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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:52

 

Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre en charge de la transition écologique et solidaire, nous promet pour bientôt le vote d’une loi « antigaspillage pour une économie circulaire ». En attendant, nos boîtes aux lettres regorgent de dépliants vantant toutes sortes promotions à l’approche des fêtes de fin d’année. En milieu rural, tout près de Lannion, une retraitée de 76 ans nous indique avoir trouvé 316 pages pour un total de 13 dépliants publicitaires dans sa boîte aux lettres.

Gérard Le Puill

Le 9 décembre, devant les députés, la secrétaire d’État Brune Poirson a entamé son discours sur le « projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire » en ces termes : « Aujourd’hui, mesdames et messieurs les députés, le projet de loi antigaspillage comprend 106 articles (…). Quelle est l’ambition de cette loi ? Réaliser la transition entre deux mondes. Aller de celui du tout-jetable, qui caractérise trop notre société, vers celui du tout-réutilisable (…). Concrètement, pour être à la hauteur du XXI e siècle, nous devons rompre avec le système capitaliste vorace et injuste qui est le nôtre (…). Dans ce contexte, les objectifs sont clairs : nous devons nous attaquer à toutes les formes de gaspillage, à tous les niveaux : dans les familles, dans les entreprises ou dans les administrations (…). Le gaspillage est le symbole des excès de notre système économique et des injustices qu’il produit (…). L’objectif de ce projet de loi, vous l’aurez compris, c’est d’entrer dans l’ère du “zéro déchet” le plus vite possible (…). Nous allons accélérer le passage d’une société du tout-jetable à une société du tout-réutilisable. »

Treize dépliants publicitaires le même dans la boîte !

Le jour où Brune Poirson prononçait ce discours écologique devant les députés, une retraitée de 76 ans habitant sur une colline côtière peuplée de plusieurs centaines de maisons entre Lannion et Trébeurden, dans le département des Côtes-d’Armor, nous informait sur le contenu de sa boîte aux lettres. Il faut ici savoir que Lannion compte près de 20 000 habitants. Dans la ville basse les immeubles et les commerces bordent le Léguer, un fleuve côtier qui se jette dans la Manche quelques kilomètres plus bas. Ces habitations et ces commerces voient déjà l’eau monter jusqu’à leur porte les jours de fort coefficient des marées. Lannion ayant absorbé quatre autres communes dont Servel. Notre retraitée habite sur le territoire de Servel. Elle se trouve bien en hauteur avec vue sur la mer et ne redoute pas les inondations dans les prochaines décennies. Mais elle s’étonnait d’avoir reçu pas moins de 13 dépliants publicitaires totalisant 316 pages dans sa boîte aux lettres le jour où Brune Poirson nous promettait la fin des gaspillages en tous genres.

Les plus gros volumes étaient édités par Leclerc avec deux journaux de 56 pages pour l’un, de 16 pages pour l’autre. Toutefois, la pagination totale de Leclerc était inférieure à celle de Géant Casino, avec son dépliant de 80 pages. Lidl était loin derrière, avec 44 pages, tandis que les surgelés de la marque Picard étalaient leur offre sur 24 pages. Tous ces journaux ont été financés par des enseignes qui n’en finissent pas de bétonner des terres agricoles pour augmenter leurs surfaces de vente. Sur le plateau qui domine la ville de Lannion, beaucoup d’emplois industriels ont été perdus tandis que des zones de chalandise prenaient la place des usines de la téléphonie délocalisées vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

La concurrence étant rude entre les enseignes, le bilan carbone de cette publicité inutile s’ajoute au gaspillage de toutes sortes de produits, périssables ou pas. Dans le bilan carbone des dépliants publicitaires, il y a la fabrication de la pâte à papier, l’impression, puis la distribution de ces journaux. Ils sont utilisés par chaque enseigne pour tenter de gagner des parts de marché au détriment des autres en jouant sur la guerre des prix dont elles font payer la note par leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire, lesquels réduisent leurs coûts en important de la viande et d’autres produits bon marché pour faire chuter les cours payés aux paysans français. Mais il n’y avait aucune remarque sur le sujet dans le discours de Brune Poirson.

Des promotions limitées à six jours, en attendant les suivantes

Limitée à six jours, dimanche compris, telle enseigne proposait la côte de porc à 3,65 euros le kilo, la côte de bœuf à griller à 10,95 euros le kilo, quand telle autre mettait le rôti de bœuf à 8,48 euros le kilo et le poulet de Loué à 4,87 euros le kilo. Tranquilles ou pétillants, la plupart des vins étaient affichés à moins de 5 euros la bouteille, en prévision des fêtes de fin d’année. Quand ces dernières seront sur le point de se terminer, on verra poindre de nouvelles promotions dans une nouvelle vague de magazines publicitaires pour écouler les stocks, y compris et surtout de viande, dont une partie de l’offre très diversifiée sera en promotion. Il y aura des « achats malins » qui mettront un peu de réserve dans les congélateurs et des clients seront contents d’avoir réalisé de bonnes affaires.

Il reste toutefois deux ou trois questions qu’il convient de poser à Brune Poirson. La première porte sur le bilan carbone de cette publicité écrite par une multitude d’enseignes dans l’offre alimentaire comme celle des produits d’équipement des ménages. La deuxième concerne le revenu des paysans, qui restent souvent la principale victime des promotions sur la viande chaque fois qu’une baisse de la demande succède aux achats opportunistes effectués durant les promos. La troisième conséquence tient au fait que cette omniprésence et cette pression permanente de la politique de l’offre ne sont guère compatibles avec le débat qu’il conviendrait d’avoir sur la nécessaire réduction de la part des protéines animales dans nos assiettes si nous voulons que la lutte contre le réchauffement climatique devienne aussi l’affaire de tout un chacun.

 

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