôle emploi, qui n’a pas donné suite, estimait en 2018 qu’elles étaient moins d’une sur dix. Alors que le mouvement contre le changement de société imposé par Emmanuel Macron se poursuit depuis le 5 décembre, la CGT chômeurs appelle à généraliser ces vérifications d’offres d’emploi dans les unions locales et départementales.

Cécile Rousseau

Réforme des retraites : le coup de point asséné aux chômeurs

Jeudi, 23 Janvier, 2020

Plus juste, le régime par points ? Pas vraiment pour les chômeurs. Retouchée par la réforme, la base de calcul de leurs niveaux de pension sera défavorable aux travailleurs ayant connu des périodes sans emploi.

 

Dans les mathématiques macroniennes, les réformes s’additionnent et leurs conséquences se multiplient. Pour les chômeurs, le résultat sera clairement catastrophique. Si le gouvernement vante la dimension « solidaire » et « juste » de sa réforme, notamment pour les salariés aux carrières discontinues, les travailleurs précaires et privés d’emploi risquent pourtant de figurer parmi les grands perdants de la réforme des retraites.

Tout d’abord parce que le montant des retraites sera calculé sur l’intégralité de la carrière et non plus comme actuellement pour les salariés du privé sur les vingt-cinq meilleures années. Pour tous ceux qui ont connu des épisodes de chômage dans leur vie – et ils sont nombreux – le montant des pensions va logiquement baisser. Cette baisse sera d’autant plus dramatique que le projet de réforme des retraites prévoit que le calcul du nombre de points accumulés sera sur la base des indemnités touchées. Actuellement, dans le régime général, les chômeurs bénéficient de la validation des trimestres pendant lesquels ils sont indemnisés et le revenu pris en compte pour les retraites complémentaires est le salaire touché avant le licenciement. Dans le nouveau système, la validation des trimestres disparaît, l’article 42 du projet de réforme des retraites prévoit que c’est sur la base des indemnités perçues par les chômeurs et notamment de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) que sera déterminé le nombre de points. Or, celle-ci est en moyenne de 62 % du dernier salaire et ceci devrait encore baisser.

Une baisse de 30 à 50% des indemnités est à craindre

« Avec la réforme de l’assurance-chômage, les salariés aux carrières discontinues vont voir leurs indemnités chuter », dénonce Jean-Paul Domergue, responsable plaidoyer de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNFC). Le décret du 26 juillet 2019 a, en effet, modifié les règles d’indemnisation : depuis le 1er novembre, pour ouvrir des droits, il faut avoir travaillé six mois au cours des vingt-quatre derniers mois, contre quatre au cours des vingt-huit derniers mois auparavant (excepté pour les plus de 53 ans), et pour recharger ses droits, il faudra avoir travaillé six mois et non un. Pire encore, à partir d’avril 2020, le mode de calcul de l’indemnisation indemnités ne sera plus basé sur les seuls jours travaillés, mais sur le revenu mensuel du travail. « Nous craignons une baisse de 30 à 50 % des indemnités », avertit Pierre Garnodier, secrétaire du comité national CGT des travailleurs privés d’emploi et précaires. Ce sera autant de points en moins au moment de la retraite. « Le décret du 26 juillet 2019 condamne 11 millions de travailleurs privés d’emploi et précaires à la misère. La réforme des retraites les condamne maintenant à la misère à perpétuité. »

Autre point épineux, la situation des demandeurs d’emploi non indemnisés qui représentent tout de même 63 % des demandeurs d’emploi toutes catégories confondues (1) et dont la proportion devrait encore, avec les nouvelles règles d’assurance-chômage, augmenter. Actuellement, comme le rappelle l’association SNFC dans son communiqué de presse du 23 décembre 2019, les périodes de chômage non indemnisées sont validées à hauteur de dix-huit mois (et jusqu’à cinq ans pour les demandeurs d’emploi de plus de 55 ans), elles n’ouvriront droit à aucun point dans le nouveau régime. Cette évolution est particulièrement dramatique pour les chômeurs seniors qui voient leur situation se dégrader au fil des réformes repoussant l’âge de départ à la retraite. Par rapport à 2010, le nombre de bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) âgés de 60 à 64 ans a plus que doublé et celui des bénéficiaires de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) a, lui, été multiplié par cinq.

Aux périodes non indemnisées, s’ajoute la décote

Dernier problème et non des moindres, les chômeurs qui atteignent l’âge légal de départ à la retraite risquent d’être exposés à une décote. Actuellement, les chômeurs indemnisés qui parviennent à l’âge légal cessent de toucher leurs indemnités s’ils peuvent accéder à leur retraite à taux plein. S’ils partent en retraite entre 62 et 64 ans, ils sont toutefois exposés pour une durée de trois ans à un malus de 10 % concernant les retraites Agirc-Arrco. Seuls ceux qui touchent l’ASS au moment de la liquidation de leur retraite n’y sont pas soumis. Il en serait de même après la réforme s’ils liquident leur retraite avant le fameux âge d’équilibre. « Rien pour le moment n’indique toutefois dans le projet de loi que ce malus sera limité dans le temps », s’inquiète Jean-Paul Domergue, qui souligne n’avoir eu, suite au communiqué de presse de l’association soulevant ce point, aucune information rassurante du ministère. Interrogé sur l’impact de la réforme des retraites pour les chômeurs, celui-ci n’a souhaité faire aucun commentaire sur ce sujet. Du fait de leurs pensions très faibles, les anciens chômeurs risquent pour survivre de devoir grossir les rangs des 500 000 retraités qui cumulent emploi et retraite !

(1) Chiffres Dares du 6 septembre 2019.
Mélanie Mermoz

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