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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 07:38
Retraites - La solidarité, c'est la civilisation - Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 5 décembre 2019

Editorial. La solidarité, c’est la civilisation

Jeudi, 5 Décembre, 2019
 

C’était son projet, c’est devenu son mensonge. Et les grands médias le cachent. « Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions », certifiait noir sur blanc M. Macron dans son programme présidentiel. Devenu président, il déclare : « Il faudra travailler plus longtemps car on vit plus longtemps. » Quant au niveau des pensions du nouveau système, il dépendra d’une valeur du point fixée par décret en fonction des aléas des marchés financiers et ne sera donc plus garanti.

Seule certitude, le volume global des cotisations collectées sera largement inférieur aux besoins. En instaurant une règle d’or budgétaire interdisant le déficit du nouveau système, et alors que les dépenses pour les retraites seront plafonnées à 14 % des richesses produites dans un contexte où le vieillissement de la population nécessiterait de hisser l’effort à 17 %, le niveau des futures pensions va forcément diminuer. C’est donc bien un départ en retraite différé de plusieurs années et une baisse drastique des pensions qui attendent nos concitoyens, quel que soit leur statut. Tout l’inverse de la promesse de campagne du candidat Macron. Non et non, il n’a pas été élu pour cela.

Pourquoi donc avoir décidé de lancer cette offensive éclair, sans onction démocratique, contre le système solidaire par répartition ? Pour comprendre l’obsession du pouvoir et des financiers, il faut faire un petit détour par la loi dite Pacte votée au printemps dernier. Ce paquet législatif est une pépinière de mesures libérales. C’est ici qu’ont été lancées les privatisations d’Aéroports de Paris, de la Française des jeux et d’Engie. C’est encore ce texte qui sert de rampe de lancement à l’actionnariat salarié pour justifier le gel des salaires. C’est ici enfin qu’a été inauguré le nouveau produit d’épargne retraite censé développer la capitalisation, à la suite d’une décision équivalente dans l’Union européenne. Le rapport Delevoye préconise ainsi de diviser par trois le seuil de calcul des retraites. Les hauts salaires intégrés au système actuel, et les nombreuses cotisations afférentes au bénéfice de tous, sont donc priés d’aller garnir le portefeuille de fonds de pension et autres fonds financiers.

Ces mesures s’insèrent dans un dispositif global comprenant les ordonnances contre le Code du travail, le démantèlement des services publics, la transformation du Cice en 20 milliards d’exonérations annuelles de cotisations patronales. Elles ont pour objectif fondamental de donner du carburant au capitalisme financier. Et les 240 milliards de retraites socialisées, plus de 10 % du PIB, représentent un immense frein à cette entreprise. La mainmise sur ce magot, avant de s’attaquer à celui de la Sécurité sociale, est une condition essentielle pour donner au capital un pouvoir exclusif sur le financement des besoins humains.

L’instauration d’un système par points a pour vocation de faire basculer la philosophie générale d’un système fondé sur la solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle, où les actifs contribuent à la retraite des anciens, vers une logique du chacun pour soi où chacun cotisera pour lui-même sans égard pour la collectivité. Dans la Suède, érigée en exemple, 38 % des personnes âgées de 67 ans sont contraintes de compléter leur retraite par un revenu salarial, contre 18 % avant l’instauration du régime par points. Et le quart de ceux qui ont plus de 69 ans perçoit toujours un salaire alors qu’ils n’étaient que 12 % ! Notre système, même s’il doit être amélioré notamment en faisant cotiser les revenus financiers, est bien plus juste socialement et efficace économiquement, mais considéré non rentable pour le capital. C’est ce que veut changer le projet destructeur du pouvoir. Il prévoit un renversement complet des logiques de solidarité mises en place par le Conseil national de la Résistance au profit du processus de « décivilisation ». Stopper, dans l’unité populaire, les fossoyeurs de la solidarité est la tâche entamée par les syndicats, des associations et des organisations de jeunesse. Nous en sommes !

Patrick Le Hyaric
Retraites - La solidarité, c'est la civilisation - Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 5 décembre 2019

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